Mercredi 20 février 2008
Je dois remonter loin dans mon enfance pour comprendre ce qu'est le manque d'amour, pour comprendre que l'on en meurt aussi sûrement que d'un coup de lame. Car il faut s'être révolté contre la providence pour savoir que rien n'arrête un homme qui a peur, peur de vivre, peur d'être seul encore, peur de ne pas vivre un jour ce que chacun vit chaque jour, du moins le croit-il. Je parle ici du bonheur.
Alors je me dis parfois que la mort, seule vie possible en nos contrées, ne viendra jamais : je suis immortel encore, me semble-t-il. Que faudra-t-il pour me faire oublier que je vis ? Que faudra-t-il donc que je fasse pour sortir de cette vie où tout échoue, où tout s'échoue ? Aimer encore. Aimer toujours. Une mère y trouve ainsi sa place au soleil de mon cœur.
Car nos âmes ne sont plus belles. Il faut les assoiffer encore de toutes choses et par le vide de cette absence les obliger à se remplir d'amour. C'est finalement l'absence d'amour qui appelle la passion d'amour. C'est bien le manque d'amour qui crée l'amour. Qui crée le besoin d'amour. L'amour existe donc.
           Mais que faire quand ce manque d’amour se trouve enfin comblé par une rencontre ? Comment le vivre, si ce n’est dans la passion la plus absolue ? Comment ne pas devenir excessivement sensible à tout ce qui viendrait troubler le long silence, profondément mystique, qui naît de cette rencontre ? Il n’est d’autre solution que de rester oisif. En tout. Et d’atteindre ainsi sereinement ce fabuleux destin qui nous est offert, à tous. Il suffit de ne pas s’en laisser conter par tous ces rabat-joie sans vergogne : oui, l’amour se perpétue sans cesse. Irrémédiablement.
par Lionel DEGOUY publié dans : Utopie communauté : De rêves en passions
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Mercredi 20 février 2008
            Il n’est pas de mon goût de frapper un Homme à terre. Mais il faut bien reconnaître que la situation parfois l’exige. Comme pour achever, finaliser, une entreprise engager depuis plusieurs années : Le Pen vend son siège national pour se faire un peu de sous. Il n’a plus les moyens d’entretenir la haine que sur sa fortune personnelle et le bon vouloir de ses sympathisants.
            Soyons honnêtes, c’est un plaisir. Un vrai. Car si la bête immonde fait encore figure de candidature plausible en divers endroits de notre territoire lors des municipales et cantonales, il est tout aussi plausible de penser que le parti de la haine devra se limiter désormais à parler à un groupuscule de fourvoyés. Pas plus.
            Mais là est la tentation. La tentation de prendre pour des imbéciles des gens aux discours simplement improbes, malhonnêtes. Oui, c’est la malhonnêteté qui fait tenir debout le cadavre de l'idéologie puante du front national. Un cadavre à terre, donc.
            Faut-il frapper ce cadavre ? Oui. Et je reconnais sans discourir qu’il n’est pas très chrétien de s’acharner de la sorte…sur un Homme à terre. Pour un spirituel cela relève même de la faute, car il faut savoir ne pas aller trop loin dans sa propre haine, il faut laisser à Dieu le soin de s’occuper de l’âme de ce fasciste, et rester en retrait, en retraite. Certains appellent cela le détachement. Et pour d’autre c’est la prière qui peut seule nous débarrasser de cette lugubre association d'abrutis qu’est l’ensemble de l’équipe à Le Pen.
            Et c’est ce que je fais : je veux prier bien plus que je ne veux frapper, c’est ainsi que je l’entends. Mais la révolte et la colère, hélas, sont parfois salvatrices. Car les idées frontistes continuent d’empester les plus hautes sphères de nos gouvernants qui sont loin de la réalité de l’Homme en devenir, plein, tout à la fois, d’espoir et de désespoir. Oui, nous succombons encore longtemps sous le poids de la connerie du méchant, de l’injuste et du « bon vivant » fascho et indépendantiste.
par Lionel DEGOUY publié dans : Humeur communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 20 février 2008
Longtemps les Hommes m'ont dégoûtés. Je me suis cru souvent dans l'obligation de les imiter. Et je les ai imités. Désormais c'est fini : je veux ma mort quand je n'aime plus. Je ne veux plus mourir du rien qui submerge trop souvent nos idylles, et depuis trop longtemps, sans que plus rien ne les empêche d'être mortelles, sans que rien ne leur donne raison. La folie n'est plus notre lot et nous disparaissons du manque de déraison d'amour. Les curés s'en réjouissent. Et les pasteurs, aussi. Les banquiers, les psychiatres, les journalistes, les politiques ; tout le monde s'en réjouis, surtout l'enfer.
            Que faut-il faire pour étouffer le flot toujours plus menaçant de l'inaction des âmes et de leur mort ? Combattre à coup de folles amours les insensés qui de toutes parts surgissent à nos émois, et nous les volent pour les anéantir.
            De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
            Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
            On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
            C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.
 
