Jeudi 3 janvier 2008
Le dialogue et l’échange sont les valeurs suprêmes et irréductibles de la laïcité tout comme elles le sont de la démocratie. En aucun cas ces valeurs ne sauraient être l’apanage de telle ou telle des religions pratiquées sur notre territoire ou bien encore de toute forme d’athéisme ou d’agnosticisme. Elles sont, ces valeurs, indissociables d’une foi inconditionnelle en la tolérance et le respect de l’autre. Elles sont un humanisme. Elles sont un espace de liberté construit par les larmes et le sang de nos anciens. Ces valeurs de liberté totale de conscience ne peuvent être remises en cause par un ensemble restreint d’individus. Pourtant elles font l’objet d’attaques incessantes et leur remise en cause est encore le fait de belliqueux, ouvrants la porte à nombre de conflits, de batailles inutiles. Nous ne saurions tomber dans ces travers et nous laisser submerger par ceux qui voudraient les mettre à mal, les voir s’effondrer.
En 1905, devant la toute puissance de l’église catholique, les représentants des confessions protestantes et israélites, notamment soutenus par l’ensemble des forces humanistes, ont fait fléchir le pouvoir en place afin que chacun puisse être libre de penser ce que bon lui semblait et puisse exercer son propre culte ou démarche intellectuelle ou spirituelle. Cela ne coulait pas de source, loin s’en faut. Ce combat fût un combat de longue haleine, dont l’origine remonte à la nuit des temps : longtemps la liberté de conscience ne fût qu’un doux rêve, quand elle n’était pas le fait de guerres sanglantes. Dans les années vingt, nombres de penseurs, d’écrivains, de poètes ont sué leurs lignes et phrases pour préserver les acquis, en créer d’autres et pour élaborer les fondations de notre contemporanéïté. Depuis ces années-là nous pouvons constater que leurs efforts furent prolongés par d’autres penseurs, d’autres poètes, mais aussi d’autres militants. Des militants de chaque jour, des militants du dialogue et du maintien des acquis. Contre toute remise en cause des libertés chèrement acquises. Aujourd’hui, je peux me rendre à la messe, au culte protestant, dans une synagogue, une mosquée ou bien encore une loge maçonnique. Je peux aussi ne croire en rien et ne vouloir d’aucunes de ses démarches spirituelles ou humanistes. Il ne faudrait pas sous estimer le fabuleux don qui nous fût fait par ceux qui ont combattu pour que nous nous levions chaque matin sans le poids d’une croix, d’une équerre ou d’un voile. Mais aussi la liberté de voir en cette croix, cette équerre ou même ce voile, une forme de liberté possible. Nous touchons là peut-être aux limites de notre conception de la liberté. Voilà pourquoi le dialogue seul, long, mesuré et pesé peut nous sortir de l’ornière communautariste et rétrograde. Nous sommes tous concerné par ce piège tant nous y plongeons souvent, sans bien vraiment en être conscients : tel est athée qui ne manque pas de s’effondrer devant la majesté d’une cathédrale ou la finesse des mosaïques et du jardin de telle ou telle mosquée, tel autre, agnostique, s’émerveiller face à l’étrange transcendance de l’amour, tel positiviste constater l’irréel des objets qui l’entourent.
Bien sûr l’athée peut apprécier le beau, l’agnostique sans nul doute être amoureux, et le positiviste rêver ce qui l’entoure : c’est que le beau, l’amour et l’ineffable création nous sont offerts, à tous, et ce dans la plus belle des gratuités. Pour le dialogue et l’échange, nous sommes partout certains de trouver l’amour plus que la haine, la fraternité plus que la guerre, la beauté plus que l’horreur. Dés lors que nous le voulons bien.
Car il y a toujours cette fille qui passe dans la rue, ce soleil, ces gosses qui hurlent à la vie, ces ballons qui volent. Et si le bonheur était tout près de nous ?

