Vendredi 22 février 2008
Les nuits du Christ sont aussi les nôtres. Elles nous ont été offertes par lui. Chaque fois que nous le souhaitions, que nous le souhaitons, nous étions sûrs, nous sommes sûrs, de trouver en ces nuits l'abandon et, parfois, l'étonnant réconfort de la perte et des larmes. Et nous savons tout le besoin que nous avons de ces nuits, de cet abandon, de cette perte. Alors en ce Samedi Saint, pour cette Veillée Pascale l'ombre a le goût particulier de l'attente qui se lit à l'espoir. L'ombre à la couleur gris-bleuté de la lumière qui n'est pas encore, ou qui n'est plus tout à fait. L'ombre : nous avons tout perdu et tout pourtant nous est encore offert. Voilà ce que nous dit cette ombre : elle nous dit qu'en ces moments de désarroi où tout s'échappe, où tout s'enfuit, où l'on ne sait plus trop si c'est cela la fin de l'histoire, l'ombre nous dit que l'histoire n'est pas achevée. Car l'Histoire ne s'achève que là où l'on veut la voir s'achever. Saurons-nous faire, de cette absence volontaire et momentanée du Christ, l'espoir des solitudes de ce monde ? Si nous y parvenions, alors ces nuits d'attente devraient être plus nombreuses.
Car ces faiblesses que le Christ nous désignes au point de les porter lui-même, au point d'en faire ses propres faiblesses, sont les faiblesses non avouées des Hommes. Ces Hommes qui croient tout dominer n'ont pourtant de salut que par la saine conscience de ces faiblesses qui lui sont imposées par le Monde, et seulement Proposer par le Christ. Oui, tandis que le Monde impose la nuit, le Christ, lui, la propose. Simplement. Il ne faut pourtant pas ôter de la douceur de l'ombre, la douleur du Christ en croix. La douleur. La douleur crue, brutale. Ici les contours sont moins flous : plus de gris-bleuté, d'ombre ou de nécessaire repos. Rien d'autre que le noir. Et c'est ce noir que pour nous, le Christ porte. Mais c'est aussi cela, qu'en ce moment précis, il porte sous les bombes. Et pour d'autres que nous. Pour de plus fragiles, pour de plus faibles, pour hélas, aussi, de plus petits que nous. De tout petits. Il porte l'innocence abandonnée à la fragmentation d'obus. La nuit lui pèse, il est parti, nous a quitté. À notre tour abandonnés, comme nous avons abandonné, mais sans jamais avoir le courage de nous abandonner nous même.
Alors, nous laissant l'ombre, seul chose pour nous supportable, le Christ porte à lui seul le sombre, aux limites assurément tranchées du noir. Et cela en sacrifice. Pour que tous, nous saisissions l'évidente nécessité de la croix. Laissons-nous donc porter, et, par la probable tristesse des Apôtres qui laissait encore un peu de place à l'espoir de le revoir, laissons à la seule foi le soin de nous guider. Car c'est une bien lourde nuit qui nous attend. Une bien lourde nuit, oui;  mais de Prière légère. Assurés que nous sommes de voir, au-delà de nos désespoirs, le jour se lever de nouveau. Dès demain peut-être.
par Lionel DEGOUY publié dans : Errance communauté : Parlons d'amour
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Vendredi 22 février 2008

            Il faudrait pouvoir pleurer sans cesse, ou mourir un peu. Car c’est de nos larmes que peut seul naître l’amour de l’autre, l’amour fou de l’autre. Et puis pourquoi ne pas pleurer pour les bombes qui tombent et tombent sur une bonne partie de la planète. Pas de misérabilisme ici, mais la volonté réelle de voir l’Homme par-dessus les nuages, loin de la guerre.

            Nos larmes ne sont pas celles de l’enfant qui à faim. Nous sommes repus de nos bons gros repas pendant qu’ils meurent d’un manque de pain. Nos larmes, ainsi, ne peuvent être comparables aux leurs. Dans l’opulence, les larmes sont celles de nantis qui réalisent pleinement ce qu’ils pourraient vivre : la vraie douleur, les vraies lamentations, lamentables signes de nos politiques barbares envers l’Afrique, le proche et le Moyen-Orient.