            C’est comme une révolte, comme un orage une nuit d’été, comme des larmes retenues et essuyées au bord de l’œil, comme une colère rentrée : rien n’a changé, tout est resté. Tout s’est enraciné, là, bien fermement, dans une terre durcie par le soleil. Ce soleil qui pourtant nous donne aussi l’amour, les fleurs et l’arc-en-ciel des vraies couleurs du monde. Des vraies lumières du monde. Lumières éternelles de nos espoirs, de nos esprits, de nos talents. Arc-en-ciel de larmes et de soleil que l’on voudrait voir faire tous les miracles dont il est capable.
            Nous serons toujours forts de nos pleurs. C’est de ces pleurs que vient la renaissance possible de nos amours bafoués, la solidité de notre foi en l’Homme, de nos espoirs les plus fous. André Breton écrivait dans Arcane 17 : « aimer d'abord, il sera toujours temps, ensuite, de s'interroger sur ce qu'on aime ». Puis il décrivait la forme unique que  pouvait prendre la réalisation du rêve auquel il aspirait : « le mystérieux, l'improbable, l'unique, le confondant et l'indubitable amour ». C'est ainsi qu'il parlait du magique instant de la rencontre. C'est ainsi qu'il parlait aussi pour moi du formidable don de Dieu. En particulier de l'une des formes que prend parfois le don de Dieu : du don foudroyant qui entre, presque avec violence parfois, au plus profond de nos fausses tranquillités et de notre assurance pleine d'orgueil. Un don qui sans cesse peut renommer l'Amour et peut le voir de nouveau paraître évident, incontournable, inévitable même. Ainsi, que le surréalisme nous soit contemporain ou non, on sait qu'il est de fort bon ton de ne plus croire en rien et que toutes les idéologies se meurent. Aimer l'Amour à mort est une folie, aimer l'Amour tout simplement est imbécile : voilà ce que l'on entend, voila ce sur quoi tout est sensé se fonder, se construire.
 