 

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : De rêves en passions
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Mardi 1 janvier 2008
           Qu’il est étrange, ce temps de folie douce. Plus rien n’a de valeur. Ni le travail – qui ne vaut plus rien, de fait – ni l’amour, ni la vie. La guerre est là, malgré tout le bonheur du monde. Nous avons tout et nous ne prenons rien. Nous disposons à loisir de la folie d’amour, de ce soleil, de ce doux vent qui glisse sur notre peau. Mais nous ne prenons rien. Nous ne prenons ni la folie d’amour, ni le soleil, ni le vent, ni la lune ou les étoiles. Alors même que nous sommes sur Mars, cette planète qui ne cesse pas de nous faire rêver. Nous contemplons l’univers à la fenêtre de notre système solaire et nous ne voyons plus notre bonheur. C’est à désespérer de vivre.
            Il est clair que, dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme. Cet abominable pragmatisme.
            Ce dont nous rêvons – je reparle, ici, de sujets déjà évoqués – c’est de « tronc commun » d’études générales plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans. Ce dont nous rêvons c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – de retraite à cinquante-cinq ans pour tous. Ce dont nous rêvons c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des acquis de notre civilisation. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.
            Or, ce que l’on attend de nous, peuples autochtones, c’est de ne plus rêver. Ne plus rêver d’amour immortel, ne plus se souvenir de nos belles années, celles où nous étions jeunes et forcement rêveurs. On nous oppose le pragmatisme, donc, clef de voûtes des discours politiques de nos dirigeants : il faut être pragmatique !
            Nous n’avons que faire d’une réalité qui soit monolithique, puisque la réalité n’est pas monolithique, et nous n’avons que faire du pragmatisme qui ne peut qu’étouffer nos vies, malmener nos espoirs, dilapider froidement toute réelle probité intellectuelle. Ce que nous devons imposer, au demeurant, c’est l’utopie. Une utopie de l’amour du prochain, du respect de l’autre ; une utopie facteur de développement d’une humanitude toujours plus digne, notamment par des avancées sociales palpables.
            Je pense à 1936. Et je suis bien mélancolique.

 

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Rassemblement de gauche...
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Lundi 31 décembre 2007
C’est un grand dégoût qui m’envahit de jours en jours un peu plus : devant cette misère constante et cette paupérisation dégueulasse dans un pays plein de richesses humaines et financières. Oui, plein de ressources humaines. Alors pourquoi tant de misère ? D’où peu bien nous venir ce désarroi, ces interrogations que l’on pourrait qualifier d’existentielles, tant il ne devrait y avoir de pauvreté matérielle dans un pays aussi riche que le notre. C’est que le profit veut faire valoir ses droits. Mais qu’est-ce que ses droits ? Le droit de se moquer de toute une partie, importante, de la population ? Jusqu’à quand nous fera-t-on croire que nous habitons tel ou tel pays du tiers-monde, et qu’il n’est rien d’autre à espérer que la misère au sein même de l’opulence ?
            La pire des choses est que, à l’instant même où j’écris ces lignes, des familles entières de travailleurs pauvres n’ont pas de quoi se loger, pas de quoi manger. Travailler pour ne pas avoir de toit, travailler pour être en dessous du seuil de pauvreté. Il est certain que Madame Parisot n’a que faire de la misère ambiante, mais pourquoi a-t-elle perdu le goût pour les nuits passées à la belle étoile, avec deux enfants à charge ? Pourquoi n’éprouve-t-elle aucune honte devant cette infâme situation ? Honte ? Non ! Puisqu’elle propose la suppression pure et simple des charges patronales qu’elle voudrait voir se reporter sur les salariés « afin qu’ainsi ils soient plus sensibilisés aux problèmes des questions portant sur les retraites, l’assurance maladie, etc.… »
            Que Madame Parisot se rassure, le peuple sait de quoi sont fait la maladie et la vieillesse qui suivent une dure vie de labeur à des tâches ingrates et mal rémunérées. Le peuple sait qu’il peut demain se retrouver dehors, qu’il peut demain se retrouver malade, et n’avoir de sa jeunesse que de vagues souvenirs. Le peuple sait. Tout cela. Avec la plus grande des certitudes.
            Souhaitons donc bon appétit et bonne nuit à Madame Parisot. Et puis, aussi, une bonne santé. Car serait-il déraisonnable de penser qu’elle se trouve à l’abri de la faim et qu’elle devrait passer la nuit au chaud. Elle qui travaille tant.

 

