Dimanche 30 décembre 2007
Les débats sur la construction européenne auront du moins permis à certains de tomber les masques. Et de nous faire profiter du spectacle. Pas réjouissant. Un parlementaire européen – italien – vient de nous faire partager ses hautes vues théologico-oiseuses : « je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, mais je pense qu’il s’agit d’un péché ». Nous voilà bien fixés sur les combats qu’il reste à mener, notamment contre l’obscurantisme catholique et les influences qu’il garde au sein des instances dirigeantes. Cette pensée qui pousse certains à définir l’Europe comme un club chrétien, ou plus précisément comme un club catholique, devient le rempart de ceux qui ont peur. C’est une pensée frileuse qui renaît. Devant la peur de l’autre, le différent, certains pensent trouver en une forme de christianisme le moyen de se réchauffer, le moyen de rester entre soi, bien au chaud de ses certitudes, que certains disent millénaires. Le huguenot, que j’ai choisi d’être, fulmine.
Non ! L’Europe ne peut être un club chrétien. Elle est à la croisée de christianismes multiples bien sûr, mais aussi d’humanismes, de lumières, de droits de l’Homme, de formes différentes de laïcité. Elle est bien d’autres choses encore. Et son histoire, sa construction n’est en rien d’origine médiévale, loin s’en faut. Car n’en déplaise au sacristain qui passait ce jour-là, ce sont les rails de la SNCF qui font, ont fait, la France qui nous occupe au sein de cette Europe. Ce sont les écoles communales et leurs professeurs, pas celle de monsieur le curé. Ce sont les bureaux de poste. Et ce sont ces bureaux de poste, ces écoles et ces voies ferrées qui feront l’Europe de demain – services publics qu’il nous faut d’ailleurs absolument protéger contre les attaques dont ils sont sans cesse l’objet. Mais le sacristain – toujours lui, bien sûr – ne voit que son chemin, que son idée. Il n’a que faire des bureaux de poste. Il n’a que faire, même, d’un autre christianisme qui ne voit pas en l’homosexualité un péché ou quoi que ce soit d’autre. Mais le sacristain veut son Histoire. Il n’à que faire de l’air du temps.
Quoi qu’il en soit, avec comme dirigeants des personnages à ce point rétrogrades et entêtés, nous aurions bien raisons de nous alarmer sur la teneur des débats à venir. Rien de bien joyeux au demeurant, et il ne fera pas bon parler de liberté de conscience dans une Europe à la pensée sclérosée par son manque de mémoire ou par sa mauvaise foi. En effet, par une telle déclaration : «  je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, etc.… », ce sont beaucoup de nos valeurs qui s’effondrent. Venue de l’un de nos dirigeant, à fortiori de l’Europe d’aujourd’hui, de demain, la déclaration peu donner des sueurs froides bien au delà des frontières que certains veulent donner à cette Europe. Nous n’avons plus rien à craindre de la Turquie, c’est sûr : tout est déjà là de nos inquiétudes, si nous en avions. Aux dernières nouvelles, un autre parlementaire européen – italien, lui aussi – exprime son désir de ne plus voir de femmes à l’écran, passée une certaine heure !!!

Nous avons donc à préserver, sans rire : la liberté de conscience, la liberté de ne pas se voiler la face, même tard le soir, la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, la liberté de choisir son partenaire, la liberté de confier nos gosses à des professeurs de la République, la liberté de ne pas s’agenouiller devant une croix, la liberté de divorcer, de se remarier, la liberté d’être enterré comme on le souhaite, la liberté de se moquer de tout, la liberté d’être rose, rouge, vert, jaune ou mauve, la liberté de rire, la liberté de vivre. La liberté de dire au curé de service de retirer sa soutane dans les lieux sacrés de la république. Et de ne pas souiller ces lieux sacrés de paroles homophobes et sexistes.

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Rassemblement de gauche...
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Vendredi 28 décembre 2007
            C’est sans amertume que je tente d’exprimer le désarroi de mes contemporains. C’est dans ce cadre que je voudrais exprimer tout à la fois une révolte saine et une sagesse nécessaire à l’élaboration de plans d’avenir, de perspectives possibles. De rêve à réaliser. Car il est possible de réaliser nos rêves. Nous en avons, nous, les moyens. Puisque l’argent, ici, coule à flot vers des mers inconnues, et que les ouvriers hautement qualifiés sont légions. De plus nous sommes désormais certains de la volonté du peuple de se réunir en manifestations, pétitions, actions sociales quand il s’agit de justice sociétale.

            Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amour immortel, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement rêveurs. On ose nous opposer le pragmatisme, clef de voûtes des discours politiques de nos dirigeants : il faut être pragmatique. Alors que nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Une utopie de l’amour du prochain, du respect de l’autre ; une utopie facteur de développement d’une humanitude toujours plus digne, notamment par des avancées sociales palpables.

            Contre nous des idéologues de droite bien à droite annoncent la suppression de plusieurs milliers de fonctionnaires dans l’éducation nationale : moins de professeurs, moins d’éducateurs, moins de surveillants, moins d’infirmières scolaires. Moins de tout. Alors même que la démonstration est faite que cette politique ne porte pas de fruits, mais des émeutes, des drames, des vies brûlées pour l’idéologie libérale. Il va nous falloir résister. Et proposer tout autre chose, une vision totalement différente du lendemain, de l’avenir. Une vision qui puisse trancher radicalement avec tout ce qui s’est fait depuis des années. Faisons de nos rêves un avenir possible.
par Lionel Degouy publié dans : Humeur communauté : Chrétiens
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Vendredi 28 décembre 2007
          Quelque part en France, une amie, Cécile, a décidé hier, avant-hier, je ne sais plus, de se donner la mort. La beauté déchirée, cette innocence aux yeux pleinement ouverts devant l'horreur du temps et l'inutile douleur du monde, se voit taxée de folie. Rien que de folie qui, douce ou pas, impose l'internement. Impose l'observation. Pour que tout l'inconnu s'enfuit dans le connu. Mais pour que l'on oublie aussi, hélas, d'appeler un chat un chat. La science est là, c'est sûr. Ainsi, par exemple, bien trop souvent le désespoir est appelé « mélancolie » ou « dépression », et la révolte, nécessairement éparse en ces temps de grand désarroi, porte le nom de « délire aigu ». Trop encore croient que l'on construit dans la victoire; et seulement dans la victoire. Jamais dans l'abandon, jamais dans la défaite ou dans l'oubli. Inutile de se révolter, inutile de pleurer. Inutile de prier même. Voilà, c'est dit, le débat est clos. Force est pourtant de constater que nous avançons sans bien avoir le temps de nous observer nous-mêmes et que l'autre n'a plus fonction que de nous faire comprendre que l'on vit seul. Alors pourquoi ne pas s'en remettre, exceptionnellement, au simple bon sens et laisser l'évidence de certaines vies se déclarer par les pleurs ou la révolte ?
           Le médecin psychiatre de Cécile déplore qu'elle n'ait pas, contre son avis, réintégrée à la suite d'une autorisation de sortie, le service psychiatrique dans lequel on avait cru bon de l'interner. Car, selon ce médecin, Cécile serait encore en vie. On peut déplorer qu'il soit si facile aux médecins de confondre cause et effet : Cécile avait peur. Elle avait peur d'y retourner, dans ce service, tout simplement. Par les médicaments qu'on lui donnait elle avait perdu la possibilité d'avoir des enfants ; par ces médicaments, ou d'autres, elle avait perdu le droit de faire l'amour, aussi. Ces mêmes médicaments avec lesquels elle s'est donnée la mort. De plus, l'enfermement, non voulu d'elle, et vécu chaque fois si difficilement, était perçu comme une menace par ses fonctions vitales, par sa capacité à imaginer l'avenir autrement que sous la dépendance totale des médecins. Tout cela devait cesser. Selon elle.