            Matérialisme et pragmatisme : voila bien le nerf de la guerre. Puisque c’est désormais partout la guerre. Pour combler le besoin de pragmatisme de certains dirigeants. Leurs besoins d’inaptes à la folie tout autant qu’à l’amour. Inapte à dessiner des traits autres que droits, inaptes aux lignes courbes. Inaptes aussi à la compréhension de la complexité de l’âme humaine, à la compréhension de la complexité des flots d’amour, que peut toujours porter cette âme, de ses capacités à désirer autre chose que les cloisonnements primaires dans lesquels on voudrait l’enfermer. Citons André Breton, toujours : « Chère imagination, ce que j’aime surtout en toi, c’est que tu ne pardonnes pas. Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore. Je le crois propre à entretenir, indéfiniment, le vieux fanatisme humain. Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime. Parmi tant de disgrâces dont nous héritons, il faut bien reconnaître que la plus grande liberté d’esprit nous est laissée. A nous de ne pas en mésuser gravement. Réduire l’imagination à l’esclavage, quand bien même il y irait de ce qu’on appelle grossièrement le bonheur, c’est se dérober à tout ce qu’on trouve, au fond de soi, de justice suprême. La seule imagination me rend compte de ce qui peut-être, et c’est assez pour lever un peu le terrible interdit ; assez aussi pour que je m’abandonne à elle sans crainte de me tromper (comme si l’on pouvait se tromper davantage) ». Plus loin : « le surréalisme, tel que je l’envisage, déclare assez notre non-conformisme absolu pour qu’il ne puisse être question de le traduire, au procès du monde réel, comme témoin à décharge. Il ne saurait, au contraire, justifier que de l’état complet de distraction auquel nous espérons bien parvenir ici-bas. […] Cet été les roses sont bleues ; le bois c’est du verre. La terre drapée dans sa verdure me fait aussi peu d’effet qu’un revenant. C’est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L’existence est ailleurs ». Cet homme aura décidément tout dit de notre modernité, dès 1924. Il ne fut pas le seul à prendre au corps la folie de la première guerre mondiale, de ce massacre organisé. Que rajouter à tout cela ? Si ce n’est démontrer l’actualité de ces propos. Pour cela, c’est à nous de lancer l’offensive des utopies, des idéologies.
 
            C’est dans ce cadre que je veux tout à la fois exprimer, sans y parvenir jamais pleinement, une révolte saine tout autant qu’une sagesse nécessaire à l’élaboration de plans d’avenir, de perspectives possibles. De rêve à réaliser. Car il est possible de réaliser nos rêves. Nous en avons, nous, les moyens. Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amours immortelles, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement surréalistes. Et l’on ose désormais nous opposer le pragmatisme, clef de voûtes des discours de l’ensemble de nos dirigeants : il faut être pragmatique. Alors que nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Une utopie de l’amour du prochain, du respect de l’autre ; une utopie facteur de développement d’une humanitude toujours plus digne. Car j’ai connu la misère, le désespoir, la décadence de l’Homme riche à foison. J’ai connu l’absurdité, l’internement psychiatrique, la pauvreté réelle. J’ai vu l’Homme. Et puis j’ai constaté soudain que l’on pouvait mieux faire. Que l’Homme pouvait mieux faire. Cela m’a rendu bien mélancolique de tout ces espoirs vaincus, tout cet amour bafoué, tout ce silence rompu par des phrases assassines, par des actions de haine. Alors même que les Hommes de paix sont légion. Alors que nous nous aimons. Oui, nous nous aimons. Tout le reste n’est que mauvais détournement de ce qui reste l’acte premier : l’Amour.
par Lionel DEGOUY publié dans : Errance communauté : De rêves en passions
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Mercredi 20 février 2008

          C’est sans amertume que je tente d’exprimer le désarroi de mes contemporains. C’est dans ce cadre que je voudrais exprimer tout à la fois une révolte saine et une sagesse nécessaire à l’élaboration de plans d’avenir, de perspectives possibles. De rêve à réaliser. Car il est possible de réaliser nos rêves. Nous en avons, nous, les moyens. Puisque l’argent, ici, coule à flot vers des mers inconnues, et que les ouvriers hautement qualifiés sont légions. De plus nous sommes désormais certains de la volonté du peuple de se réunir en manifestations, pétitions, actions sociales quand il s’agit de justice sociétale.

            Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amour immortel, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement rêveurs. On ose nous opposer le pragmatisme, clef de voûtes des discours politiques de nos dirigeants : il faut être pragmatique. Alors que nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Une utopie de l’amour du prochain, du respect de l’autre ; une utopie facteur de développement d’une humanitude toujours plus digne, notamment par des avancées sociales palpables.
 