            Nous ne saurons jamais ce que signifie tout cela, toute cette haine que nous colportons tels des voyageurs de commerce sur l’ensemble du monde qui n’est pas nous. Combien de temps encore ? Combien de temps avant la paix, l’amour, le réconfort, les larmes…de compassion. Les larmes de compassion : voilà bien là ce que seul nous pouvons propager afin d’ouvrir nos cœurs à l’autre, le différent.
            Le différent : mais si ! vous savez ! L'ensemble de ceux qui veulent vivre un peu dans notre beau pays et que nous renvoyons chez eux sous les bombes, simplement parce qu’ils n’ont pas nos mœurs, notre couleur de peau, et bien sûr nos goûts. Nos goûts de fastes et de mépris mortels. Ce mépris qui tue chaque jour un peu plus les espoirs d’une bonne moitié de la surface du globe.
par Lionel DEGOUY publié dans : Humeur communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Vendredi 22 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris. 
  Longtemps la question féminine a été au cœur de nos préoccupations. Sans doute parce que la femme, restée au foyer et moins instruite que l’homme, a longtemps été la gardienne des traditions, comme le notait jadis Jules Michelet pour se plaindre de la dichotomie que cela introduisait au plus intime de la société française. Ou bien au contraire parce que la femme, par son désir légitime d’émancipation, a bouleversé de proche en proche et radicalement nos conceptions de la famille, de la société, de la politique. Mais aujourd’hui c’est une question masculine qui est en train de surgir, dont nous n’avons pas fini de mesurer les effets. Où sont les hommes ? Qui sont les hommes ? Qu’est-ce qu’un père, qu’un époux ? A quoi bon être physiquement plus fort que l’autre sexe, dans une société où, jusque dans les métiers de la sécurité, la force compte moins que l’habileté et le soin ? Ainsi les femmes, plus flexibles, plus capables de complexité, semblent-elles plus à l’aise que les hommes dans notre monde post-moderne.
Ce n’est pas que l’émancipation et l’égalité des sexes soient définitivement acquis et généralisés. Mais parce qu’un nouveau problème est venu compliquer la situation. En effet les femmes ont encore besoin d’émancipation, et préfèrent être seules à tout porter que d’être placées en situation de dépendance. Les hommes cependant subissent de plein fouet et brutalement, plus massivement encore que les femmes, les phénomènes de l’exclusion, de l’inemploi, de l’inutilité. Une femme qui travaille n’aura pas mauvaise conscience d’employer une autre femme pour ses travaux domestiques ; et si elle ne travaille pas, elle a d’autres rôles sociaux majeurs à assumer, elle qui s’est habituée à faire tout en même temps, elle ne disparaît pas de l’espace commun, surtout si elle a des enfants. Mais un homme au chômage se sent superflu, inutile, il n’est plus rien. C’est donc la forme du problème qui se pose à nous sous une forme que nous simplifierions ainsi : les femmes ont besoin d’une émancipation qui les délivre des servitudes, quand les hommes ont besoin d’un attachement qui les retienne de l’exclusion.
C’est une forme simplifiée de la question, parce que dans la réalité tout est plus mixte que cela, mais on reconnaîtra que c’est là une des façons dont nous interprétons aujourd’hui la différence des sexes. Depuis la nuit des temps nous n’avons cessé de cultiver l’ordre ou le désordre de cette différence, d’en expérimenter les règles et les passions. C’est comme si nous ne pouvions déconstruire nos rôles qu’en inventant de nouveaux partages, qu’en essayant des rôles inédits, sans jamais pouvoir atteindre un sol ou un socle que nous pourrions dire naturel. Longtemps les hommes ont été préposés aux violences guerrières, hostiles, étrangères, quand les femmes ne connaissaient que les violences intimes et tragiques, celles de la famille et de la maison. Longtemps les hommes ont manifesté leur compétence dans la joute oratoire par leur faculté de généraliser, et les femmes ont manifesté leur compétence narrative par leur faculté d’entrelacer les situations particulières. Longtemps les hommes se sont épanouis dans une sorte de polygamie plus ou moins assumée, et les femmes se sont montrées plus entières, plus aptes au divorce, peut-être.