          Quand, donc, la psychiatrie comprendra-t-elle qu'elle ne peut rien résoudre, dans ces conditions et avec ces méthodes, du drame existentiel qui la dépasse comme il nous dépasse tous, et qui crée ses angoisses ? Sa raison de vivre n'est pas son savoir mais sa détresse, son ignorance. Il est parfois regrettable qu'elle ne le sache pas. On ne laisse pas souvent passer la légèreté en psychiatrie, et l'Homme n'est Homme qu'en ce qu'il est adulte et volontaire. Que l'on permette un jour qu'il soit possible de n'être rien. Cela comme une alternative à la contrainte, comme un sauvetage aussi. La durée certaine du chemin à parcourir dans cette direction permet d'être tranquille sur la valeur de cette observation. Et en dépit du désarroi qu'à sans nul doute dû provoquer, au sein du service, la disparition de Cécile, on voit tout le danger qu'il y eu dans l'obstination de ses médecins à n'écouter qu'eux-mêmes. Car à la valeur soi disant irréductible qu'ils accordent à la vie, persuadés qu'ils sont d'aimer comme il faut, ils soustraient à celle-ci ce qui en est, pour beaucoup, le sens ultime : le bonheur à tout prix, malgré tout. Et le désir aussi. Il faut donc réaffirmer le droit à tous de librement parler de sa douleur, au moment de sa douleur ; il faut réaffirmer le droit de s'effondrer, celui plus encore de pleurer, mais aussi de hurler. Et cela sans qu'il soit trop systématiquement proposé un placement en « observation », un « internement », appelé presque ironiquement « moment de repos ». Tant il est vrai que le repos viendrait, assurément, surtout du fait que la bêtise n'assassine plus crânement les gens.
par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : De rêves en passions
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Samedi 22 décembre 2007
Le sang bien dessiné, bien peint, donne à mes nerfs la nécessaire tension à l’exaltation de mes sens. Le pourpre, tout à la fois sombre et criant, donne à rêver d’amours sanglantes qui parfois deviennent salvatrices, tant l’ennui nous menace, de façon certaine et mortelle par des amours bien trop frileuses, trop objectives, trop mesurées, trop calculées. Plus que tout, le beau sauve le bien trop dur labeur de son immuabilité et de sa pathétique logique. Alors, entre autres mille choses, pour affiner mes sens, chaque fois que je le peux, je passe les portes enfin déverrouillées du musée Fabre, à Montpellier. Le soleil y entre à volonté, par ces nombreux beaux jours, et vient, du haut du bâtiment, à travers le verre poli, glisser le long du noir immense de Pierre Soulages : la lumière blanche et crue face à la sombritude. Entre eux, nous.
A quelques marches à peine, dans les bas-fonds de la structure, se trouve, comme en opposition, l’obscure intimité d’un Rubens, d’un Breughel ou d’un Bloemen en leurs écrins dorés, créateurs d’ombres brunes. Partout l’architecture capte la lumière et lui fait don d’espaces propres à la recevoir, ou propres à l’absorber, pour en extraire l’étincellement le plus violent et le faire cheminer avec autorité vers les zones d’ombre : par le miracle de petites salles, se présentent les formes étranges et tortueuses de la peinture flamande et hollandaise du XVème siècle.
Il faut, ici, se laisser porter par l’immuable, là où le temps se pose pour laisser place à la mélancolie, l’errance, et pour finir, la liberté. Ces œuvres-là sont là pour nous rappeler comment nous nous laissons happer bien trop souvent par d’incommensurables courses incessantes et insensées vers on ne sait trop qui, vers on ne sait trop quoi. A nous, donc, de savoir profiter de ces furtives évasions vers des mondes parallèles aptes à nous transporter, par delà nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes.
N’est-ce pas à cet endroit précis, en ces temps de décomposition folle de l’être, que se situe le cœur de nos questions présentes : l’amour de soi, indubitablement lié à l’amour de l’autre, nous offre une perspective unique, et parfaitement possible, à la liberté, que nous avons toujours possédée, de choisir entre le temps de vivre et le temps de mourir un peu, de temps en temps. Le temps de vivre un peu : mourir. Le temps de mourir un peu : enfin se poser là, comme éternel. Et puis heureux, tout simplement heureux. Comme dans les bras d’une jolie fille. Loin de la guerre, enfin.