            Contre nous des idéologues de droite bien à droite annoncent la suppression de plusieurs milliers de fonctionnaires dans l’éducation nationale : moins de professeurs, moins d’éducateurs, moins de surveillants, moins d’infirmières scolaires. Moins de tout. Alors même que la démonstration est faite que cette politique ne porte pas de fruits, mais des émeutes, des drames, des vies brûlées pour l’idéologie libérale. Il va nous falloir résister. Et proposer tout autre chose, une vision totalement différente du lendemain, de l’avenir. Une vision qui puisse trancher radicalement avec tout ce qui s’est fait depuis des années. Faisons de nos rêves un avenir possible.

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Humeur communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 20 février 2008
Toujours cet « impossible » qui me tiraille et me surveille, me tourne autour et m’étourdit. Toujours cette impossible société sans école, sans prison, souhaitée par tant de grands penseurs autour d’Ivan Illich. Toujours ces rêves d’impossible. Mais aussi et peut-être surtout, toujours au dessus de mon bureau, cette immense photo d’une nuits d’août de la libération de Paris : une femme et deux hommes, tous armés, cachés derrière un mur. Fallait-il qu’ils soient fous pour se battre ? Fallait-il qu’ils soient amoureux ? Amoureux fous probablement. Amoureux fous : ressentir enfin le souffle de l’autre et y sentir tout autant la fulgurance de la mort que la douce fraîcheur d’une nuit d’août à Paris. La nuit claire et déchirée. C’était l’époque des ennemis palpables et bien visibles. Comment se mettre au diapason de ce désespoir là ? Par le bonheur étrange du sang versé ? L’adrénaline des risques encourus ?
Le 21 avril 2002, la bête immonde pouvait encore montrer son nez. Je me souviens comment tous mes amis et moi-même sommes passés par des états aussi surprenants que la sérénité. Je me souviens comment nous savions déjà nous organiser pour en cacher certains, pour en mettre d’autres vers l’avant. Tranquillement. Je continue à imaginer ce jour comme un jour qui eut du me faire trembler et qui pourtant ne m’étonnait guerre plus que cela. Je me souviens comment nous étions déjà tous, sans le savoir, très organisés, quasiment minutés. Quel enseignement pourrait-on tirer de ces jours de décadence et de répétition générale, si j’ose dire ? Sans doute, principalement, fallait-il que nous en ressentions déjà une infime partie des effets pour que nous soyons à ce point près, à ce point rodés. Il nous fallait bien constater que depuis 1988 le guignol Le Pen nous avait préparés, ne serait-ce que par la porosité de ses idées, par le fait que nous voyions déjà ses effets pervers se glisser là, ici, là-bas, là-bas encore, ici de nouveau. La puanteur n’est pas nouvelle, hélas.
Alors il est des jours où toute la douleur que je ressens de voir encore l’ensemble des arrivismes rampants me met hors de moi et où je veux hurler que rien n’a changé depuis ce funeste mois d’avril. Rien. Ou quasiment. De nouvelles têtes ? De nouvelles idées ? Des organisations moins étouffantes, plus à même de répondre aux véritables besoins, aux véritables attentes de la population ? Non point. Nul part. Absolument nulle part. J’ai bien fait le tour, je me suis promené, j’ai écouté, je crois avoir entendu, mais rien. Toujours une cooptation ici, une élection bien bidouillée par là. Non, décidément, rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, les volontés, fort bonnes au demeurant, ne manquent pas. Que faut-il donc que nous fassions pour que l’immense majorité du corps social ne se sente pas mis à l’écart de décisions que chacun sait parfaitement essentielles pour l’avenir d’un nombre croissant de personnes : réforme des retraites, ouverture du capital d’EDF – un Jean-Marie Messier pourrait-il, demain, diriger le nucléaire français ? – suppression de l’impôt sur la fortune, devenir inquiétant de la pensée réactionnaire en Europe.
Je ne ferais pas ici la liste exhaustive des atteintes portées aux libertés fondamentales, aux droits des étrangers – que l’on bafoue sans même savoir pourquoi, presque par principe, tant les arguments sont faux, les conclusions dangereuses. La encore une idéologie finira par en balayer une autre et il n’est pas certain que la meilleur l’emporte : notre guignol Le Pen, toujours lui, n’a pas tant monté sa véritable force sur les bases d’un rejet de l’étranger que sur celui de l’autre.
