Je dois remonter loin dans mon enfance pour comprendre ce qu'est le manque d'amour, pour comprendre que l'on en meurt
aussi sûrement que d'un coup de lame. Car il faut s'être révolté contre la providence pour savoir que rien n'arrête un homme qui a peur, peur de vivre, peur d'être seul encore, peur de ne pas
vivre un jour ce que chacun vit chaque jour, du moins le croit-il. Je parle ici du bonheur.
Alors je me dis parfois que la mort, seule vie possible en nos contrées, ne viendra jamais : je suis immortel
encore, me semble-t-il. Que faudra-t-il pour me faire oublier que je vis ? Que faudra-t-il donc que je fasse pour sortir de cette vie où tout échoue, où tout s'échoue ? Aimer encore.
Aimer toujours. Une mère y trouve ainsi sa place au soleil de mon cœur.
Car nos âmes ne sont plus belles. Il faut les assoiffer encore de toutes choses et par le vide de cette absence les obliger à se remplir d'amour.
C'est finalement l'absence d'amour qui appelle la passion d'amour. C'est bien le manque d'amour qui crée l'amour. Qui crée le besoin d'amour. L'amour existe donc.
Mais que faire quand ce manque d’amour se trouve enfin comblé par une rencontre ? Comment le vivre, si ce n’est
dans la passion la plus absolue ? Comment ne pas devenir excessivement sensible à tout ce qui viendrait troubler le long silence, profondément mystique, qui naît de cette rencontre ? Il
n’est d’autre solution que de rester oisif. En tout. Et d’atteindre ainsi sereinement ce fabuleux destin qui nous est offert, à tous. Il suffit de ne pas s’en laisser conter par tous ces
rabat-joie sans vergogne : oui, l’amour se perpétue sans cesse. Irrémédiablement.
par Lionel Degouy
publié dans :
Poésie
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