Je ne sais pas si ces oppositions simplistes marchent encore, mais souvent les hommes me paraissent un peu comiques, parce qu’il leur arrive des catastrophes qu’ils ne voient jamais venir ; alors que les femmes me paraissent plus tragiques ou plus fatalistes, comme si elles savaient très tôt à quoi s’en tenir. Mais il est une différence qui commande celles-là, et qui est aujourd’hui sous-estimée. Les femmes ont la maîtrise de la vie et de la mort. Je veux dire que ce sont elles qui décident, en dernier ressort, de faire un enfant ou non. Avec les moyens de contraception et de procréation d’aujourd’hui, c’est sur elles que repose ce choix tragique qui les engage entièrement. Ainsi les hommes ne sont plus de nos jours, face à cela, dans la situation de Dieu-le-père : ils sont dans la situation plus incertaine de Joseph, acceptant d’être le père d’un enfant qui leur arrive. Cette condition masculine est au fond superbe, mais elle porte dans ses flancs un retournement de l’ancienne dialectique de l’homme et de la femme, et nous n’avons pas fini d’en découvrir les dilemmes.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 21 février 2008
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Peinture de Josée Van Lierop
par Lionel DEGOUY publié dans : Art communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 21 février 2008
Il est membre du conseil consultatif national d'éthique. Olivier ABEL est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.
 
            Nos sociétés ont été victimes d'un mythe du dépérissement de la religion, à la faveur duquel prolifère aujourd'hui un religieux non-critique, d’autant moins critique qu’il est constitué de bouts de religion sécularisés, méconnaissables, incultes. Il me semble que l’intégrisme contemporain est d’emblée à placer sur ce fond global. Et puis il nous faut opérer un travail de discernement dans l'amalgame de ce qu’on appelle le religieux, en élargir notre perception, aujourd'hui peut-être trop marquée par la sociologie de l'identité.
Si l'on distingue, pour la clarté de l'exposé, une demande de morale, une demande d'identité, et une demande de vérité, les religions ne sont ni ouvertes ni fermées en même temps sur tous ces registres, et l’intégrisme est à distinguer du fanatisme et du fondamentalisme. Mon hypothèse, ici assez schématique, est que le fondamentalisme est une forme de religion qui répond à la demande de morale, que l’intégrisme fait face à une demande d’identité, et que le fanatisme répond à une demande de vérité, de savoir ou de certitude. Il y a une certaine discontinuité entre ces problèmes, néanmoins souvent mêlés, et on peut être très averti et critique sur un registre, et naïf sur un autre — on ne peut sans doute être en même temps vigilant sur tous les registres.
On peut d’abord avoir le sentiment que « tout fout le camp », que nous sommes dans une société débauchée, où il n'y a plus de Loi ni de règles, où tout est permis. Que faire, à partir de nos vies en miettes, pour retrouver une morale plus cohérente, plus solidaire ? On voudrait trouver une morale solide, indiscutable et rassurante, où les grandes scènes qui nous distribuent les rôles soient d’avance écrites. La fonction du fondamentalisme est de nous placer dans la lettre d’un texte, pour nous protéger d'un monde perdu, ou d'un monde où nous nous sentons rejetés, persécutés, dressant notre camp dans ses marges.