On le voit, rien n’est acquis et pour cette raison nous ne saurions que laissé filer ces fameux rêves d’impossible entre les doigts de nos lucidités afin de ne pas rester figés par elles : Paris sera toujours à libérer.
par Lionel DEGOUY publié dans : Utopie communauté : Rassemblement de gauche...
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Mardi 19 février 2008
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Peinture de Josée Van Lierop
par Lionel DEGOUY publié dans : Art communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 19 février 2008
C’est un grand dégoût qui m’envahit de jours en jours un peu plus : devant cette misère constante et cette paupérisation dégueulasse dans un pays plein de richesses humaines et financières. Oui, plein de ressources humaines. Alors pourquoi tant de misère ? D’où peu bien nous venir ce désarroi, ces interrogations que l’on pourrait qualifier d’existentielles, tant il ne devrait y avoir de pauvreté matérielle dans un pays aussi riche que le notre. C’est que le profit veut faire valoir ses droits. Mais qu’est-ce que ses droits ? Le droit de se moquer de toute une partie, importante, de la population ? Jusqu’à quand nous fera-t-on croire que nous habitons tel ou tel pays du tiers-monde, et qu’il n’est rien d’autre à espérer que la misère au sein même de l’opulence ?
            La pire des choses est que, à l’instant même où j’écris ces lignes, des familles entières de travailleurs pauvres n’ont pas de quoi se loger, pas de quoi manger. Travailler pour ne pas avoir de toit, travailler pour être en dessous du seuil de pauvreté. Il est certain que Madame Parisot n’a que faire de la misère ambiante, mais pourquoi a-t-elle perdu le goût pour les nuits passées à la belle étoile, avec deux enfants à charge ? Pourquoi n’éprouve-t-elle aucune honte devant cette infâme situation ? Honte ? Non ! Puisqu’elle propose la suppression pure et simple des charges patronales qu’elle voudrait voir se reporter sur les salariés « afin qu’ainsi ils soient plus sensibilisés aux problèmes des questions portant sur les retraites, l’assurance maladie, etc.… »
            Que Madame Parisot se rassure, le peuple sait de quoi sont fait la maladie et la vieillesse qui suivent une dure vie de labeur à des tâches ingrates et mal rémunérées. Le peuple sait qu’il peut demain se retrouver dehors, qu’il peut demain se retrouver malade, et n’avoir de sa jeunesse que de vagues souvenirs. Le peuple sait. Tout cela. Avec la plus grande des certitudes.
            Souhaitons donc bon appétit et bonne nuit à Madame Parisot. Et puis, aussi, une bonne santé. Car serait-il déraisonnable de penser qu’elle se trouve à l’abri de la faim et qu’elle devrait passer la nuit au chaud. Elle qui travaille tant.
par Lionel DEGOUY publié dans : Humeur communauté : Parlons d'amour
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Mardi 19 février 2008
                 Il est certain que tout s’en va. Bien loin de nous. Jusqu’à l’amour, que l’on voudrait nous faire passer pour nécessairement, oui, nécessairement, précaire – il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Madame Parisot, Présidente du Medef : « l’amour est précaire, pourquoi le travail ne le serait-il pas aussi ? » Sans rire, nous avons donc à rappeler que l’amour n’est pas une marchandise et le travail une marchandise bien différente des autres marchandises.
            Dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme. Cet abominable pragmatisme.
            Ce dont nous rêvons, c’est de « tronc commun » d’études générales plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans. Ce dont nous rêvons c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – de retraite à cinquante-cinq ans pour tous. Ce dont nous rêvons c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. Ce dont nous rêvons c’est de huit semaines de congés payés. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des acquis de notre civilisation. Même si ce dont nous rêvons par-dessus tout, bien entendu, c’est d’amours éternels, de fleurs séchées au sein d’un livre souvent lu, souvent relu. Ce dont nous rêvons par-dessus tout c’est d’herbe grasse et de pommiers en fleurs. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.
            Pour maintenir tous nos espoirs, tel Camus, citons Pindare : « Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. »
           

