Lundi 25 février 2008
On peut être ou ne pas être en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’union européenne. On peut aussi y être indifférent. Mais force est de constater que cette éventuelle entrée de la Turquie dans l’union soulève de nombreuses et très intéressantes questions, telles que celles-ci – la liste n’est en rien exhaustive : l’Europe a-t-elle vocation à devenir un « club chrétien » ? Qu’est-ce que la laïcité ? Qu’est-ce que l’occident ? L’orient ? L’islam ? Le christianisme ? Où voulons-nous situer nos frontières ? Où, d’ailleurs, la Turquie se situe-t-elle dans ce flot de questions, dans ce flot de frontières ? Où se glisse-t-elle dans l’idée encore à la mode de « choc des civilisations » ? On le voit, il ne sera pas possible de traiter ici l’ensemble des questions posées. Mais il faut bien commencer.
J’ai retrouvé un entretien que Alain Finkielkraut avait accordé au « Midi-libre », voici de cela deux ans : entre l’islam et l’occident il existe, et là je cite : « une guerre de principe ». D’où il découle nécessairement ce fameux « choc des civilisations ». Ici, pourtant, beaucoup ne voient que bien trop réellement les conséquences d'un choc des incultures. Ici beaucoup ne voient que ce qu'il est convenu d'appeler un « communautarisme des différences » au dépend d'un pourtant nécessaire « communautarisme des ressemblances ». Car nous étions, nous sommes nombreux à n'imaginer que difficilement la pertinence d'une analyse qui puisse encore être à ce point dualiste. Voilà pourtant ce que disait Monsieur Finkielkraut le 20 Juillet 2002. De principes. Une guerre. On méditera. Notamment sur le besoin, c'est toujours d'époque, de se rassurer à l'idée de pouvoir mettre enfin un nom à l'ennemi. Mais aussi hélas des visages et des moeurs. Alors, s'il est bien réel qu'est grand le désarroi dans lequel nous sommes, grandes les interrogations et difficile de cerner parfois ce à quoi il nous faut être utile, il ne saurait être question de remettre en cause l'obligation que nous avons de nous opposer à tout dangereux manichéisme, à toute réflexion facile, à toute analyse atteinte d'étrange cécité.
En ces moments de larmes et de hurlements, il faut dire nos ressemblances et nos désirs de paix. Tant la paix ne naît jamais que du désir de paix. On croit rêver d'avoir à le rappeler, et on en rirait presque. Mais souvenez-vous : « une guerre de principe ». C’est indubitablement pathétique. Quoiqu'il en soit, il est certain qu'avec un tel raisonnement, on ne peut s'étonner des suites alarmantes qui on été données en réponse au déjà trop fameux 11 septembre 2001. En effet n'est-ce pas ici, par exemple, la rencontre de l'obscurantisme le plus glacial et d'un amas de bêtises insondable – qui, soit dit en passant, se définit lui-même comme « le plus fort avec les plus grosbras » - qui pose problème, bien plus qu'un hypothétique « choc des civilisations » occidentales et musulmanes ? D'ailleurs, de nouveau, qu'est-ce donc que « l'occident » ? Et « l'islam » ? Et quel étrange endroit où situer la fracture et à ce point faire fi de tant d'acquis communs, partagés. Dans la guerre ou dans la paix. Et depuis si longtemps. Quel didactisme en effet dans la définition de ce que nous sommes, de ce qu'est l'autre !
Une autre citation s’impose : il ne faut pas laisser « l’océan de l’islam se glisser dans le lit de la laïcité ». Cette citation est de notre premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. L’océan serait-il constitué des millions de musulmans qui peuplent l’Europe ? Si cela était le cas nous serions face à un réel problème. A moins que nous n’abandonnions certaines de nos valeurs les plus fondamentales telles que la liberté, l’égalité, la fraternité.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Lundi 25 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie.