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : De rêves en passions
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Lundi 31 décembre 2007
Toujours cet « impossible » qui me tiraille et me surveille, me tourne autour et m’étourdit. Toujours cette impossible société sans école, sans prison, souhaitée par tant de grands penseurs autour d’Ivan Illich. Toujours ces rêves d’impossible. Mais aussi et peut-être surtout, toujours au dessus de mon bureau, cette immense photo d’une nuits d’août de la libération de Paris : une femme et deux hommes, tous armés, cachés derrière un mur. Fallait-il qu’ils soient fous pour se battre ? Fallait-il qu’ils soient amoureux ? Amoureux fous probablement. Amoureux fous : ressentir enfin le souffle de l’autre et y sentir tout autant la fulgurance de la mort que la douce fraîcheur d’une nuit d’août à Paris. La nuit claire et déchirée. C’était l’époque des ennemis palpables et bien visibles. Comment se mettre au diapason de ce désespoir là ? Par le bonheur étrange du sang versé ? L’adrénaline des risques encourus ?
Le 21 avril 2002, la bête immonde pouvait encore montrer son nez. Je me souviens comment tous mes amis et moi-même sommes passés par des états aussi surprenants que la sérénité. Je me souviens comment nous savions déjà nous organiser pour en cacher certains, pour en mettre d’autres vers l’avant. Tranquillement. Je continue à imaginer ce jour comme un jour qui eut du me faire trembler et qui pourtant ne m’étonnait guerre plus que cela. Je me souviens comment nous étions déjà tous, sans le savoir, très organisés, quasiment minutés. Quel enseignement pourrait-on tirer de ces jours de décadence et de répétition générale, si j’ose dire ? Sans doute, principalement, fallait-il que nous en ressentions déjà une infime partie des effets pour que nous soyons à ce point près, à ce point rodés. Il nous fallait bien constater que depuis 1988 le guignol Le Pen nous avait préparés, ne serait-ce que par la porosité de ses idées, par le fait que nous voyions déjà ses effets pervers se glisser là, ici, là-bas, là-bas encore, ici de nouveau. La puanteur n’est pas nouvelle, hélas.
Alors il est des jours où toute la douleur que je ressens de voir encore l’ensemble des arrivismes rampants me met hors de moi et où je veux hurler que rien n’a changé depuis ce funeste mois d’avril. Rien. Ou quasiment. De nouvelles têtes ? De nouvelles idées ? Des organisations moins étouffantes, plus à même de répondre aux véritables besoins, aux véritables attentes de la population ? Non point. Nul part. Absolument nulle part. J’ai bien fait le tour, je me suis promené, j’ai écouté, je crois avoir entendu, mais rien. Toujours une cooptation ici, une élection bien bidouillée par là. Non, décidément, rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, les volontés, fort bonnes au demeurant, ne manquent pas. Que faut-il donc que nous fassions pour que l’immense majorité du corps social ne se sente pas mis à l’écart de décisions que chacun sait parfaitement essentielles pour l’avenir d’un nombre croissant de personnes : réforme des retraites, ouverture du capital d’EDF – un Jean-Marie Messier pourrait-il, demain, diriger le nucléaire français ? – suppression de l’impôt sur la fortune, devenir inquiétant de la pensée réactionnaire en Europe.
Je ne ferais pas ici la liste exhaustive des atteintes portées aux libertés fondamentales, aux droits des étrangers – que l’on bafoue sans même savoir pourquoi, presque par principe, tant les arguments sont faux, les conclusions dangereuses. La encore une idéologie finira par en balayer une autre et il n’est pas certain que la meilleur l’emporte : notre guignol Le Pen, toujours lui, n’a pas tant monté sa véritable force sur les bases d’un rejet de l’étranger que sur celui de l’autre.
On le voit, rien n’est acquis et pour cette raison nous ne saurions que laissé filer ces fameux rêves d’impossible entre les doigts de nos lucidités afin de ne pas rester figés par elles : Paris sera toujours à libérer.

 