            « On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique ? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. » C’est en ces termes que Jean-Jacques Rousseau s’exprimait dans le préambule du livre I du contrat social, en 1762. Le Politique, ici, se trouve à la bonne place ; à celle qui est la sienne : c'est-à-dire qu’il se situe partout où le rêve est possible.
            Alors il faut être rêveur pour véritablement penser ou repenser nos institutions ! Et le peuple est rêveur. C’est pourquoi, bien que par la force des choses il ait nécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas se résigner à voir ce peuple ne jamais lever la tête et se mettre à rêver de jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoirs réalisables.
            C’est le rêve seul qui pourra nous porter hors de nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes. Dans le futur tout comme dans le présent. Le futur : de sombres perspectives en vérité, si nous n’y prenons garde ! Le présent : des dirigeants inaptes à regarder l’horizon, mais le bout de leurs chaussures. Des dirigeants inaptes aux rêves des autres, inaptes à nos rêves, inaptes même aux leurs. Inaptes à la salvatrice utopie, rendus malades qu’ils sont par ce sale mot de pragmatisme. Le pragmatisme : surtout ne rien brûler. Et surtout pas nos cœurs aux flammes de l’amour du prochain. Quand rêverons-nous d’amour si ce n’est en ces temps de décomposition, quand donc imaginera-t-on un autre monde possible pour chacun ? Un monde où les enfants ne disparaîtront plus sous les bombes ? Quand donc rêverons-nous enfin d’un monde meilleur, loin des calculs, de la bassesse de vue et de l’improbité intellectuelle ? Car, à la fin, ce sont des possibilités de rêves qu’on nous chaparde ! Et les bienfaits de l’utopie en tant que devenir possible.
 
 
            Or, il n’est nul besoin de s’observer longtemps pour constater que nous souffrons. Ici. Ici, nous souffrons. D’où peut bien nous venir cette angoisse ? Alors même que nous disposons à loisir – riches que nous sommes – de la mélancolie, des larmes de l’amour et d’un soleil qui chaque jour nous offre son déclin. Car la mélancolie, l’amour et le déclin sont pour nous des valeurs sûres tant elles sont aptes, ces valeurs, à nous sortir de l’angoisse, de la peur. Se sauver par les larmes. Par les larmes, oui. Se sauver dans la perte plus que dans l’orgueil ou la soi-disant victoire sur soi-même. En effet : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » dit l’évangile selon Matthieu. Or, le pleur n’est plus inquiétude, le pleur n’est plus orgueil, le pleur n’est plus victoire mais perte salvatrice. Et c’est ainsi que nous nous trouvons au point où devient possible une véritable re-naissance. Re-naître. Voilà ce qui nous est nécessaire : ce soleil en déclin, annonciateur de renouveau. Oui, demain sera un autre jour.
 
 
            Voila bien un point sur lequel on ne peut revenir : s’il est une obligation, c’est celle de se battre sans discontinuer pour posséder la liberté d’imaginer pouvoir aimer sans fin, loin de l’idée que l’amour ou le bonheur n’ont qu’un temps.
            J’aurais cité Rousseau, Pindare, le Christ et c’est encore que je les citerai, c’est encore que j’en citerai d’autres. Les sujets ne manquent pas : l’utopie, le rêve, la foi en des lendemains radieux pour nos frères et nous-mêmes, l’incommensurable – j’ai bien dit l’incommensurable – douleur du monde. Il nous faut donc tout discuter, tout reconstruire, pour que demain devienne vraiment un autre jour : revenir à l’essentiel par la chaleur et l’innocence des larmes de notre enfance. Car, à la vérité, les cœurs de pierre n’existent pas. Puisqu’il y a l’amour que nous avons reçu du ciel et des jeunes filles en fleurs.
 
