Mercredi 16 avril 2008

Olivier Abel est membre du comité consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.

 
            Nos sociétés ont été victimes d'un mythe du dépérissement de la religion, à la faveur duquel prolifère aujourd'hui un religieux non-critique, d’autant moins critique qu’il est constitué de bouts de religion sécularisés, méconnaissables, incultes. Il me semble que l’intégrisme contemporain est d’emblée à placer sur ce fond global. Et puis il nous faut opérer un travail de discernement dans l'amalgame de ce qu’on appelle le religieux, en élargir notre perception, aujourd'hui peut-être trop marquée par la sociologie de l'identité.
Si l'on distingue, pour la clarté de l'exposé, une demande de morale, une demande d'identité, et une demande de vérité, les religions ne sont ni ouvertes ni fermées en même temps sur tous ces registres, et l’intégrisme est à distinguer du fanatisme et du fondamentalisme. Mon hypothèse, ici assez schématique, est que le fondamentalisme est une forme de religion qui répond à la demande de morale, que l’intégrisme fait face à une demande d’identité, et que le fanatisme répond à une demande de vérité, de savoir ou de certitude. Il y a une certaine discontinuité entre ces problèmes, néanmoins souvent mêlés, et on peut être très averti et critique sur un registre, et naïf sur un autre — on ne peut sans doute être en même temps vigilant sur tous les registres.
On peut d’abord avoir le sentiment que « tout fout le camp », que nous sommes dans une société débauchée, où il n'y a plus de Loi ni de règles, où tout est permis. Que faire, à partir de nos vies en miettes, pour retrouver une morale plus cohérente, plus solidaire ? On voudrait trouver une morale solide, indiscutable et rassurante, où les grandes scènes qui nous distribuent les rôles soient d’avance écrites. La fonction du fondamentalisme est de nous placer dans la lettre d’un texte, pour nous protéger d'un monde perdu, ou d'un monde où nous nous sentons rejetés, persécutés, dressant notre camp dans ses marges.
On peut ensuite avoir le sentiment, non sans lien avec le premier mais distinct, que tout est permutable, que l'on peut tout échanger, et qu’il n’y a plus d’identité au sens fort de quelque chose d’inéchangeable. Qui suis-je, et qui sommes nous, dans un monde où les langues et les cultures se mêlent par les migrations et l'urbanisation ? La langue est l'élément de l'identité, de l’appartenance à la même histoire. L’intégrisme serait ici le monoliguisme sacré d’une institution qui voudrait s’égaler à la communauté. On voudrait tant que Dieu puisse habiter enfin la Langue, une langue, notre langue incomparable et finalement intraduisible ! Dans l’intégrisme de la communauté parlant enfin parfaitement la même langue privée, on tend à l'endogamie religieuse et linguistique, pour réunir un cortège assez pur pour se perpétuer unanime.
On peut enfin avoir le sentiment que nos sciences et nos techniques nous laissent dans un monde désenchanté et morcelé, où la vérité même est relative, et où les savoirs sont guidés par des intérêts, par une volonté de pouvoir. La religion corrélative à ce savoir s'est faite non moins utilitaire, magique, gadgétisée autour des pouvoirs spirituels, de savoirs salvateurs et initiés qui se prétendent la clé de tout, et une sorte de galvanisation psychique qui riposte aux puissances techniques. D’où le fanatisme. Comment rapporter nos savoirs cloisonnés et nos techniques parcellaires à un monde plus unifié, à un savoir plus absolu, à une vérité plus souveraine ? On voudrait ici une vérité certaine, qui puisse tout changer, bouleverser et subordonner tous les savoirs, les magnétiser, les ordonner à l’Un.
Face à chacune de ses figures on pourrait glisser un contrepoint radical, car enfin la foi c’est aussi la gratitude qui nous retourne vers le monde ordinaire, et pour laquelle la loi n’est jamais assez singulière, assez interprétée, c’est aussi l’acceptation que l'identité n'est pas ce qui importe et que Dieu est l’absent de toute langue, c’est aussi la mystique d’une interrogation qui nous place à équidistance de la vérité et ouvre un intervalle où le monde peut se déployer.
Mais il y a une actualité de l’intégrisme, et il ne s’agit pas pour moi d’abord de juger mais de tenter de comprendre ce besoin actuel de clôture. Plutôt que d’entrer dans l’opposition entre des religions ouvertes, tolérantes et des religions closes et intégristes, plutôt que de renforcer l’alternative ruineuse entre un échange généralisé et une balkanisation intégriste, il serait prudent de repartir de l’idée simple qu’il ne saurait y avoir d'ouverture sans clôture. Et qu’il ne saurait y avoir de communauté sans un minimum d’immunité. L’intégrisme tient à un problème d’immunisation. C’est pourquoi les choses se focalisent autant autour de l’identité.
Face à une rationalité communicationnelle, celle de la mondialisation, qui exige que tout puisse s’échanger, se traduire et se communiquer, ce qui demande des communautés de plus en plus ouvertes, il y a soudain un sentiment de dissolution, d’uniformisation. Dans Race et culture Claude Lévi-Strauss montrait comment le nouveau problème de l'humanité est moins de décloisonner et d’élargir que de protéger la diversité des langues et des cultures : « toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus ». Une certaine clôture semble vitale, indispensable à la vivacité d'une culture, et la même religion qui avait pu être un principe d’ouverture des échanges peut, en d’autres temps, devenir un principe de clôture, de protection, d’immunisation. A de longs siècles d’éloge de l’ouverture succède peu à peu un nouvel éloge, celui de la clôture, du cloisonnement des communautés comme système de défense. C’est pourquoi l’on peut avoir aujourd’hui un véritable intégrisme laïc, conçu comme une défense contre la mondialisation — contre les religions des autres.
Tel est bien le double péril aujourd’hui. Soit se fondre dans le relativisme d’un œcuménisme vide, d’une religiosité un peu floue où tout le monde goûte un peu à tout, dans une sorte de tourisme nihiliste. Soit incarcérer les identités dans des communautés, engoncées dans leurs différences intégristes par toutes sortes de séparations d’avec l’impur. Mais la vraie question est ailleurs : à quelles conditions nos cultures pourront-ils repartir de leurs propres racines, entrer en conversation les unes avec les autres, et rester créatrices — je veux dire capables d’inventer des manières inédites de rendre grâce, de marier leurs identités, et de faire place à des questions plus vastes que nos petits soucis ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Dimanche 16 mars 2008
Je voudrais aujourd’hui parler d’une douce petite chose mais immense et terrible c’est de l’amour. L’amour est un volcan. On le sait dans nos existences individuelles, quand il les ravage. Il est alors aussi bien le comble de l’égoïsme, et quand il explose sans rien regarder autour de lui, ses proches doivent s’enfuir sans rien chercher à sauver, sinon il les ensevelit vivants, attachés à ce qui n’est déjà plus que sédiments passés, brûlés par le présent, incapables du futur.
On le sait dans nos existences collectives et communautaires, politiques et spirituelles, où il fait parfois irruption comme un fleuve où tout entre en fusion et se simplifie à l’extrême. Ce sont des moments de révolte, au sens de Camus, où soudain l’on éprouve le vivre-ensemble comme pur désir, ou pure force. Ce sont des moments catastrophiques, et nous avons quelque raison de les redouter.
Aujourd’hui cependant nous avons trop peur de l’amour, comme nous avons trop peur des religions. On a quelque raison, parce que ce ne sont pas seulement des « bons sentiments ». Et pourtant, de tout temps les sociétés les plus intenses et les cultures les plus fécondes se sont installées au pied des volcans. Que se passerait-il si on les supprimait ? On ne sait pas. Il nous manquerait sans doute une des deux grandes forces de la vie, celle qui rapproche les êtres.
Car je vois deux grandes forces qui traversent la morale, la politique et l’esprit. L’une tournée vers le proche, je veux dire le rapprochement enchanté, l’amour. L’autre tournée vers le lointain, je veux dire la distanciation respectueuse, la justice. L’un voudrait le don pur, la communauté du partage absolu; l’autre voudrait l’échange exact, la rétribution. L’un est immense et poétique, l’autre est mesuré et prosaïque.
On peut bien sûr penser la société en termes de justes distances, de séparation des pouvoirs et de distinction des institutions : mais il faut bien qu’il y ait quelque chose qui parfois, soudain, rapproche les êtres et leur fasse sentir leur ressemblance, à la limite leur identité. Quand on n’a plus d’amour, on peut multiplier les réclamations de la justice, il manque quelque chose d’essentiel, et l’on ne sait plus ce que c’est.
L’amour rapproche trop les humains, mais la justice les éloigne trop. La justice se bat contre l’injustice de la pauvreté et de l’exploitation économique, contre l’injustice de la force et de l’oppression politique, contre l’injustice de séduction et de l’aliénation d’une culture de consommation. Mais l’amour se bat contre l’humiliation d’être inutile et inemployable, contre l’humiliation d’être soumis sans broncher, contre l’humiliation de n’avoir plus aucune foi en rien.