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : De rêves en passions
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Dimanche 30 décembre 2007
Les débats sur la construction européenne auront du moins permis à certains de tomber les masques. Et de nous faire profiter du spectacle. Pas réjouissant. Un parlementaire européen – italien – vient de nous faire partager ses hautes vues théologico-oiseuses : « je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, mais je pense qu’il s’agit d’un péché ». Nous voilà bien fixés sur les combats qu’il reste à mener, notamment contre l’obscurantisme catholique et les influences qu’il garde au sein des instances dirigeantes. Cette pensée qui pousse certains à définir l’Europe comme un club chrétien, ou plus précisément comme un club catholique, devient le rempart de ceux qui ont peur. C’est une pensée frileuse qui renaît. Devant la peur de l’autre, le différent, certains pensent trouver en une forme de christianisme le moyen de se réchauffer, le moyen de rester entre soi, bien au chaud de ses certitudes, que certains disent millénaires. Le huguenot, que j’ai choisi d’être, fulmine.
Non ! L’Europe ne peut être un club chrétien. Elle est à la croisée de christianismes multiples bien sûr, mais aussi d’humanismes, de lumières, de droits de l’Homme, de formes différentes de laïcité. Elle est bien d’autres choses encore. Et son histoire, sa construction n’est en rien d’origine médiévale, loin s’en faut. Car n’en déplaise au sacristain qui passait ce jour-là, ce sont les rails de la SNCF qui font, ont fait, la France qui nous occupe au sein de cette Europe. Ce sont les écoles communales et leurs professeurs, pas celle de monsieur le curé. Ce sont les bureaux de poste. Et ce sont ces bureaux de poste, ces écoles et ces voies ferrées qui feront l’Europe de demain – services publics qu’il nous faut d’ailleurs absolument protéger contre les attaques dont ils sont sans cesse l’objet. Mais le sacristain – toujours lui, bien sûr – ne voit que son chemin, que son idée. Il n’a que faire des bureaux de poste. Il n’a que faire, même, d’un autre christianisme qui ne voit pas en l’homosexualité un péché ou quoi que ce soit d’autre. Mais le sacristain veut son Histoire. Il n’à que faire de l’air du temps.
Quoi qu’il en soit, avec comme dirigeants des personnages à ce point rétrogrades et entêtés, nous aurions bien raisons de nous alarmer sur la teneur des débats à venir. Rien de bien joyeux au demeurant, et il ne fera pas bon parler de liberté de conscience dans une Europe à la pensée sclérosée par son manque de mémoire ou par sa mauvaise foi. En effet, par une telle déclaration : «  je ne dis pas que l’homosexualité soit un crime, etc.… », ce sont beaucoup de nos valeurs qui s’effondrent. Venue de l’un de nos dirigeant, à fortiori de l’Europe d’aujourd’hui, de demain, la déclaration peu donner des sueurs froides bien au delà des frontières que certains veulent donner à cette Europe. Nous n’avons plus rien à craindre de la Turquie, c’est sûr : tout est déjà là de nos inquiétudes, si nous en avions. Aux dernières nouvelles, un autre parlementaire européen – italien, lui aussi – exprime son désir de ne plus voir de femmes à l’écran, passée une certaine heure !!!

Nous avons donc à préserver, sans rire : la liberté de conscience, la liberté de ne pas se voiler la face, même tard le soir, la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, la liberté de choisir son partenaire, la liberté de confier nos gosses à des professeurs de la République, la liberté de ne pas s’agenouiller devant une croix, la liberté de divorcer, de se remarier, la liberté d’être enterré comme on le souhaite, la liberté de se moquer de tout, la liberté d’être rose, rouge, vert, jaune ou mauve, la liberté de rire, la liberté de vivre. La liberté de dire au curé de service de retirer sa soutane dans les lieux sacrés de la république. Et de ne pas souiller ces lieux sacrés de paroles homophobes et sexistes.