            Quelle référence religieuse pour l’Europe ? Aucune. C’est le résultat vers lequel nous nous acheminons, et moi je trouve cela magnifique, presque enthousiasmant ! Ce n¹est pas seulement cette ambiance nuit du 4 août où nous renonçons délibérément et tous ensemble à nos attachements privilégiés, c’est un geste théologiquement plus profond encore. Car l’image d’une absence de fondation ressemble à celle d’un vide central, qui est le geste fondamental de la démocratie, depuis les réformes de Clisthène dans l’Athènes antique jusqu’à la philosophie politique contemporaine qui cherche à penser la démocratie contre les totalitarismes. Dans le drapeau européen, il n’y a rien au centre, sinon le renoncement simultané de tous à se prétendre au centre ou au sommet : il n’y a rien que l’équidistance à une interrogation, à reformuler sans cesse ensemble. C’est donc là un geste superbe, mais il évoque lui-même le vieux geste monothéiste, l’absence de représentation de Dieu. Or que l’on fasse ainsi cercle autour d’un vide central, d’une absence trop importante, c’est sans doute le plus bel hommage que le Christianisme puisse recevoir. Car ne nous y trompons pas, c’est bien le christianisme qui est comme interdit de nomination. Massivement, historiquement, c’est lui, avec toutes ses hérésies, ses contradictions, ses institutions, ses sagesses et ses folies, ses schismes et ses guerres, ses chefs d’oeuvres et son iconoclasme, ses libertins puérils et ses pionniers puritains, son amour du vin et du porc, c’est lui la culture refoulée dans le silence.
Les craintes engendrées par le nouvel islam ne sont que de frêles paravents qui cachent mal le refoulement de cette part de nous-mêmes désormais considérée comme honteuse sinon maudite. L’Europe veut bien nommer l’héritage de Rome ou des Lumières, qui ne sont pourtant pas sans avoir produit eux aussi des monstres, mais pas le ou plutôt les christianismes, dont les effets historiques sont tellement immenses qu’on ne les aperçoit même pas tellement on est dedans. Il y a pourtant deux choses qui me mettent mal à l’aise dans cette figure. La première c’est justement que nos démocraties, dans leur toute puissante douceur, sont en passe d’obtenir ce que le communisme n’avait pas réussi : la conservation des patrimoines religieux mis en quelque sorte sous cloche, avec leurs folkloriques croyants, comme on protègerait des réserves d’indiens réduits au mutisme. Non pas que l’on ait besoin du retour d’un religieux qui prétendrait sauver notre société en perte de repères. On entend ce discours chez les protestants américains qui veulent évangéliser l’Europe, chez des orthodoxes qui veulent la sauver du matérialisme, chez des musulmans qui lui reprochent sa débauche, chez d’importants personnages de la hiérarchie catholique romaine. On l’entend même chez des républicains « bon teint » qui estiment qu’il n’y a plus de morale.
Mais notre Europe méthodiquement désorientée n’est pas tellement matérialiste ni débauchée. La question est ailleurs. Qu’on le veuille ou non, chaque tradition religieuse comporte un régime spécifique d’autorité et de pouvoir, qui en fait un véritable laboratoire politique du futur. Il faut d’ailleurs remarquer que les pouvoirs publics sont très seuls avec certains débats, dès que ceux-ci dépassent la gestion technique : ils manquent d’interlocuteurs qui n’aient ni ambitions ni timidités politiques. Or, contrairement à ce qu¹on croit, les institutions religieuses n’interviennent pas comme de simples groupes de pression. En fonctionnant selon leur propre régime d’autorité, elles aident à formuler des débats, en s’appuyant sur une histoire qui les rend capables de véhiculer de la perplexité, d’élaborer des problématiques, de formuler des désaccords internes. C’est pourquoi je ne souhaite pas que nous soumettions l’ensemble des institutions religieuses au crible des principes démocratiques : pour certaines Eglises ce serait ruineux. Simplement nous ne pouvons pas donner à l’une ou l’autre d’entre elles un statut à part, privilégier un régime religieux d’autorité, alors que c’est leur confrontation qui est inventive. La sécularisation pluraliste dont nous avons besoin, contre les poussées d’inculture religieuse indurées, devrait faire davantage confiance aux religions, comme à quelque chose d’ouvert, de créatif, et d’inachevé. Sans oublier que la théologie est la plus sérieuse discipline de critique des religions que je connaisse - les fidèles des différentes confessions sont souvent parmi les derniers bastions de l’esprit critique.