         Peut-être parce que nous avons trop sacrifié à l’amour, en termes de guerres de religion et de détresse amoureuse, nous nous tenons le plus loin possible des volcans, nous les évitons. Nous voudrions au moins en espacer les explosions : mais n’en sont-elles pas plus terribles ? Heureux l’amour qui sait se convertir doucement en justice et trouver ses distances, mais heureuse la justice qui n’oublie pas l’amour auprès duquel seul elle peut habiter.

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 5 mars 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.



            Au risque d’ennuyer, je crois utile de prolonger la réflexion collective engagée dans le sillage des propos de Ratisbonne. Notamment parce que Benoît XVI a introduit un ton de franchise qui tranche avec la langue œcuménique des gentilles accolades. Il s’adresse à l’autre, il s’expose et s’exprime. Sans peut-être mesurer avec assez de responsabilité les possibles conséquences de ses propos. C’est qu’il n’est pas d’abord un homme d’Etat mais un théologien bourré de convictions : les protestants ne sauraient s’en plaindre. Je ne traiterai donc pas tant de l’aspect politique de ses propos, que de leur aspect proprement théologique, car c’est justement sur ce plan là que je suis pour ma part perplexe, déçu et même inquiet.
            Nous avions la chance d’avoir un Pape intellectuel et intelligent. Et voici qu’il revendique pour la seule voie romaine l’héritage de la Grèce et de l’hellénisme chrétien. On a pu pointer le déni de la voie du monde orthodoxe, ainsi que des christianismes orientaux, les premiers à souffrir concrètement des émois musulmans. On a noté le déni implicite des maillons arabos-musulmans dans les transferts de rationalité de la Grèce vers l’Europe. Bref, on ne comprend pas comment le Pape ose faire des grandes unités si simplistes que « la pensée grecque », « la pensée biblique ». Comme l’écrivait Ricœur contre ces oppositions manichéennes, « compliquons, compliquons tout ! » Le geste qui isole et revendique la bonne généalogie est mortifère, et les Pères sont aussi pères d’autres que nous, de même que nous avons aussi d’autres pères que ceux dont nous portons le nom, les généalogies sont toujours mêlées. Dès le moyen âge il y a eu plusieurs aristotélismes, plusieurs platonismes, et tout au long de l’histoire il y a eu plusieurs hellénismes. Celui de la renaissance franco-italienne n’est pas celui du romantisme allemand. Le geste de refondation des colonies puritaines est peut-être plus grec que celui de prétendre continuer sans hiatus la fondation romaine, et même les cortèges post-modernes que le Pape vitupère rouvrent peut-être quelque chose de la religiosité grecque la plus classique.
            L’intelligence de ce discours du Pape est à chercher ailleurs. C’est une affaire intra-occidentale, un règlement de compte interne, et Benoît XVI s’y prononce en fait bien plus sur l’Occident que sur l’Islam, qui cache ici la Réforme. En réaffirmant la continuité entre le logos grec et le christianisme romain, il reproche à la Réforme d’avoir rompu l’analogie de Dieu avec la raison, et affirmé une transcendance trop radicale, une volonté de Dieu trop arbitraire. C’est donc un discours qui vise la tradition nominaliste, Luther, Calvin, mais aussi bien Pascal ou Kierkegaard, une manière de se rapporter à un Dieu de volonté et d’amour, et non à un Dieu de rationalité trônant au sommet d’une théologie naturelle inclusive qui comprendrait aussi la morale et la science. Il dénonce, c’est le plan central de son discours, trois vagues de deshellénisation : celle de la Réforme, celle de la théologie libérale issue des Lumières avec son entreprise de démythologisation, et enfin la vague actuelle de pluralisme et de relativisme religieux. C’est donc le protestantisme, avec son double spectre des utopies sectaires et de l’individualisme consommateur, qui est visé. C’est normal : nous n’avons pas assez conscience que le protestantisme est la religion mondialement dominante, celle qui porte le péché du monde actuel. Et le Pape prône le retour à la civilisation de l’Occident chrétien latin, sous les applaudissements plus ou moins discrets de tous ces athées dévots et néo-maurassiens qui font les gros bataillons des intellectuels aujourd’hui.
            Il prétend ne pas congédier la modernité mais l’élargir. C’est ce que je voudrais examiner. Son reproche à la Réforme d’avoir trop affirmé une altérité absolue de Dieu, et d’avoir ainsi déchaîné l’arbitraire et la violence, se heurte à une réalité historique : c’est cette affirmation qui a ouvert un rapport respectueux aux autres et au monde. L’impossibilité de convertir par la force n’est-elle pas ce discours de tolérance soutenu par Bayle et Locke, et justement réalisé d’abord dans les Pays-Bas, et la Révolution puritaine n’a-t-elle pas affirmé ce droit de dissidence ? Après tout, la synthèse romaine de la raison et de la foi n’avait-elle pas permis à Bossuet de faire entrer de force les protestants français dans le giron de la « seule vraie église » ? Par ailleurs je veux bien que l’affirmation de la transcendance et l’élimination du finalisme ait ramené au chaos les grandes constructions des cosmologies scolastiques : mais il faut parfois accepter de perdre les formes pour les retrouver autrement, et on n’aurait pas eu Descartes sans Calvin, ni Newton ni Leibniz. Et ce que Benoît 16 refuse de voir c’est que Kant ne propose pas un rétrécissement de la raison, mais sa pluralisation, car il existe des types de vérités et de jugements, des registres de discours différents. Or c’est aussi bien une idée aristotélicienne, et la lecture par Calvin de la Genèse non comme cosmologie mais comme poème à la gloire du Créateur est une condition de l’élargissement d’une raison qui renonce au discours unique qui répondrait à tout. N’est ce pas en distinguant les registres, en ne mélangeant pas trop vite la raison scientifique, la sagesse morale, la gratitude de la foi, que nous évitons les pseudos synthèses théologico-moralo-scientifiques, toujours dangereuses ? Et n’est-ce pas ce qui nous inquiète dans le néo-créationnisme comme dans les théories néo-islamistes ? Si c’est cela l’amplitude de la raison que Benoît 16 appelle de ses vœux, bonjour la régression !
            Au nœud de notre débat se tient le sens du logos, dont il fait une raison-être-vérité Une. Mais le logos est foncièrement parole, l’humain est originairement deux, conversation, et non pas monologue. Dieu est relation. Benoît 16, dans son refus du pluralisme et du conflit intérieur, a refusé de renoncer au monopole de la vérité. Je ne crois heureusement pas qu’il soit représentatif de l’ensemble des catholicismes. Face à un pensée grecque réduite à cette conception statique du logos comme raison, on voudrait soutenir, avec des penseurs de l’Islam médiéval que le Pape fustige, mais aussi avec une longue tradition juive, que Dieu n’est pas heureusement pas tenu par sa propre parole, et que nos prières peuvent le délier de ses promesses et de ses menaces. Comme le notait Ricœur, Eschyle ne montre-t-il pas comment le Dieu tragique des Érynies est changé dans le Dieu miséricordieux des Euménides ? Ce logos là ne nous en dit-il pas plus sur les humains, et sur Dieu ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : Le Monde Spirituel
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Mardi 4 mars 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie.



