J’ai quitté la grisaille parisienne voilà déjà dix ans. Il s’en est passé des choses depuis : An 2000, Septembre 2001, Avril 2002 et Le Pen au deuxième
tour, la guerre en Irak qui se prolonge, le conflit Israélo-Palestinien qui n’en finira jamais, l’élection de Sarko, les lois liberticides. Cela depuis dix ans. Et puis les amours. Ces amours qui
n’en finissent pas de se présenter ne sont toutefois pas celles que j’ai vécues dans ma ville natale, Paname.
Comme elles me manquent ces amours vécues sous la pluie, dans des couleurs qu’à Montpellier personne ne peut percevoir, faute de nuages porteurs d’espoir.
Car, comme il se doit, l’amour, le vrai, n’arrive que par gros temps. C’est l’avis du vieux Georges, qui s’expatria de Sept vers Paris. Sûrement pour avoir compris que c’est dans l’ombre ou la
noirceur que l’on saisit pleinement toute la force de l’intimité, bien à l’abri du soleil qui vous gâche tout. Même l’envie de décliner pour vivre mieux. Pour vivre libre, enfin, de pleurer, de
souffler, de ne pas se faire voir. Pourtant c’est à l’ombre de ce soleil qui nous permet d’y voir plus grand. Ce soleil de méditerranée nous offre l’ombre, seul apte à sauver nos
cœurs.
Mais ce soir je me morfonds de faire enfin la rencontre que j’attends patiemment depuis maintenant plusieurs années. Moi qui est si bien connu l’amour, le
vrai, l’immense, l’indescriptible amour. Mais tous nous connaissons cela, inutile de s’y attarder. Dans ce domaine, il n’est pas nécessaire de s’épancher : chacun fit un jour, à l’angle
d’une rue, furtivement, l’amour. Et nous pouvons tous faire mémoire d’un amour croisé, l’espace d’un instant, d’une seconde ou d’une vie, c’est la même chose en ce domaine.
Alors, toujours, pourquoi ne pas saisir pleinement la beauté de cette fille qui passe dans la rue, de cette enfant, de ce sourire furtif mais offert, donné
par elle. L’amour. L’amour qui transcende, mieux : l’amour transcendant, tout simplement. Vivons de cette force. Puisque c’est cela notre avenir. Le seul possible.
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