On peut ensuite avoir le sentiment, non sans lien avec le premier mais distinct, que tout est permutable, que l'on peut tout échanger, et qu’il n’y a plus d’identité au sens fort de quelque chose d’inéchangeable. Qui suis-je, et qui sommes nous, dans un monde où les langues et les cultures se mêlent par les migrations et l'urbanisation ? La langue est l'élément de l'identité, de l’appartenance à la même histoire. L’intégrisme serait ici le monoliguisme sacré d’une institution qui voudrait s’égaler à la communauté. On voudrait tant que Dieu puisse habiter enfin la Langue, une langue, notre langue incomparable et finalement intraduisible ! Dans l’intégrisme de la communauté parlant enfin parfaitement la même langue privée, on tend à l'endogamie religieuse et linguistique, pour réunir un cortège assez pur pour se perpétuer unanime.
On peut enfin avoir le sentiment que nos sciences et nos techniques nous laissent dans un monde désenchanté et morcelé, où la vérité même est relative, et où les savoirs sont guidés par des intérêts, par une volonté de pouvoir. La religion corrélative à ce savoir s'est faite non moins utilitaire, magique, gadgétisée autour des pouvoirs spirituels, de savoirs salvateurs et initiés qui se prétendent la clé de tout, et une sorte de galvanisation psychique qui riposte aux puissances techniques. D’où le fanatisme. Comment rapporter nos savoirs cloisonnés et nos techniques parcellaires à un monde plus unifié, à un savoir plus absolu, à une vérité plus souveraine ? On voudrait ici une vérité certaine, qui puisse tout changer, bouleverser et subordonner tous les savoirs, les magnétiser, les ordonner à l’Un.
Face à chacune de ses figures on pourrait glisser un contrepoint radical, car enfin la foi c’est aussi la gratitude qui nous retourne vers le monde ordinaire, et pour laquelle la loi n’est jamais assez singulière, assez interprétée, c’est aussi l’acceptation que l'identité n'est pas ce qui importe et que Dieu est l’absent de toute langue, c’est aussi la mystique d’une interrogation qui nous place à équidistance de la vérité et ouvre un intervalle où le monde peut se déployer.
Mais il y a une actualité de l’intégrisme, et il ne s’agit pas pour moi d’abord de juger mais de tenter de comprendre ce besoin actuel de clôture. Plutôt que d’entrer dans l’opposition entre des religions ouvertes, tolérantes et des religions closes et intégristes, plutôt que de renforcer l’alternative ruineuse entre un échange généralisé et une balkanisation intégriste, il serait prudent de repartir de l’idée simple qu’il ne saurait y avoir d'ouverture sans clôture. Et qu’il ne saurait y avoir de communauté sans un minimum d’immunité. L’intégrisme tient à un problème d’immunisation. C’est pourquoi les choses se focalisent autant autour de l’identité.
Face à une rationalité communicationnelle, celle de la mondialisation, qui exige que tout puisse s’échanger, se traduire et se communiquer, ce qui demande des communautés de plus en plus ouvertes, il y a soudain un sentiment de dissolution, d’uniformisation. Dans Race et culture Claude Lévi-Strauss montrait comment le nouveau problème de l'humanité est moins de décloisonner et d’élargir que de protéger la diversité des langues et des cultures : « toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs, pouvant aller jusqu'à leur refus ». Une certaine clôture semble vitale, indispensable à la vivacité d'une culture, et la même religion qui avait pu être un principe d’ouverture des échanges peut, en d’autres temps, devenir un principe de clôture, de protection, d’immunisation. A de longs siècles d’éloge de l’ouverture succède peu à peu un nouvel éloge, celui de la clôture, du cloisonnement des communautés comme système de défense. C’est pourquoi l’on peut avoir aujourd’hui un véritable intégrisme laïc, conçu comme une défense contre la mondialisation — contre les religions des autres.
Tel est bien le double péril aujourd’hui. Soit se fondre dans le relativisme d’un œcuménisme vide, d’une religiosité un peu floue où tout le monde goûte un peu à tout, dans une sorte de tourisme nihiliste. Soit incarcérer les identités dans des communautés, engoncées dans leurs différences intégristes par toutes sortes de séparations d’avec l’impur. Mais la vraie question est ailleurs : à quelles conditions nos cultures pourront-ils repartir de leurs propres racines, entrer en conversation les unes avec les autres, et rester créatrices — je veux dire capables d’inventer des manières inédites de rendre grâce, de marier leurs identités, et de faire place à des questions plus vastes que nos petits soucis ?