Et puis, si nous sommes dans une société pluraliste, c’est bien plus par le long travail du pluralisme religieux que par celui du pluralisme des Etats ou du marché ! Nous avons dû pour cela renoncer à ce mythe double que si nous avions tous le même Dieu nous serions enfin réconciliés, ou (mais c’est au fond la même idée) que si enfin nous étions complètement débarrassés des Dieux nous serions réconciliés. Ce que cette illusion comporte de plus puéril, c'est de croire à la possibilité de débarrasser les sociétés de toute conflictualité. La deuxième chose qui me gêne dans cette absence de référence religieuse, justement, c’est que du coup il n’y a plus de discussion possible. Et comme le remarquait le philosophe Husserl, comment critiquer les résultats si nous oublions les intentions initiales ? Nous aurions ainsi, dans cette fondation absente, un fondement absolument indiscutable ! Or je pense que politiquement cette posture n’offre pas de point d’appui suffisamment concret au débat, à la nécessaire confrontation des traditions dans leur pluralité, dans leur vivacité inachevée. Car l’Europe provient de mille sources, et il faut libérer ces différents héritages, les faire entrer dans une intrigue polycentrique, et renoncer à l’idée qu’il y aurait un seul grand récit commun : l’histoire européenne est une intrigue à plusieurs foyers. Le geste du renoncement simultané devrait ici faire place à celui de la co-fondation.
Si l’on veut s’installer dans une tranquille confrontation, il nous faut davantage nommer concrètement « les » traditions qui participent de la multiplicité des héritages formateurs de l’Europe, non seulement dans le passé mais aussi en l’ouvrant au futur. Pour l’Europe, aucune référence religieuse, ni catholique, ni protestante, ni orthodoxe, ni juive, ni musulmane, ni aucune autre, aucune référence philosophique ni tradition, que ce soit celle des Lumières ni du Romantisme, de la Renaissance ni du classicisme, de l’Antiquité romaine ni grecque, ne saurait être mise au centre. Mais l’Europe qui s’invente peut fait mémoire de tous ces commencements et recommencements, de toutes ces promesses non tenues. Elle devra les confronter et se réinventer sans cesse à partir de tous ces apports.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Samedi 23 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.



               Nous sommes dans un temps où l’on n’existe qu’en multipliant les connexions, les projets, les contacts, les courriels et les coups de fil. Et les possibilités techniques liées à l’internet et à la téléphonie mobile ont bouleversé nos liens, notre sens de l’espace et du temps, l’organisation psychique et presque physique de nos besoins, et jusqu’à nos formes de fidélité. Nous reparcourons régulièrement la liste de nos amis, de nos proches et de nos lointains, de nos correspondants, et nous devons de temps en temps réactiver les contacts pour bien manifester que nous sommes là, que nous existons, que nous n’avons pas lâché le lien. C’est paradoxal pour une société fondée sur l’émancipation, sur la faculté de se délier. Mais c’est ainsi que va la société de réseaux, une société où tout bouge tout le temps, où il n’y a plus rien de solide, où tous les liens peuvent être déliés, et où rode l’exclusion. Malheur à ceux et celles qui n’activent pas leurs connexions, ils sont voués à disparaître peu à peu des carnets d’adresses, à disparaître peu à peu du monde commun. Notre besoin frénétique d’être branchés, de relancer nos attaches, traduit peut-être notre angoisse d’être abandonnés, désafiliés, inutiles et inemployés.