 

par Lionel Degouy publié dans : Art communauté : De rêves en passions
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Jeudi 20 décembre 2007
                     Il est certain que tout s’en va. Bien loin de nous. Jusqu’à l’amour, que l’on voudrait nous faire passer pour nécessairement, oui, nécessairement, précaire – il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Madame Parisot, Présidente du Medef : « l’amour est précaire, pourquoi le travail ne le serait-il pas aussi ? » Sans rire, nous avons donc à rappeler que l’amour n’est pas une marchandise et le travail une marchandise bien différente des autres marchandises.
            Dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme. Cet abominable pragmatisme.
            Ce dont nous rêvons, c’est de « tronc commun » d’études générales plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans. Ce dont nous rêvons c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – de retraite à cinquante-cinq ans pour tous. Ce dont nous rêvons c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. Ce dont nous rêvons c’est de huit semaines de congés payés. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des acquis de notre civilisation. Même si ce dont nous rêvons par-dessus tout, bien entendu, c’est d’amours éternels, de fleurs séchées au sein d’un livre souvent lu, souvent relu. Ce dont nous rêvons par-dessus tout c’est d’herbe grasse et de pommiers en fleurs. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.
            Pour maintenir tous nos espoirs, tel Camus, citons Pindare : « Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. »
           

            « On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique ? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. » C’est en ces termes que Jean-Jacques Rousseau s’exprimait dans le préambule du livre I du contrat social, en 1762. Le Politique, ici, se trouve à la bonne place ; à celle qui est la sienne : c'est-à-dire qu’il se situe partout où le rêve est possible.
            Alors il faut être rêveur pour véritablement penser ou repenser nos institutions ! Et le peuple est rêveur. C’est pourquoi, bien que par la force des choses il ait nécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas se résigner à voir ce peuple ne jamais lever la tête et se mettre à rêver de jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoirs réalisables.
            C’est le rêve seul qui pourra nous porter hors de nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes. Dans le futur tout comme dans le présent. Le futur : de sombres perspectives en vérité, si nous n’y prenons garde ! Le présent : des dirigeants inaptes à regarder l’horizon, mais le bout de leurs chaussures. Des dirigeants inaptes aux rêves des autres, inaptes à nos rêves, inaptes même aux leurs. Inaptes à la salvatrice utopie, rendus malades qu’ils sont par ce sale mot de pragmatisme. Le pragmatisme : surtout ne rien brûler. Et surtout pas nos cœurs aux flammes de l’amour du prochain. Quand rêverons-nous d’amour si ce n’est en ces temps de décomposition, quand donc imaginera-t-on un autre monde possible pour chacun ? Un monde où les enfants ne disparaîtront plus sous les bombes ? Quand donc rêverons-nous enfin d’un monde meilleur, loin des calculs, de la bassesse de vue et de l’improbité intellectuelle ? Car, à la fin, ce sont des possibilités de rêves qu’on nous chaparde ! Et les bienfaits de l’utopie en tant que devenir possible.
 
 
            Or, il n’est nul besoin de s’observer longtemps pour constater que nous souffrons. Ici. Ici, nous souffrons. D’où peut bien nous venir cette angoisse ? Alors même que nous disposons à loisir – riches que nous sommes – de la mélancolie, des larmes de l’amour et d’un soleil qui chaque jour nous offre son déclin. Car la mélancolie, l’amour et le déclin sont pour nous des valeurs sûres tant elles sont aptes, ces valeurs, à nous sortir de l’angoisse, de la peur. Se sauver par les larmes. Par les larmes, oui. Se sauver dans la perte plus que dans l’orgueil ou la soi-disant victoire sur soi-même. En effet : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » dit l’évangile selon Matthieu. Or, le pleur n’est plus inquiétude, le pleur n’est plus orgueil, le pleur n’est plus victoire mais perte salvatrice. Et c’est ainsi que nous nous trouvons au point où devient possible une véritable re-naissance. Re-naître. Voilà ce qui nous est nécessaire : ce soleil en déclin, annonciateur de renouveau. Oui, demain sera un autre jour.
 
 
            Voila bien un point sur lequel on ne peut revenir : s’il est une obligation, c’est celle de se battre sans discontinuer pour posséder la liberté d’imaginer pouvoir aimer sans fin, loin de l’idée que l’amour ou le bonheur n’ont qu’un temps.
            J’aurais cité Rousseau, Pindare, le Christ et c’est encore que je les citerai, c’est encore que j’en citerai d’autres. Les sujets ne manquent pas : l’utopie, le rêve, la foi en des lendemains radieux pour nos frères et nous-mêmes, l’incommensurable – j’ai bien dit l’incommensurable – douleur du monde. Il nous faut donc tout discuter, tout reconstruire, pour que demain devienne vraiment un autre jour : revenir à l’essentiel par la chaleur et l’innocence des larmes de notre enfance. Car, à la vérité, les cœurs de pierre n’existent pas. Puisqu’il y a l’amour que nous avons reçu du ciel et des jeunes filles en fleurs.
 