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Religion communauté : De rêves en passions
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Jeudi 21 février 2008
L’essentiel est de savoir mourir un peu chaque jour. Se libérer des charges inutiles. En pleurant souvent, profondément, sans espoir. Pour que tout s’arrête enfin, de toute cette haine, cette pourriture qui nous fait voir les bas-fonds de notre existence dénuée de sens, hors l’amour peut-être. Ce seul amour capable de nous rendre à nous-même, de nous faire percevoir ce que nous sommes réellement : des êtres livides.
       Depuis la nuit des temps l’Homme s’enorgueillit de ses somptueuses découvertes, de ses plus incongrues motivations, tel que celle de mettre le pied sur la Lune. Il ne peut s’agir que de deux choses : le rêve salvateur d’une part, de l’autre la volonté de tout détruire dans l’ensemble du monde créé. Intervenir sur ce qu’il nous est interdit de modifier : la création, tout simplement. Et comment l’Homme voit-il la Lune désormais ? Qu’en est-il de ses rêves depuis ? L’Homme a bien des rêves à sa portée : vivre dans la paix, aimer l’amour, rêver de l’autre. Mais il ne saurait se contenter de si petites espérances. C’est alors qu’il tue. Qu’il tue l’envie, le rêve, l’amour, l’espérance, l’autre, la paix, l’amour. Car l’Homme ne sait que faire de ce gentil chapelet de bon sentiment. La guerre est hélas plus facile à séduire.
par Lionel DEGOUY publié dans : Poésie communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 21 février 2008

         Une fois de plus ce sera les enfants. Que l’on mettra dehors. Une fois de plus ce sont les enfants qui nous dérangent. Une fois de plus. Quand sortirons-nous de ce cercle infernal qui veut que seuls les enfants posent problème. Délinquance des mineurs, expulsion des mineurs. Au point même que je ne sais comment le dire. Comment dire avec sagesse ce qui provoque chez moi des vomissements. De dégoût. Certes – nous devrions sûrement l’en remercier – Nicolas Sarkozy, l’infâme, l’incapable, le tortueux, l’inénarrable Président de la République, va nous redresser ces petits durs, va nous expulser ceux qui nous dérangent. Ce qui nous dérange : l’enfance. Ce qui nous dérange : l’innocence. L’envie de vivre, aussi. Leur envie de vivre. La leur. Chez nous.

         Nous n’avons pas voté Le Pen. Nous avons Sarkozy. Quel bonheur que cet Homme là !!! Et puis tout cet humanisme qui transpire de sa personne !!! Là encore, c’est une guerre des idéologies qui se dessine clairement, alors que l’on nous parle pragmatisme, raison ou bien simple bon sens. Le bon sens du fascho de service, on le connaît : c’est le bon sens des abrutis.
         Pour cela c’est à nous de lancer l’offensive des utopies, des idéologies. Alors, ce soir, je veux vous faire rêver par un bon en arrière de quatre-vingt années, sur les pas d’André Breton : « le surréalisme, tel que je l’envisage, déclare assez notre non-conformisme absolu pour qu’il ne puisse être question de le traduire, au procès du monde réel, comme témoin à décharge. Il ne saurait, au contraire, justifier que de l’état complet de distraction auquel nous espérons bien parvenir ici-bas. […] Cet été les roses sont bleues ; le bois c’est du verre. La terre drapée dans sa verdure me fait aussi peu d’effet qu’un revenant. C’est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L’existence est ailleurs ». Dieu, qu’on savait dire les choses en ce temps là.