            Quelle référence religieuse pour l’Europe ? Aucune. C’est le résultat vers lequel nous nous acheminons, et moi je trouve cela magnifique, presque enthousiasmant ! Ce n'est pas seulement cette ambiance nuit du 4 août où nous renonçons délibérément et tous ensemble à nos attachements privilégiés, c’est un geste théologiquement plus profond encore. Car l’image d’une absence de fondation ressemble à celle d’un vide central, qui est le geste fondamental de la démocratie, depuis les réformes de Clisthène dans l’Athènes antique jusqu’à la philosophie politique contemporaine qui cherche à penser la démocratie contre les totalitarismes. Dans le drapeau européen, il n’y a rien au centre, sinon le renoncement simultané de tous à se prétendre au centre ou au sommet : il n’y a rien que l’équidistance à une interrogation, à reformuler sans cesse ensemble. C’est donc là un geste superbe, mais il évoque lui-même le vieux geste monothéiste, l’absence de représentation de Dieu. Or que l’on fasse ainsi cercle autour d’un vide central, d’une absence trop importante, c’est sans doute le plus bel hommage que le Christianisme puisse recevoir. Car ne nous y trompons pas, c’est bien le christianisme qui est comme interdit de nomination. Massivement, historiquement, c’est lui, avec toutes ses hérésies, ses contradictions, ses institutions, ses sagesses et ses folies, ses schismes et ses guerres, ses chefs d’oeuvres et son iconoclasme, ses libertins puérils et ses pionniers puritains, son amour du vin et du porc, c’est lui la culture refoulée dans le silence.
Les craintes engendrées par le nouvel islam ne sont que de frêles paravents qui cachent mal le refoulement de cette part de nous-mêmes désormais considérée comme honteuse sinon maudite. L’Europe veut bien nommer l’héritage de Rome ou des Lumières, qui ne sont pourtant pas sans avoir produit eux aussi des monstres, mais pas le ou plutôt les christianismes, dont les effets historiques sont tellement immenses qu’on ne les aperçoit même pas tellement on est dedans. Il y a pourtant deux choses qui me mettent mal à l’aise dans cette figure. La première c’est justement que nos démocraties, dans leur toute puissante douceur, sont en passe d’obtenir ce que le communisme n’avait pas réussi : la conservation des patrimoines religieux mis en quelque sorte sous cloche, avec leurs folkloriques croyants, comme on protègerait des réserves d’indiens réduits au mutisme. Non pas que l’on ait besoin du retour d’un religieux qui prétendrait sauver notre société en perte de repères. On entend ce discours chez les protestants américains qui veulent évangéliser l’Europe, chez des orthodoxes qui veulent la sauver du matérialisme, chez des musulmans qui lui reprochent sa débauche, chez d’importants personnages de la hiérarchie catholique romaine. On l’entend même chez des républicains « bon teint » qui estiment qu’il n’y a plus de morale.
Mais notre Europe méthodiquement désorientée n’est pas tellement matérialiste ni débauchée. La question est ailleurs. Qu’on le veuille ou non, chaque tradition religieuse comporte un régime spécifique d’autorité et de pouvoir, qui en fait un véritable laboratoire politique du futur. Il faut d’ailleurs remarquer que les pouvoirs publics sont très seuls avec certains débats, dès que ceux-ci dépassent la gestion technique : ils manquent d’interlocuteurs qui n’aient ni ambitions ni timidités politiques. Or, contrairement à ce qu¹on croit, les institutions religieuses n’interviennent pas comme de simples groupes de pression. En fonctionnant selon leur propre régime d’autorité, elles aident à formuler des débats, en s’appuyant sur une histoire qui les rend capables de véhiculer de la perplexité, d’élaborer des problématiques, de formuler des désaccords internes. C’est pourquoi je ne souhaite pas que nous soumettions l’ensemble des institutions religieuses au crible des principes démocratiques : pour certaines Eglises ce serait ruineux. Simplement nous ne pouvons pas donner à l’une ou l’autre d’entre elles un statut à part, privilégier un régime religieux d’autorité, alors que c’est leur confrontation qui est inventive. La sécularisation pluraliste dont nous avons besoin, contre les poussées d’inculture religieuse indurées, devrait faire davantage confiance aux religions, comme à quelque chose d’ouvert, de créatif, et d’inachevé. Sans oublier que la théologie est la plus sérieuse discipline de critique des religions que je connaisse - les fidèles des différentes confessions sont souvent parmi les derniers bastions de l’esprit critique.
Et puis, si nous sommes dans une société pluraliste, c’est bien plus par le long travail du pluralisme religieux que par celui du pluralisme des Etats ou du marché ! Nous avons dû pour cela renoncer à ce mythe double que si nous avions tous le même Dieu nous serions enfin réconciliés, ou (mais c’est au fond la même idée) que si enfin nous étions complètement débarrassés des Dieux nous serions réconciliés. Ce que cette illusion comporte de plus puéril, c'est de croire à la possibilité de débarrasser les sociétés de toute conflictualité. La deuxième chose qui me gêne dans cette absence de référence religieuse, justement, c’est que du coup il n’y a plus de discussion possible. Et comme le remarquait le philosophe Husserl, comment critiquer les résultats si nous oublions les intentions initiales ? Nous aurions ainsi, dans cette fondation absente, un fondement absolument indiscutable ! Or je pense que politiquement cette posture n’offre pas de point d’appui suffisamment concret au débat, à la nécessaire confrontation des traditions dans leur pluralité, dans leur vivacité inachevée. Car l’Europe provient de mille sources, et il faut libérer ces différents héritages, les faire entrer dans une intrigue polycentrique, et renoncer à l’idée qu’il y aurait un seul grand récit commun : l’histoire européenne est une intrigue à plusieurs foyers. Le geste du renoncement simultané devrait ici faire place à celui de la co-fondation.
Si l’on veut s’installer dans une tranquille confrontation, il nous faut davantage nommer concrètement « les » traditions qui participent de la multiplicité des héritages formateurs de l’Europe, non seulement dans le passé mais aussi en l’ouvrant au futur. Pour l’Europe, aucune référence religieuse, ni catholique, ni protestante, ni orthodoxe, ni juive, ni musulmane, ni aucune autre, aucune référence philosophique ni tradition, que ce soit celle des Lumières ni du Romantisme, de la Renaissance ni du classicisme, de l’Antiquité romaine ni grecque, ne saurait être mise au centre. Mais l’Europe qui s’invente peut fait mémoire de tous ces commencements et recommencements, de toutes ces promesses non tenues. Elle devra les confronter et se réinventer sans cesse à partir de tous ces apports.
par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : Le Monde Spirituel
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Dimanche 2 mars 2008
Olivier Abel est membre du comité consultatif national d'éthique. Il est professeur à l'institut protestant de théologie de Paris.
Il arrive que des intellectuels ou des artistes musulmans, comme Salman Rushdie ou tout récemment Ayaan Hirsi Ali, demandent à des pays européens ou aux USA, de les protéger et de garantir leur liberté d’expression. C’est une liberté vitale, je crois non seulement dans les démocraties, mais dans les sociétés de tous les temps ; et vitale non seulement pour les individus, mais pour les sociétés : une société qui interdit tout ce qui brise sa propre complaisance à elle-même, son auto-flaterie, est une société malade à mort.
Autre chose cependant les libertés que l’on peut prendre à l’égard de sa propre culture, autre chose les injures et insultes à l’égard d’autres traditions, d’autres cultures que la sienne, car ces injures participent de ce choc, non tant des civilisations que des « incultures », qui nous menace aujourd’hui de son manichéisme haineux et ignorant. Pourquoi une injure, un blasphème, peut-il être considéré comme une offense ? Il ne faut pas se cacher trop vite derrière l’accusation d’offense et de blasphème, qui permettrait de justifier n’importe quoi. Et après tout une parole ou un dessin ne font pas de violence, ne font pas de mal, au sens physique du terme. Et enfin il y a une dose de comique, de relativisation
Mais l’inquiétant est que pour ceux qui pratiquent ainsi l’injure, il n’y a pas de parole sacrée, pas de limite, que tout est un peu dérisoire et comique — ou plutôt son sacré, c’est qu’il n’y ait rien de sacré. Et cela peut donner justement quelque chose de vulgaire. Pour moi le vulgaire, c’est l’insensibilité au tragique. Et cette vulgarité est dangereuse parce qu’elle est humiliante, et que l’humiliation est une violence à retardement, une violence qui touche l’intime et engrosse les violences de demain. Le ressort de l’humiliation dans l’histoire est d’une puissance redoutable et peu considérée : l’Allemagne humiliée s’est durcie dans la revanche nazie, la Russie humiliée naguère revient aujourd’hui au nationalisme, et le monde arabo-musulman est en butte, depuis des décennies à des humiliations insoutenables.
L’humiliation tient ici au fait que celui qui vous injurie vous laisse sans contre pouvoir sur lui, qui insulte ce que vous respectez, sans que vous puissiez répliquer, car il semble ne rien respecter. On est alors trop faible, comme discrédité dans sa propre parole. Face à cela le respect ne consiste pas seulement à respecter l’autre, mais à respecter ce que l’autre respecte, à en tenir compte. Il est ridicule de prétendre respecter l’autre en le déshabillant de ce qui le protège de la nudité.
Mais dans le même temps il faut redire de l’autre côté qu’il n’y a pas de tradition, pas de confession, pas de religion, et dans une certaine mesure pas de langue ni de culture, que l’on ne puisse quitter. Cela n’est pas seulement un fait acquis par l’exil, c’est un droit politique fondamental, et je dirai plus encore c’est une invention théologique capitale. Il n’y a pas de conversion possible, d’adhésion possible à une confession, sans possibilité de rompre, sans possibilité de sortir. Un choix que l’on ne saurait résilier ne serait plus un choix. Seul d’ailleurs celui qui un jour a quitté la religion de ses pères peut y revenir vraiment.