 
            Et si l’amour n’était pas précaire ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Chroniques politiques et poétiques communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 19 février 2008
Les débats sur la construction européenne auront du moins permis à certains de tomber les masques. Et de nous faire profiter du spectacle. Pas réjouissant. Un parlementaire européen – italien – vient de nous faire partager ses hautes vues théologico-oiseuses : « je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, mais je pense qu’il s’agit d’un péché ». Nous voilà bien fixés sur les combats qu’il reste à mener, notamment contre l’obscurantisme catholique et les influences qu’il garde au sein des instances dirigeantes. Cette pensée qui pousse certains à définir l’Europe comme un club chrétien, ou plus précisément comme un club catholique, devient le rempart de ceux qui ont peur. C’est une pensée frileuse qui renaît. Devant la peur de l’autre, le différent, certains pensent trouver en une forme de christianisme le moyen de se réchauffer, le moyen de rester entre soi, bien au chaud de ses certitudes, que certains disent millénaires. Le huguenot, que j’ai choisi d’être, fulmine.
Non ! L’Europe ne peut être un club chrétien. Elle est à la croisée de christianismes multiples bien sûr, mais aussi d’humanismes, de lumières, de droits de l’Homme, de formes différentes de laïcité. Elle est bien d’autres choses encore. Et son histoire, sa construction n’est en rien d’origine médiévale, loin s’en faut. Car n’en déplaise au sacristain qui passait ce jour-là, ce sont les rails de la SNCF qui font, ont fait, la France qui nous occupe au sein de cette Europe. Ce sont les écoles communales et leurs professeurs, pas celle de monsieur le curé. Ce sont les bureaux de poste. Et ce sont ces bureaux de poste, ces écoles et ces voies ferrées qui feront l’Europe de demain – services publics qu’il nous faut d’ailleurs absolument protéger contre les attaques dont ils sont sans cesse l’objet. Mais le sacristain – toujours lui, bien sûr – ne voit que son chemin, que son idée. Il n’a que faire des bureaux de poste. Il n’a que faire, même, d’un autre christianisme qui ne voit pas en l’homosexualité un péché ou quoi que ce soit d’autre. Mais le sacristain veut son Histoire. Il n’à que faire de l’air du temps.
Quoi qu’il en soit, avec comme dirigeants des personnages à ce point rétrogrades et entêtés, nous aurions bien raisons de nous alarmer sur la teneur des débats à venir. Rien de bien joyeux au demeurant, et il ne fera pas bon parler de liberté de conscience dans une Europe à la pensée sclérosée par son manque de mémoire ou par sa mauvaise foi. En effet, par une telle déclaration : «  je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, etc.… », ce sont beaucoup de nos valeurs qui s’effondrent. Venue de l’un de nos dirigeant, à fortiori de l’Europe d’aujourd’hui, de demain, la déclaration peu donner des sueurs froides bien au delà des frontières que certains veulent donner à cette Europe. Nous n’avons plus rien à craindre de la Turquie, c’est sûr : tout est déjà là de nos inquiétudes, si nous en avions. Aux dernières nouvelles, un autre parlementaire européen – italien, lui aussi – exprime son désir de ne plus voir de femmes à l’écran, passée une certaine heure !!!
Nous avons donc à préserver, sans rire : la liberté de conscience, la liberté de ne pas se voiler la face, même tard le soir, la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, la liberté de choisir son partenaire, la liberté de confier nos gosses à des professeurs de la République, la liberté de ne pas s’agenouiller devant une croix, la liberté de divorcer, de se remarier, la liberté d’être enterré comme on le souhaite, la liberté de se moquer de tout, la liberté d’être rose, rouge, vert, jaune ou mauve, la liberté de rire, la liberté de vivre. La liberté de dire au curé de service de retirer sa soutane dans les lieux sacrés de la république. Et de ne pas souiller ces lieux sacrés de paroles homophobes et sexistes.
par Lionel DEGOUY publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Rassemblement de gauche...
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Lundi 18 février 2008

Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie. 
          