 
            Et si l’amour n’était pas précaire ?
par Lionel Degouy publié dans : Humeur communauté : Libre parole-Libre Information
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Jeudi 20 décembre 2007
La prière peut tout. La prière veut tout. Elle veut l’amour, non pas la haine. Elle veut la paix, non pas la guerre. Elle veut l’apaisement, non pas la douleur. Elle veut la compassion, non pas le jugement. La prière est amour, paix, douceur et attention. Tout autant que révérence et mansuétude. Il n’est guère possible de douter de cela. Du moins l’expérience faite dans ce domaine prouve-t-elle que rien n’est impossible à Dieu. Celui qui croit comprend ce phénomène en ne doutant que très rarement du bien fondé de cette affirmation première : oui, à l’instar de la prière, l’amour peut tout.
Encore faut-il y croire vraiment.
A cet effet, chacun fait l’expérience un jour, une minute, une seconde, de la réalité palpable de l’amour fou. Et s’il est donné à l’immense majorité de faire mémoire, de temps à autres, de ce jour, de cette minute, de cette seconde d’amour, alors nous pouvons être certains que rien ne nous ébranlera suffisamment pour mettre à bas nos singuliers espoirs d’amours éternelles. Au beau milieu de l’implacable agitation haineuse de tous ces dictateurs, de tous ces tortionnaires, nous conservons, sans la moindre altérité possible, un fond d’humanité fort heureusement liée à notre foi en Dieu. Il est l’Alpha et l’Oméga de nos tristes destins, qui sans lui seraient incontestablement plus misérables encore.
Il n’y a pas à espérer mieux que nos larmes pour nous soutenir, nous le savons. Et si le Seigneur des dieux ne nous donne que les larmes comme rempart contre l’oppression, c’est que ces larmes peuvent le plus sûrement du monde nous mener tendrement vers des cieux toujours plus dégagés – et cela malgré notre attachement profond aux cieux couverts dont nous savons avoir besoin pour ne pas nous laisser happer par une suffisante idée de nous-même.
Dieu donc est là.
Alors nous combattrons les larmes à la main. De ces larmes incontrôlables tout autant que salvatrices. Salvatrices par la passion qu’elles signifient, par l’obligation qu’elles nous offrent de ne croire qu’en nos faiblesses pour nous sauver un jour de tout ce dégradant mépris pour la beauté du cœur.
par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 20 décembre 2007
On va s’aimer. C’est sûr. Et pour toujours. Un jour. Un jour de grand soleil, un jour de pluie. Un jour de guerre, un jour de paix. Un jour de haine. Un jour de peine, un jour de joie. Pour que nous soyons bien convaincus de l’infernale beauté du monde qui nous est offert. Mais aussi du monde qui vient. Celui qui sans détour vaincra. Ne serait-ce que pour l’amour du beau. Un jour. Un jour, et pour toujours, on va s’aimer : qu’il est facile de simplement bien formuler la vérité ! Cette absolue vérité : l’amour comme chemin, l’amour comme fin. C’est bien ici la seule échappatoire, vraiment plausible, à ce monde terriblement infanticide. Car l’amour est là. Chacun peut en faire chaque jour le tour : chaque jour un arc en ciel fait vivre une âme de par le monde. C’est l’effroyable liberté de voir. De voir l’amour, ici pour nous sauver. De tout, de rien, de nous, des autres. Des guerres apparemment inéluctables, de l’inutile violence, de la connerie notoire.
Dans cette optique, la fulgurance du don de Dieu permet de nous aimer, à en mourir, plus que nous nous haïssons. Oui, il y aura toujours l’amour de Dieu – cet amour là – qui au-delà des certitudes que nous croyons avoir, transformera nos peurs en larmes salvatrices, nos larmes salvatrices en envie de vivre. Un peu. Enfin.
Tout ainsi vient des larmes. Ces larmes chaudes, et même brûlantes, dont nous ne pouvons nier le pouvoir de dire non à l’imbécillité. Notamment à l’imbécillité de ceux qui voudraient nous faire croire que l’Homme ne se construit que dans la guerre, la volonté – cette détestable volonté – ou bien encore dans le mérite ou la vertu. Mais nous sommes peu, fort heureusement, à nous échiner à devenir vertueux. Trop vertueux. C’est notre gloire, notre avenir, notre plus grand espoir. Pleurons en paix. Pleurons en paix pour le salut du monde, pour le rire d’un enfant, pour ces jeunes amoureux qui passent dans notre rue, pour l’amour. Pour la tranquillité de ceux qui savent que c’est seulement un abandon aux larmes, vraies et profondes, qui peut éternellement donner l’envie de vivre avec ce qui nous écrase tous, trop : la haine. Il faut aimer bien au-delà de nos capacités à accepter l’inacceptable : prier pour nos ennemis.
Aimer, somme toute, nos ennemis : se libérer du poids des haines amères, des traces parfois indélébiles de la rancœur. Aimer ceux qui nous persécutent et persécutent l’innocence même. Aimer pour avancer, pour assurer à tous, sans le moindre doute, la présence d’un soleil chaque matin renaissant.
par Lionel Degouy publié dans : Poésie communauté : Parlons d'amour
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