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : Libre parole-Libre Information
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Mardi 26 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.



J'ai longtemps cru que c'était moi. On me disait « tu ne sais pas dire non », et même si ce n'est pas très exact, je dois reconnaître que j'ai une sorte de foi intime dans la faculté de dire oui à tout en même temps, d'augmenter la densité des existences, l'imbrication mutuelle de leurs rythmes. J'ai cru ensuite que c'était parce que j'étais protestant, un perfectionniste, une sorte de libre-travailleur dont toute la vie devrait se passer à rendre grâce, à équilibrer par la masse superflues des actions de grâces l'infime et éblouissant « trou noir » de la grâce ! Puis j'ai pensé que c'était parce que j¹étais parisien, pris dans les obligations mirobolantes d'une société de cour et le vertige de ses trop nombreuses opportunités. Enfin je me suis simplement dit que c'était parce que j'étais un intellectuel, dont le métier consiste à tisser inlassablement la langue commune, à répéter les mêmes mots selon toutes les connexions possibles, ce qui fait beaucoup.
Maintenant je ne crois plus rien de tout cela : dans tous les milieux, dans tous les métiers, je rencontre des sujets à la limite de la surcharge, incapables de supporter le nombre de « demandes » auxquelles ils doivent répondre. Incapables de soutenir à eux seuls autant de connexions. Nous sommes comme ces joueurs placés dans un jeu virtuel où, ayant réussi à renvoyer correctement une balle, on vous en envoie trois, huit, quinze : on se fend en quatre, on y arrive, on s¹améliore, mais soudain non, c¹est vraiment pas possible, on craque, on ne peut plus. Nous  ne parvenons plus à comprendre ce qui nous arrive ni à sentir ce que nous faisons. C¹est ainsi que nos contemporains « disjonctent » de temps en temps, un par un, sans parvenir à s'arrêter, et tranquillement à s'arrêter ensemble.
Cela s'est passé doucement. Nous avons déployé la liberté de choisir nos combinaisons, nos conditions. Puis nous avons compris que cette liberté déterminait une augmentation extraordinaire de la responsabilité, et nous avons célébré l'avènement de l'individu responsable, capable de s¹impliquer en même temps dans plusieurs jeux, de se plier simultanément de lui-même au plaisir et à l¹excellence de plusieurs règles. Alors nous avons compris que cette liberté pouvait être angoissante, et que cette responsabilité pouvait être épuisante. C'est bien là quelque chose comme le rythme intime de notre découragement général.
Mais je pense désormais que ce qui nous arrive est plus grave que cela. Car le découragement est simplement humain, et il fait partie du courage. Or ici nous avons affaire, nous le sentons physiquement, à quelque chose qui est probablement inhumain. Le processus d'ouverture généralisée des communications entre toutes les entités capable de recevoir et d¹émettre (personnes privées, institutions de toutes sortes, médias, musées, bibliothèques, laboratoires, entreprises, administrations, etc.), à l¹échelle de la planète entière, ne peut plus prétendre promouvoir l'humanisme, la gentillesse de l'échange ni la communication sans entrave qui n'exclurait personne.
C'est un processus communicationnel d'essence technologique et connectique, qui est en train de prendre son Développement (c'est le nom que l'on donne à la chose) tout seul et de manière autonome par rapport à tous les intérêts de l'humanité. C'est un processus qui a commencé à pousser au détriment de la vie, des vertébrés, des mammifères et des humains pour libérer peu à peu sa complexification (sa faculté de tenir compte du maximum d'éléments de l'environnement et d'obliger le maximum d'éléments de tenir compte de lui), de gré ou de force. C'est un processus inhumain, qui a déjà commencé à abandonner comme inutile une partie de l'humanité (le quart monde de la misère), et une partie de nos corps (remodelage des sexes et de la génération, télécommunications et techniques d'identification implantées dans le corps, neurosciences, etc.). Ce processus « manage » peu à peu la forme de nos sociétés et de nos existences, pour préparer ceux d¹entre nous qui pourront encore lui servir à quitter une condition terrestre d¹avance condamnée.
Certes un intellectuel parisien et protestant a quelque raison de sentir physiquement la contrainte de ce processus, qui a déjà rétabli dans presque tous les métiers l'antique dualité du maître et de l¹esclave. Mais un entrepreneur bouddhiste ou une paysanne brésilienne éprouvent la même accélération, et soudain le même doute. Mais pour qui, pour quoi travaillons nous, nous agitons-nous, nous forçons nous ainsi ? On croit parfois identifier le tyran, le coupable de cette mortelle pression. Ce peut-être le marché, l'argent, l'audimat, l'État, Dieu, un patron, un conjoint, le futur, le passé, que sais-je ? On rompt avec lui, on le jette le plus loin possible. Et rien n'a vraiment changé. Nous sommes tous subjugués par ce joueur de flûte qui nous entraîne où nous ne savons pas, nous avons seulement eu le temps de comprendre que cet inhumain-là n'est pas Dieu.
par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : De rêves en passions
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Jeudi 21 février 2008
Il est membre du conseil consultatif national d'éthique. Olivier ABEL est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.
 