 

par Lionel DEGOUY publié dans : Humeur communauté : De rêves en passions
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Jeudi 21 février 2008
Il m'arrive de faire un peu de prosélytisme en faveur de la « Ligue des Droits de l'Homme », et je suis toujours aussi interpellé de voir comment l'argument qui m'est le plus souvent avancé pour écarter l'idée d'un militantisme « des Droits de l'Homme », c'est que ces Droits de l'Homme n'existent pas. Ainsi, les Hommes ne naissent pas libres et ne sont pas égaux en droits. Ainsi, chacun devrait pouvoir porter plainte dès demain pour diffamation ou pour abandon des obligations de l'état à préserver les plus fragiles et les plus démunis ; ou encore saisir la Commission Européenne des Droits de l'Homme pour un internement psychiatrique abusif. Mais n'est-ce pas la frilosité qui nous empêche de devenir un peu plus libres et un peu plus égaux en droits.
Car si les Droits de l'Hommes existent, et ils existent, ce n'est jamais éternellement. A ce titre il s'agit bien ici de Droits positifs, c'est à dire de droits inscritsdans les textes, votés. Ce qui signifie en clair qu'il est toujours possible d'inscrire autre chose, de voter autre chose. On le voit bien en ces moments de grande remise en cause de droits pourtant anciens. Du temps des parents de mes parents. Pour cela, les Droits de l'Homme constituent un combat constant, un combat de chaque jour, un combat que je qualifierais de « vigilance ». Du moins tant qu'ils ne seront pas constitués en véritable force de mobilisation autant qu'ils sont constitués en force de proposition. C'est là, il me semble, précisément le rôle de la « Ligue des Droits de l'Homme ». Ce sur quoi elle devrait peut-être travailler.
Un peu partout en France, au lendemain du 21 Avril 2002, cette prise de conscience semblait l'emporter sur le dangereux désir de se faire valoir, sur l'arrivisme régionaliste, sur les ambitions personnelles. Nombreux pourtant étaient ceux qui à défaut d'avoir prévus « l'événement », n'en furent pas surpris, tant était présent dans la campagne électorale, et bien avant elle, une espèce de goût malsain pour le soupçon ou pour la culpabilisation de l'innocence (je parle ici, entre autres choses, de l'étrange façon avec laquelle on accusait à ce point les enfants d'être responsables de tout – rappelez vous les discours d’un Monsieur Chevènement à cette époque, par exemple).
Cela pour dire comment deux hommes, voilà déjà quelques temps, ont été traînés devant les tribunaux pour avoir hébergé, aidé, quelques réfugiés kurdes à Calais. Que risquaient-ils ? Cinq ans d’emprisonnement, rien de moins. Pour avoir aidé son prochain. Les temps sont durs pour l’humanité dépouillée, sobre et simple d’une main tendue, d’un feu qui réchauffe, d’un repas chaud, de gestes faits pour se comprendre, de regards. L’expression juridique correspondante à tout cela étant : aide au séjour irrégulier. Mais tous nous respirons puisque ces deux amis, nos amis, n’ont pas été condamnés mais seulement jugés responsables. Responsables mais non condamnés. Il s’en fallait de peu tout de même.
Replaçons les choses dans leur contexte : voilà maintenant plusieurs années que le centre de Sangatte est fermé. Mais pour autant nombre de réfugiés qui se trouvaient déjà sur place n’ont pas été mis en situation de se sortir du bourbier : pas de logement, pas de moyens de subsistance, pas d’aide médicale hors les associations d’aide aux réfugiés. Au-delà de ces lacunes, somme toute classiques, des liens s’étaient créés, des amitiés peut-être. Il est des conditions qui rapprochent les Hommes. Comment dans ce cas, comme dans tant d’autres, ne pas imaginer l’entraide plus que la dénonciation, le soutien plus que l’indifférence ou la haine. Non, décidément, il n’est pas possible d’imaginer totalement un monde sans amitié, sans amour, sans respect de la dignité humaine.