              Aujourd’hui, quelqu’un qui a un grand carnet d’adresses, qui reçoit des messages de toutes parts et qui en renvoie dans toutes les directions, c’est quelqu’un de bien, quelqu’un d’important. Ce que je me demande d’abord, c’est si ce n’est pas une des formes les plus terribles de l’aliénation, si la forme prise par notre société n’est pas un vaste mensonge qui nous fait croire que nous n’existerions pas sans devenir nous-mêmes une boule nerveuse de liens qui doivent s’accumuler et rester tous ensemble sans cesse possibles. Ce n’est pas seulement que par ce biais nous sommes de plus en plus dépendants de nos téléphones portables et de nos branchements, auxquels nous sacrifions une part croissante de nos budgets, de notre énergie, de notre temps — dans une véritable addiction, une drogue qui voudrait des doses de plus en plus fortes de temps de connexion. C’est que ceux qui sont vraiment les « maîtres » savent se cacher dans ce brouillage, laisser mourir les connexions inutiles, et ne garder que les connexions qui comptent.
            Ce que je me demande ensuite, et surtout, c’est si tout cela ne trahit pas plus encore un manque de confiance. Après tout, si nous étions plus fidèles, nous aurions aussi plus confiance dans la fidélité des autres, nous aurions moins besoin de montrer tout le temps que nous sommes fidèles. Nous aurions moins besoin de réactiver sans cesse les liens, les projets, les e-mails, les SMS, les coups de fils et les contacts. Ainsi, une présence presque sans contact pourrait aussi attester la possibilité d’une fidélité toute autre, d’un autre rythme, d’un autre rapport au temps et aux autres que cette société frénétique. Elle attesterait une tout autre proximité. Oui, je crois qu’il nous manque un peu de cette fidélité tranquille, qui serait un bouleversement aujourd’hui inimaginable de nos modes de vie.
            Pour trouver le chemin de cette fidélité, il nous faudrait reconnaître, inventer mais aussi découvrir ce que sont nos attachements. Depuis plusieurs siècles, nous n’avons cessé de vanter les mérites de l’émancipation, de l’autonomie par laquelle un individu rompt avec les liens qui le tiennent en servitude ou en domesticité. Nos vrais liens devaient être des liens librement choisis. J’ai moi-même une grande admiration pour cette invention d’affinités électives, de libres alliances, de libres-attachements, qui a fait la grandeur de la modernité. Mais est-ce que l’émancipation véritable n’est pas justement de reconnaître que nous avons des attachements qui demeurent toujours déjà-là, de reconnaître que nous ne saurions vivre sans porter en nous des fidélités presque enfantines, et plus radicales que toutes les connexions que nous nous choisissons ? Et qu’est-ce justement que la sortie de la minorité, sinon la faculté de gratitude, la faculté de reconnaissance ? C’est alors que nos attachements seraient vraiment libres, et non cette frénésie de connexions qui nous démène.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Samedi 23 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris.


            Il est fréquent que les meilleures solutions soulèvent à terme de nouveaux problèmes. La séparation des Églises et de l’Etat en France répondait magnifiquement à un besoin de séparer des sphères foncièrement différentes, que l’histoire avait trop mêlées. Il fallait rendre à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à Dieu, désacraliser l’Etat et rendre aux Églises la liberté critique qui était celle du christianisme primitif. Les prêtres devaient cesser d’être des fonctionnaires publics, les religions devenaient une affaire de choix personnel, et allaient s’entretenir toutes seules.
Au début ce fut une libération mutuelle, et les Églises émancipées ont poursuivi leur mouvements de Réveil en s’appuyant sur la puissance sociologique de l’élan acquis, vaquant libres à toutes sortes d’actions bénévoles. On peut dire que la qualité évangélique des Eglises en a été améliorée. À la longue cependant l’élan s’est dissipé : les bénévoles se sont fatigués de ne pas voir la relève, le tissu des corps intermédiaires s’est défait, et il ne reste que des militants, de moins en moins nombreux, de plus en plus mobilisés, « croyants », agrippés à leur fidélité, ou nouveaux convertis par pur choix individuel. Et comme les jeunes générations s’investissent sur des projets ponctuels et limités, mais ne se sentent plus tenus de cotiser régulièrement, les fidèles vieillissants doivent porter des cotisations de plus en plus lourdes.