            Nos sociétés ont été victimes d'un mythe du dépérissement de la religion, à la faveur duquel prolifère aujourd'hui un religieux non-critique, d’autant moins critique qu’il est constitué de bouts de religion sécularisés, méconnaissables, incultes. Il me semble que l’intégrisme contemporain est d’emblée à placer sur ce fond global. Et puis il nous faut opérer un travail de discernement dans l'amalgame de ce qu’on appelle le religieux, en élargir notre perception, aujourd'hui peut-être trop marquée par la sociologie de l'identité.
Si l'on distingue, pour la clarté de l'exposé, une demande de morale, une demande d'identité, et une demande de vérité, les religions ne sont ni ouvertes ni fermées en même temps sur tous ces registres, et l’intégrisme est à distinguer du fanatisme et du fondamentalisme. Mon hypothèse, ici assez schématique, est que le fondamentalisme est une forme de religion qui répond à la demande de morale, que l’intégrisme fait face à une demande d’identité, et que le fanatisme répond à une demande de vérité, de savoir ou de certitude. Il y a une certaine discontinuité entre ces problèmes, néanmoins souvent mêlés, et on peut être très averti et critique sur un registre, et naïf sur un autre — on ne peut sans doute être en même temps vigilant sur tous les registres.
On peut d’abord avoir le sentiment que « tout fout le camp », que nous sommes dans une société débauchée, où il n'y a plus de Loi ni de règles, où tout est permis. Que faire, à partir de nos vies en miettes, pour retrouver une morale plus cohérente, plus solidaire ? On voudrait trouver une morale solide, indiscutable et rassurante, où les grandes scènes qui nous distribuent les rôles soient d’avance écrites. La fonction du fondamentalisme est de nous placer dans la lettre d’un texte, pour nous protéger d'un monde perdu, ou d'un monde où nous nous sentons rejetés, persécutés, dressant notre camp dans ses marges.
On peut ensuite avoir le sentiment, non sans lien avec le premier mais distinct, que tout est permutable, que l'on peut tout échanger, et qu’il n’y a plus d’identité au sens fort de quelque chose d’inéchangeable. Qui suis-je, et qui sommes nous, dans un monde où les langues et les cultures se mêlent par les migrations et l'urbanisation ? La langue est l'élément de l'identité, de l’appartenance à la même histoire. L’intégrisme serait ici le monoliguisme sacré d’une institution qui voudrait s’égaler à la communauté. On voudrait tant que Dieu puisse habiter enfin la Langue, une langue, notre langue incomparable et finalement intraduisible ! Dans l’intégrisme de la communauté parlant enfin parfaitement la même langue privée, on tend à l'endogamie religieuse et linguistique, pour réunir un cortège assez pur pour se perpétuer unanime.
On peut enfin avoir le sentiment que nos sciences et nos techniques nous laissent dans un monde désenchanté et morcelé, où la vérité même est relative, et où les savoirs sont guidés par des intérêts, par une volonté de pouvoir. La religion corrélative à ce savoir s'est faite non moins utilitaire, magique, gadgétisée autour des pouvoirs spirituels, de savoirs salvateurs et initiés qui se prétendent la clé de tout, et une sorte de galvanisation psychique qui riposte aux puissances techniques. D’où le fanatisme. Comment rapporter nos savoirs cloisonnés et nos techniques parcellaires à un monde plus unifié, à un savoir plus absolu, à une vérité plus souveraine ? On voudrait ici une vérité certaine, qui puisse tout changer, bouleverser et subordonner tous les savoirs, les magnétiser, les ordonner à l’Un.
Face à chacune de ses figures on pourrait glisser un contrepoint radical, car enfin la foi c’est aussi la gratitude qui nous retourne vers le monde ordinaire, et pour laquelle la loi n’est jamais assez singulière, assez interprétée, c’est aussi l’acceptation que l'identité n'est pas ce qui importe et que Dieu est l’absent de toute langue, c’est aussi la mystique d’une interrogation qui nous place à équidistance de la vérité et ouvre un intervalle où le monde peut se déployer.
Mais il y a une actualité de l’intégrisme, et il ne s’agit pas pour moi d’abord de juger mais de tenter de comprendre ce besoin actuel de clôture. Plutôt que d’entrer dans l’opposition entre des religions ouvertes, tolérantes et des religions closes et intégristes, plutôt que de renforcer l’alternative ruineuse entre un échange généralisé et une balkanisation intégriste, il serait prudent de repartir de l’idée simple qu’il ne saurait y avoir d'ouverture sans clôture. Et qu’il ne saurait y avoir de communauté sans un minimum d’immunité. L’intégrisme tient à un problème d’immunisation. C’est pourquoi les choses se focalisent autant autour de l’identité.
Face à une rationalité communicationnelle, celle de la mondialisation, qui exige que tout puisse s’échanger, se traduire et se communiquer, ce qui demande des communautés de plus en plus ouvertes, il y a soudain un sentiment de dissolution, d’uniformisation. Dans Race et culture Claude Lévi-Strauss montrait comment le nouveau problème de l'humanité est moins de décloisonner et d’élargir que de protéger la diversité des langues et des cultures : « toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus ». Une certaine clôture semble vitale, indispensable à la vivacité d'une culture, et la même religion qui avait pu être un principe d’ouverture des échanges peut, en d’autres temps, devenir un principe de clôture, de protection, d’immunisation. A de longs siècles d’éloge de l’ouverture succède peu à peu un nouvel éloge, celui de la clôture, du cloisonnement des communautés comme système de défense. C’est pourquoi l’on peut avoir aujourd’hui un véritable intégrisme laïc, conçu comme une défense contre la mondialisation — contre les religions des autres.
Tel est bien le double péril aujourd’hui. Soit se fondre dans le relativisme d’un œcuménisme vide, d’une religiosité un peu floue où tout le monde goûte un peu à tout, dans une sorte de tourisme nihiliste. Soit incarcérer les identités dans des communautés, engoncées dans leurs différences intégristes par toutes sortes de séparations d’avec l’impur. Mais la vraie question est ailleurs : à quelles conditions nos cultures pourront-ils repartir de leurs propres racines, entrer en conversation les unes avec les autres, et rester créatrices — je veux dire capables d’inventer des manières inédites de rendre grâce, de marier leurs identités, et de faire place à des questions plus vastes que nos petits soucis ?

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : De rêves en passions
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Mardi 12 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.