A quand le prochain appel à manifester de la « Ligue des Droits de l’Homme », à quand un appel à se tenir debout, en silence, pour que les libertés fondamentales ne soient plus égratignées à ce point ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 20 février 2008
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Peinture de Josée Van Lierop
par Lionel DEGOUY publié dans : Art communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mercredi 20 février 2008
Le dialogue et l’échange sont les valeurs suprêmes et irréductibles de la laïcité tout comme elles le sont de la démocratie. En aucun cas ces valeurs ne sauraient être l’apanage de telle ou telle des religions pratiquées sur notre territoire ou bien encore de toute forme d’athéisme ou d’agnosticisme. Elles sont, ces valeurs, indissociables d’une foi inconditionnelle en la tolérance et le respect de l’autre. Elles sont un humanisme. Elles sont un espace de liberté construit par les larmes et le sang de nos anciens. Ces valeurs de liberté totale de conscience ne peuvent être remises en cause par un ensemble restreint d’individus. Pourtant elles font l’objet d’attaques incessantes et leur remise en cause est encore le fait de belliqueux, ouvrants la porte à nombre de conflits, de batailles inutiles. Nous ne saurions tomber dans ces travers et nous laisser submerger par ceux qui voudraient les mettre à mal, les voir s’effondrer.
En 1905, devant la toute puissance de l’église catholique, les représentants des confessions protestantes et israélites, notamment soutenus par l’ensemble des forces humanistes, ont fait fléchir le pouvoir en place afin que chacun puisse être libre de penser ce que bon lui semblait et puisse exercer son propre culte ou démarche intellectuelle ou spirituelle. Cela ne coulait pas de source, loin s’en faut. Ce combat fût un combat de longue haleine, dont l’origine remonte à la nuit des temps : longtemps la liberté de conscience ne fût qu’un doux rêve, quand elle n’était pas le fait de guerres sanglantes. Dans les années vingt, nombres de penseurs, d’écrivains, de poètes ont sué leurs lignes et phrases pour préserver les acquis, en créer d’autres et pour élaborer les fondations de notre contemporanéïté. Depuis ces années-là nous pouvons constater que leurs efforts furent prolongés par d’autres penseurs, d’autres poètes, mais aussi d’autres militants. Des militants de chaque jour, des militants du dialogue et du maintien des acquis. Contre toute remise en cause des libertés chèrement acquises. Aujourd’hui, je peux me rendre à la messe, au culte protestant, dans une synagogue, une mosquée ou bien encore une loge maçonnique. Je peux aussi ne croire en rien et ne vouloir d’aucunes de ses démarches spirituelles ou humanistes. Il ne faudrait pas sous estimer le fabuleux don qui nous fût fait par ceux qui ont combattu pour que nous nous levions chaque matin sans le poids d’une croix, d’une équerre ou d’un voile. Mais aussi la liberté de voir en cette croix, cette équerre ou même ce voile, une forme de liberté possible. Nous touchons là peut-être aux limites de notre conception de la liberté. Voilà pourquoi le dialogue seul, long, mesuré et pesé peut nous sortir de l’ornière communautariste et rétrograde. Nous sommes tous concerné par ce piège tant nous y plongeons souvent, sans bien vraiment en être conscients : tel est athée qui ne manque pas de s’effondrer devant la majesté d’une cathédrale ou la finesse des mosaïques et du jardin de telle ou telle mosquée, tel autre, agnostique, s’émerveiller face à l’étrange transcendance de l’amour, tel positiviste constater l’irréel des objets qui l’entourent.
Bien sûr l’athée peut apprécier le beau, l’agnostique sans nul doute être amoureux, et le positiviste rêver ce qui l’entoure : c’est que le beau, l’amour et l’ineffable création nous sont offerts, à tous, et ce dans la plus belle des gratuités. Pour le dialogue et l’échange, nous sommes partout certains de trouver l’amour plus que la haine, la fraternité plus que la guerre, la beauté plus que l’horreur. Dés lors que nous le voulons bien.
Car il y a toujours cette fille qui passe dans la rue, ce soleil, ces gosses qui hurlent à la vie, ces ballons qui volent. Et si le bonheur était tout près de nous ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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