par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Rassemblement de gauche...
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Vendredi 28 décembre 2007
          Quelque part en France, une amie, Cécile, a décidé hier, avant-hier, je ne sais plus, de se donner la mort. La beauté déchirée, cette innocence aux yeux pleinement ouverts devant l'horreur du temps et l'inutile douleur du monde, se voit taxée de folie. Rien que de folie qui, douce ou pas, impose l'internement. Impose l'observation. Pour que tout l'inconnu s'enfuit dans le connu. Mais pour que l'on oublie aussi, hélas, d'appeler un chat un chat. La science est là, c'est sûr. Ainsi, par exemple, bien trop souvent le désespoir est appelé « mélancolie » ou « dépression », et la révolte, nécessairement éparse en ces temps de grand désarroi, porte le nom de « délire aigu ». Trop encore croient que l'on construit dans la victoire; et seulement dans la victoire. Jamais dans l'abandon, jamais dans la défaite ou dans l'oubli. Inutile de se révolter, inutile de pleurer. Inutile de prier même. Voilà, c'est dit, le débat est clos. Force est pourtant de constater que nous avançons sans bien avoir le temps de nous observer nous-mêmes et que l'autre n'a plus fonction que de nous faire comprendre que l'on vit seul. Alors pourquoi ne pas s'en remettre, exceptionnellement, au simple bon sens et laisser l'évidence de certaines vies se déclarer par les pleurs ou la révolte ?
           Le médecin psychiatre de Cécile déplore qu'elle n'ait pas, contre son avis, réintégrée à la suite d'une autorisation de sortie, le service psychiatrique dans lequel on avait cru bon de l'interner. Car, selon ce médecin, Cécile serait encore en vie. On peut déplorer qu'il soit si facile aux médecins de confondre cause et effet : Cécile avait peur. Elle avait peur d'y retourner, dans ce service, tout simplement. Par les médicaments qu'on lui donnait elle avait perdu la possibilité d'avoir des enfants ; par ces médicaments, ou d'autres, elle avait perdu le droit de faire l'amour, aussi. Ces mêmes médicaments avec lesquels elle s'est donnée la mort. De plus, l'enfermement, non voulu d'elle, et vécu chaque fois si difficilement, était perçu comme une menace par ses fonctions vitales, par sa capacité à imaginer l'avenir autrement que sous la dépendance totale des médecins. Tout cela devait cesser. Selon elle.
          Quand, donc, la psychiatrie comprendra-t-elle qu'elle ne peut rien résoudre, dans ces conditions et avec ces méthodes, du drame existentiel qui la dépasse comme il nous dépasse tous, et qui crée ses angoisses ? Sa raison de vivre n'est pas son savoir mais sa détresse, son ignorance. Il est parfois regrettable qu'elle ne le sache pas. On ne laisse pas souvent passer la légèreté en psychiatrie, et l'Homme n'est Homme qu'en ce qu'il est adulte et volontaire. Que l'on permette un jour qu'il soit possible de n'être rien. Cela comme une alternative à la contrainte, comme un sauvetage aussi. La durée certaine du chemin à parcourir dans cette direction permet d'être tranquille sur la valeur de cette observation. Et en dépit du désarroi qu'à sans nul doute dû provoquer, au sein du service, la disparition de Cécile, on voit tout le danger qu'il y eu dans l'obstination de ses médecins à n'écouter qu'eux-mêmes. Car à la valeur soi disant irréductible qu'ils accordent à la vie, persuadés qu'ils sont d'aimer comme il faut, ils soustraient à celle-ci ce qui en est, pour beaucoup, le sens ultime : le bonheur à tout prix, malgré tout. Et le désir aussi. Il faut donc réaffirmer le droit à tous de librement parler de sa douleur, au moment de sa douleur ; il faut réaffirmer le droit de s'effondrer, celui plus encore de pleurer, mais aussi de hurler. Et cela sans qu'il soit trop systématiquement proposé un placement en « observation », un « internement », appelé presque ironiquement « moment de repos ». Tant il est vrai que le repos viendrait, assurément, surtout du fait que la bêtise n'assassine plus crânement les gens.
par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : De rêves en passions
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Jeudi 20 décembre 2007
La prière peut tout. La prière veut tout. Elle veut l’amour, non pas la haine. Elle veut la paix, non pas la guerre. Elle veut l’apaisement, non pas la douleur. Elle veut la compassion, non pas le jugement. La prière est amour, paix, douceur et attention. Tout autant que révérence et mansuétude. Il n’est guère possible de douter de cela. Du moins l’expérience faite dans ce domaine prouve-t-elle que rien n’est impossible à Dieu. Celui qui croit comprend ce phénomène en ne doutant que très rarement du bien fondé de cette affirmation première : oui, à l’instar de la prière, l’amour peut tout.
Encore faut-il y croire vraiment.
A cet effet, chacun fait l’expérience un jour, une minute, une seconde, de la réalité palpable de l’amour fou. Et s’il est donné à l’immense majorité de faire mémoire, de temps à autres, de ce jour, de cette minute, de cette seconde d’amour, alors nous pouvons être certains que rien ne nous ébranlera suffisamment pour mettre à bas nos singuliers espoirs d’amours éternelles. Au beau milieu de l’implacable agitation haineuse de tous ces dictateurs, de tous ces tortionnaires, nous conservons, sans la moindre altérité possible, un fond d’humanité fort heureusement liée à notre foi en Dieu. Il est l’Alpha et l’Oméga de nos tristes destins, qui sans lui seraient incontestablement plus misérables encore.
Il n’y a pas à espérer mieux que nos larmes pour nous soutenir, nous le savons. Et si le Seigneur des dieux ne nous donne que les larmes comme rempart contre l’oppression, c’est que ces larmes peuvent le plus sûrement du monde nous mener tendrement vers des cieux toujours plus dégagés – et cela malgré notre attachement profond aux cieux couverts dont nous savons avoir besoin pour ne pas nous laisser happer par une suffisante idée de nous-même.
Dieu donc est là.
Alors nous combattrons les larmes à la main. De ces larmes incontrôlables tout autant que salvatrices. Salvatrices par la passion qu’elles signifient, par l’obligation qu’elles nous offrent de ne croire qu’en nos faiblesses pour nous sauver un jour de tout ce dégradant mépris pour la beauté du cœur.
par Lionel Degouy publié dans : Chrétiens progressistes communauté : Parlons d'amour
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