            Au risque d’ennuyer, je crois utile de prolonger la réflexion collective engagée dans le sillage des propos de Ratisbonne. Notamment parce que Benoît XVI a introduit un ton de franchise qui tranche avec la langue œcuménique des gentilles accolades. Il s’adresse à l’autre, il s’expose et s’exprime. Sans peut-être mesurer avec assez de responsabilité les possibles conséquences de ses propos. C’est qu’il n’est pas d’abord un homme d’Etat mais un théologien bourré de convictions : les protestants ne sauraient s’en plaindre. Je ne traiterai donc pas tant de l’aspect politique de ses propos, que de leur aspect proprement théologique, car c’est justement sur ce plan là que je suis pour ma part perplexe, déçu et même inquiet.
            Nous avions la chance d’avoir un Pape intellectuel et intelligent. Et voici qu’il revendique pour la seule voie romaine l’héritage de la Grèce et de l’hellénisme chrétien. On a pu pointer le déni de la voie du monde orthodoxe, ainsi que des christianismes orientaux, les premiers à souffrir concrètement des émois musulmans. On a noté le déni implicite des maillons arabos-musulmans dans les transferts de rationalité de la Grèce vers l’Europe. Bref, on ne comprend pas comment le Pape ose faire des grandes unités si simplistes que « la pensée grecque », « la pensée biblique ». Comme l’écrivait Ricœur contre ces oppositions manichéennes, « compliquons, compliquons tout ! » Le geste qui isole et revendique la bonne généalogie est mortifère, et les Pères sont aussi pères d’autres que nous, de même que nous avons aussi d’autres pères que ceux dont nous portons le nom, les généalogies sont toujours mêlées. Dès le moyen âge il y a eu plusieurs aristotélismes, plusieurs platonismes, et tout au long de l’histoire il y a eu plusieurs hellénismes. Celui de la renaissance franco-italienne n’est pas celui du romantisme allemand. Le geste de refondation des colonies puritaines est peut-être plus grec que celui de prétendre continuer sans hiatus la fondation romaine, et même les cortèges post-modernes que le Pape vitupère rouvrent peut-être quelque chose de la religiosité grecque la plus classique.
            L’intelligence de ce discours du Pape est à chercher ailleurs. C’est une affaire intra-occidentale, un règlement de compte interne, et Benoît XVI s’y prononce en fait bien plus sur l’Occident que sur l’Islam, qui cache ici la Réforme. En réaffirmant la continuité entre le logos grec et le christianisme romain, il reproche à la Réforme d’avoir rompu l’analogie de Dieu avec la raison, et affirmé une transcendance trop radicale, une volonté de Dieu trop arbitraire. C’est donc un discours qui vise la tradition nominaliste, Luther, Calvin, mais aussi bien Pascal ou Kierkegaard, une manière de se rapporter à un Dieu de volonté et d’amour, et non à un Dieu de rationalité trônant au sommet d’une théologie naturelle inclusive qui comprendrait aussi la morale et la science. Il dénonce, c’est le plan central de son discours, trois vagues de deshellénisation : celle de la Réforme, celle de la théologie libérale issue des Lumières avec son entreprise de démythologisation, et enfin la vague actuelle de pluralisme et de relativisme religieux. C’est donc le protestantisme, avec son double spectre des utopies sectaires et de l’individualisme consommateur, qui est visé. C’est normal : nous n’avons pas assez conscience que le protestantisme est la religion mondialement dominante, celle qui porte le péché du monde actuel. Et le Pape prône le retour à la civilisation de l’Occident chrétien latin, sous les applaudissements plus ou moins discrets de tous ces athées dévots et néo-maurassiens qui font les gros bataillons des intellectuels aujourd’hui.
            Il prétend ne pas congédier la modernité mais l’élargir. C’est ce que je voudrais examiner. Son reproche à la Réforme d’avoir trop affirmé une altérité absolue de Dieu, et d’avoir ainsi déchaîné l’arbitraire et la violence, se heurte à une réalité historique : c’est cette affirmation qui a ouvert un rapport respectueux aux autres et au monde. L’impossibilité de convertir par la force n’est-elle pas ce discours de tolérance soutenu par Bayle et Locke, et justement réalisé d’abord dans les Pays-Bas, et la Révolution puritaine n’a-t-elle pas affirmé ce droit de dissidence ? Après tout, la synthèse romaine de la raison et de la foi n’avait-elle pas permis à Bossuet de faire entrer de force les protestants français dans le giron de la « seule vraie église » ? Par ailleurs je veux bien que l’affirmation de la transcendance et l’élimination du finalisme ait ramené au chaos les grandes constructions des cosmologies scolastiques : mais il faut parfois accepter de perdre les formes pour les retrouver autrement, et on n’aurait pas eu Descartes sans Calvin, ni Newton ni Leibniz. Et ce que Benoît 16 refuse de voir c’est que Kant ne propose pas un rétrécissement de la raison, mais sa pluralisation, car il existe des types de vérités et de jugements, des registres de discours différents. Or c’est aussi bien une idée aristotélicienne, et la lecture par Calvin de la Genèse non comme cosmologie mais comme poème à la gloire du Créateur est une condition de l’élargissement d’une raison qui renonce au discours unique qui répondrait à tout. N’est ce pas en distinguant les registres, en ne mélangeant pas trop vite la raison scientifique, la sagesse morale, la gratitude de la foi, que nous évitons les pseudos synthèses théologico-moralo-scientifiques, toujours dangereuses ? Et n’est-ce pas ce qui nous inquiète dans le néo-créationnisme comme dans les théories néo-islamistes ? Si c’est cela l’amplitude de la raison que Benoît 16 appelle de ses vœux, bonjour la régression !
            Au nœud de notre débat se tient le sens du logos, dont il fait une raison-être-vérité Une. Mais le logos est foncièrement parole, l’humain est originairement deux, conversation, et non pas monologue. Dieu est relation. Benoît 16, dans son refus du pluralisme et du conflit intérieur, a refusé de renoncer au monopole de la vérité. Je ne crois heureusement pas qu’il soit représentatif de l’ensemble des catholicismes. Face à un pensée grecque réduite à cette conception statique du logos comme raison, on voudrait soutenir, avec des penseurs de l’Islam médiéval que le Pape fustige, mais aussi avec une longue tradition juive, que Dieu n’est pas heureusement pas tenu par sa propre parole, et que nos prières peuvent le délier de ses promesses et de ses menaces. Comme le notait Ricœur, Eschyle ne montre-t-il pas comment le Dieu tragique des Érynies est changé dans le Dieu miséricordieux des Euménides ? Ce logos là ne nous en dit-il pas plus sur les humains, et sur Dieu ?