            Alors que bien des pays émergents se lancent avec frénésie dans les bienfaits de la production-consommation, dans nos sociétés on n’y croit plus trop. Elles sont apparemment fondées sur le désir de consommer et le besoin de travailler, mais tout se passe comme si, discrètement, leur centre de gravité était en train de se déplacer. Le cœur n’y est plus, le moteur ne cesse de caler. Comme si notre imaginaire était en train de changer, ébranlant les présuppositions admises quant à ce qu’est une vie réussie. Ce léger déplacement dans nos images de la vie bonne, qui de proche en proche est en train de tout bouleverser, touche l’ensemble de la vieille Europe. Dans l’histoire, l’Europe n’a déjà que trop gagné, c’est pourquoi elle peut décliner, se dépenser, se dévouer à autre chose. Et si elle était en train d’inventer autre chose, de plus précieux pour le monde, de plus désirable ? L’Europe a connu la victoire, la richesse, la gloire, et se cherche un autre moteur. Et si elle s’apprêtait à proposer un modèle de société plus réellement alternatif aux modèles existants ailleurs dans le monde, qui ne serait pas fondé sur les redistributions d'une croissance dont elle sait d'expérience qu'elle n'est pas infinie ?

            On me dira que c’est là un discours défaitiste qui se résigne au chômage massif, un luxe de nanti, ou une utopie romantique qui risque de désarmer la France dans une compétition mondiale où la moindre hésitation nous fait perdre des marchés. Mais dans mon propos il y a d’abord un constat ténu mais entêté, comme si on tendait l’oreille pour écouter ce qui est déjà là. Au fond les pays avancés croient de moins en moins au Développement, même quand il se dit le moins inhumain possible pour les plus démunis, et le plus durable possible pour les équilibres écologiques. Il ne s’agit pas d’interdire aux puissance montantes comme la Chine ou l’Inde de goûter aux fruits de la croissance, mais de ne pas nous laisser leurrer par le faux espoir que la seule compétition des capitalismes peut écarter la guerre à mort pour les dernières ressources planétaires et apporter des solutions aux catastrophes naturelles qui viennent. Mon propos n’a rien de défaitiste et n’annonce pas la fin du monde. Ce n’est qu’un éboulement, mais il est profond, et il est temps d’en mesurer l’ampleur.
Car de quel déclin parlons-nous ? Au cœur de nos civilisations se tient un noyau éthique qui oriente leur vouloir vivre global, leur style de vie et leurs approbations. C’est ce programme quasi-métaphysique qui donne le rythme propre à chaque civilisation. Certes les civilisations se déploient en augmentant les échanges, l’intervalle entre ce qu’elles prennent et ce qu’elles donnent, entre ce qu’elles reçoivent et ce qu’elles en font. Mais elles ne peuvent pas augmenter indéfiniment et sur tous les tableaux. Leur déclin n’est pas la mort, c’est ce par quoi elles passent ou non à la postérité. Des civilisations se sont fondues dans d’autres, parce qu’elles se sont retirées de la course aux plus forts, et c’est à ce moment là souvent qu’elles ont acquis leur véritable « autorité », qu’elles ont été les plus inventives, les plus créatrices. Comme Ricœur l'écrivait en 1951, « une civilisation n'avance pas en bloc ou ne stagne pas à tous égards. Il y a en elle plusieurs lignes (...) La vague ne monte pas au même moment sur toutes les plages de la vie d'un peuple ». Il est temps de nous retirer de certaines compétitions ruineuses pour investir vers des activités plus réellement infinies que la pure croissance économique, et de remettre au cœur de notre programme de civilisation le désir d’augmenter la densité des formes de vie possibles, la cohabitation intense des sciences et des arts. Il est temps de partager autrement la fugacité du bonheur, et la possibilité donnée à chacun de montrer qui il est avant de s’effacer de lui-même devant les suivants. Mais pour cela encore faut-il avoir la force de décliner tranquillement.

par Lionel DEGOUY publié dans : Chronique politique et sociale communauté : Parlons d'amour
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