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Lundi 11 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.



              Le plus grand péril qui nous menace, me semble-t-il, n’est pas celui des nouvelles guerres de religion. Comme le remarquait Nietzsche, elles montrent au moins que les peuples peuvent avoir des idéaux et prendre les idées au sérieux ! C’est au contraire, comme on l’a remarqué souvent et j’enfonce ici avec aisance une porte ouverte, l’illusion de croire que l’on peut changer de religion comme de chemise, zapper de l’une à l’autre, dans une sorte de tourisme perpétuel. Comme si un billet d’avion pour le Népal, un superbe documentaire sur le chamanisme yakoute, ou même la lecture assidue des poètes soufis, suffisait à nous faire passer de l’autre côté de l’horizon, suffisait à déplacer les bornes du moi. Malheureusement le touriste le plus intrépide transporte encore l’exiguïté de son moi avec lui, et l’élargissement du moi n’a rien à voir avec la multiplication des déplacements. Théodore Monod, resté un petit protestant français alors qu’il a tant marché sous les cieux du Sahara, disait qu’il n’avait pas encore assez gravi son propre côté de la montagne pour contempler les autres côtés !
Je dis tout cela pour que l’on prenne au sérieux (mais sans aller jusqu’à la guerre sainte !) ce que je souhaite dire maintenant, car je voudrais faire un éloge de la conversion. Toute démarche religieuse, aussi fidèle soit-elle et peut-être d’autant plus, comporte quelque chose comme une conversion intime et radicale. Cette conversion peut être discrète, et passer au début inaperçue de la personne elle-même, comme si elle avait atteint un point de retour, un point à partir duquel elle revient sur ses pas, se retourne et mesure l’importance de ses attachements. Cette conversion peut être fracassante, comme une rupture, la résiliation de tout ce dont on ne veut plus, la déliaison avec le poids d’un passé ou d’une dette, une fidélité effrayante qui nous fait sombrer, qui va nous noyer ! La fidélité vive connaît la tempête, le point de non-retour ou l’inversion de la boussole après lequel on ne sait plus si l’on est chez soi ou ailleurs : où donc est-on chez soi ?
Si je fais un éloge de la conversion, c’est que la foi n’est pas pour moi une question d’identité. Il y a des moments où l’identité n’est vraiment pas ce qui importe ! La réduction sociologique  actuelle des religions à des problèmes d’identité est vraiment dérisoire : qu’est-ce que Dieu peut avoir à foutre de nos petites identités ! Je ne prône pas pour autant, on l’aura compris, un éloge de la conversion « comme de chemise » ! Certains pratiquent ce sport cosmétique avec entrain. Mais quand on est « born again » pour la quatrième fois, un peu comme la madeleine de Proust qui finit par perdre sa puissance d’évocation, la conversion peu à peu se désenchante. C’est peut-être que l’on n’a pas pris au sérieux l’importance et la difficulté de l’abjuration.
Or il est impossible de faire un éloge de la conversion sans faire un éloge de l’abjuration ! C¹est pour moi un caractère central de la foi chrétienne que la possibilité d¹abjurer - et l’histoire entière de l’Occident est marquée par le déploiement de cette possibilité qui était inscrite sur le programme de départ. Le « droit » de rompre, l’autorisation proprement théologique de se délier d’un voeu, d’une promesse qu’on ne veut plus tenir, est pour moi une forme du pardon, et peut-être ce qui donne à toute promesse sa véritable force. Les apôtres n’ont-ils pas tous été des « traîtres » ? Mais n’y a-t-il pas un point à partir duquel la fidélité comprend la trahison ? En tous cas, et plutôt que de passer l’abjuration par pertes et profits de la mauvaise conscience, nous devons faire ensemble l’éloge de ce « droit de sortir » sans lequel le droit d’entrer perd son sens, son libre don de soi. Et nous devons prendre l’abjuration avec sérieux et délicatesse : on n’abjure pas comme on change de chemise !

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 5 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie.



            Quelle référence religieuse pour l’Europe ? Aucune. C’est le résultat vers lequel nous nous acheminons, et moi je trouve cela magnifique, presque enthousiasmant ! Ce n¹est pas seulement cette ambiance nuit du 4 août où nous renonçons délibérément et tous ensemble à nos attachements privilégiés, c’est un geste théologiquement plus profond encore. Car l’image d’une absence de fondation ressemble à celle d’un vide central, qui est le geste fondamental de la démocratie, depuis les réformes de Clisthène dans l’Athènes antique jusqu’à la philosophie politique contemporaine qui cherche à penser la démocratie contre les totalitarismes. Dans le drapeau européen, il n’y a rien au centre, sinon le renoncement simultané de tous à se prétendre au centre ou au sommet : il n’y a rien que l’équidistance à une interrogation, à reformuler sans cesse ensemble. C’est donc là un geste superbe, mais il évoque lui-même le vieux geste monothéiste, l’absence de représentation de Dieu. Or que l’on fasse ainsi cercle autour d’un vide central, d’une absence trop importante, c’est sans doute le plus bel hommage que le Christianisme puisse recevoir. Car ne nous y trompons pas, c’est bien le christianisme qui est comme interdit de nomination. Massivement, historiquement, c’est lui, avec toutes ses hérésies, ses contradictions, ses institutions, ses sagesses et ses folies, ses schismes et ses guerres, ses chefs d’oeuvres et son iconoclasme, ses libertins puérils et ses pionniers puritains, son amour du vin et du porc, c’est lui la culture refoulée dans le silence.
Les craintes engendrées par le nouvel islam ne sont que de frêles paravents qui cachent mal le refoulement de cette part de nous-mêmes désormais considérée comme honteuse sinon maudite. L’Europe veut bien nommer l’héritage de Rome ou des Lumières, qui ne sont pourtant pas sans avoir produit eux aussi des monstres, mais pas le ou plutôt les christianismes, dont les effets historiques sont tellement immenses qu’on ne les aperçoit même pas tellement on est dedans. Il y a pourtant deux choses qui me mettent mal à l’aise dans cette figure. La première c’est justement que nos démocraties, dans leur toute puissante douceur, sont en passe d’obtenir ce que le communisme n’avait pas réussi : la conservation des patrimoines religieux mis en quelque sorte sous cloche, avec leurs folkloriques croyants, comme on protègerait des réserves d’indiens réduits au mutisme. Non pas que l’on ait besoin du retour d’un religieux qui prétendrait sauver notre société en perte de repères. On entend ce discours chez les protestants américains qui veulent évangéliser l’Europe, chez des orthodoxes qui veulent la sauver du matérialisme, chez des musulmans qui lui reprochent sa débauche, chez d’importants personnages de la hiérarchie catholique romaine. On l’entend même chez des républicains « bon teint » qui estiment qu’il n’y a plus de morale.
Mais notre Europe méthodiquement désorientée n’est pas tellement matérialiste ni débauchée. La question est ailleurs. Qu’on le veuille ou non, chaque tradition religieuse comporte un régime spécifique d’autorité et de pouvoir, qui en fait un véritable laboratoire politique du futur. Il faut d’ailleurs remarquer que les pouvoirs publics sont très seuls avec certains débats, dès que ceux-ci dépassent la gestion technique : ils manquent d’interlocuteurs qui n’aient ni ambitions ni timidités politiques. Or, contrairement à ce qu¹on croit, les institutions religieuses n’interviennent pas comme de simples groupes de pression. En fonctionnant selon leur propre régime d’autorité, elles aident à formuler des débats, en s’appuyant sur une histoire qui les rend capables de véhiculer de la perplexité, d’élaborer des problématiques, de formuler des désaccords internes. C’est pourquoi je ne souhaite pas que nous soumettions l’ensemble des institutions religieuses au crible des principes démocratiques : pour certaines Eglises ce serait ruineux. Simplement nous ne pouvons pas donner à l’une ou l’autre d’entre elles un statut à part, privilégier un régime religieux d’autorité, alors que c’est leur confrontation qui est inventive. La sécularisation pluraliste dont nous avons besoin, contre les poussées d’inculture religieuse indurées, devrait faire davantage confiance aux religions, comme à quelque chose d’ouvert, de créatif, et d’inachevé. Sans oublier que la théologie est la plus sérieuse discipline de critique des religions que je connaisse - les fidèles des différentes confessions sont souvent parmi les derniers bastions de l’esprit critique.
Et puis, si nous sommes dans une société pluraliste, c’est bien plus par le long travail du pluralisme religieux que par celui du pluralisme des Etats ou du marché ! Nous avons dû pour cela renoncer à ce mythe double que si nous avions tous le même Dieu nous serions enfin réconciliés, ou (mais c’est au fond la même idée) que si enfin nous étions complètement débarrassés des Dieux nous serions réconciliés. Ce que cette illusion comporte de plus puéril, c'est de croire à la possibilité de débarrasser les sociétés de toute conflictualité. La deuxième chose qui me gêne dans cette absence de référence religieuse, justement, c’est que du coup il n’y a plus de discussion possible. Et comme le remarquait le philosophe Husserl, comment critiquer les résultats si nous oublions les intentions initiales ? Nous aurions ainsi, dans cette fondation absente, un fondement absolument indiscutable ! Or je pense que politiquement cette posture n’offre pas de point d’appui suffisamment concret au débat, à la nécessaire confrontation des traditions dans leur pluralité, dans leur vivacité inachevée. Car l’Europe provient de mille sources, et il faut libérer ces différents héritages, les faire entrer dans une intrigue polycentrique, et renoncer à l’idée qu’il y aurait un seul grand récit commun : l’histoire européenne est une intrigue à plusieurs foyers. Le geste du renoncement simultané devrait ici faire place à celui de la co-fondation.
Si l’on veut s’installer dans une tranquille confrontation, il nous faut davantage nommer concrètement « les » traditions qui participent de la multiplicité des héritages formateurs de l’Europe, non seulement dans le passé mais aussi en l’ouvrant au futur. Pour l’Europe, aucune référence religieuse, ni catholique, ni protestante, ni orthodoxe, ni juive, ni musulmane, ni aucune autre, aucune référence philosophique ni tradition, que ce soit celle des Lumières ni du Romantisme, de la Renaissance ni du classicisme, de l’Antiquité romaine ni grecque, ne saurait être mise au centre. Mais l’Europe qui s’invente peut fait mémoire de tous ces commencements et recommencements, de toutes ces promesses non tenues. Elle devra les confronter et se réinventer sans cesse à partir de tous ces apports.

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : Rassemblement de gauche...
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