Plus grave peut-être, à terme ainsi, on s’aperçoit que ce régime de séparation des Eglises et de l’Etat, qui nous semblait pourtant si conforme à la fois à la modernité démocratique et au message évangélique, favorise malgré nous ce que nos religions comportent de plus crispé, sectaire et insomniaque. Ces superbes petites églises confessantes et militantes, qui avaient tourné le dos aux Églises officielles, endormies dans leur pouvoir et leur richesse, se retrouvent de plus en plus en plus épuisées, repoussées vers des marges de radicalité et de dénonciation du monde, trop militantes pour parvenir à transmettre durablement leur confession ou leur enthousiasme à leurs enfants.
Tout cela ne va pas sans une crise profonde de l’institution, entendue justement comme ce qui demeure quand tout repose, comme ce qui est plus durable que nos paroles et actions fugaces. Il n’est pas jusqu’à nos théologies qui n’aient privilégié la spontanéité, et le Pape précédent était bien contemporain de cette désaffection de l’institution, de cette immédiateté médiatique, ou de cet évangélisme fondamentaliste ou pentecôtiste des born again, rescapés d’un monde considéré comme foutu. Comme si le présentisme si général de notre époque affectait les Églises en les réduisant à une sorte de charité charismatique ou thérapeutique, sans aucune dimension plus large de mémoire ou d’espérance.
Cette même crise touche au vieillissement des Églises, comme si la dialectique de l’ancien et du nouveau était brisée, comme si les jeunes n’avaient plus la force d’hériter, et les anciens plus le courage de laisser la place. Elle touche enfin la faculté même de vigilance. Le discours du « réveil » a fait long feu : jamais il ne pourra être vigilant, celui que l’on a tenu sans cesse sur le qui-vive, dans une mobilisation et une conscientisation qui finit par le laisser incapable d'une véritable action éveillée, le jour où elle s’impose.
Sans revenir au vieil appareil des religions d’Etat, qui a longtemps porté dans ses flancs le pire, il faudrait inventer un régime intermédiaire qui permette à ces institutions de rouvrir, pour le bien de tous, un rapport au temps long, à la durée. On y trouverait alors un rythme plus vaste et plus tranquille entre le sommeil et l’éveil, entre la part onirique et la part critique de notre humanité, et la faculté donnée à chacun, tour à tour, de se retirer ou de se montrer.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : De rêves en passions
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Vendredi 22 février 2008
Olivier Abel est membre du conseil consultatif national d'éthique. Il est professeur de philosophie à l'institut protestant de théologie de Paris. 
  Longtemps la question féminine a été au cœur de nos préoccupations. Sans doute parce que la femme, restée au foyer et moins instruite que l’homme, a longtemps été la gardienne des traditions, comme le notait jadis Jules Michelet pour se plaindre de la dichotomie que cela introduisait au plus intime de la société française. Ou bien au contraire parce que la femme, par son désir légitime d’émancipation, a bouleversé de proche en proche et radicalement nos conceptions de la famille, de la société, de la politique. Mais aujourd’hui c’est une question masculine qui est en train de surgir, dont nous n’avons pas fini de mesurer les effets. Où sont les hommes ? Qui sont les hommes ? Qu’est-ce qu’un père, qu’un époux ? A quoi bon être physiquement plus fort que l’autre sexe, dans une société où, jusque dans les métiers de la sécurité, la force compte moins que l’habileté et le soin ? Ainsi les femmes, plus flexibles, plus capables de complexité, semblent-elles plus à l’aise que les hommes dans notre monde post-moderne.
Ce n’est pas que l’émancipation et l’égalité des sexes soient définitivement acquis et généralisés. Mais parce qu’un nouveau problème est venu compliquer la situation. En effet les femmes ont encore besoin d’émancipation, et préfèrent être seules à tout porter que d’être placées en situation de dépendance. Les hommes cependant subissent de plein fouet et brutalement, plus massivement encore que les femmes, les phénomènes de l’exclusion, de l’inemploi, de l’inutilité. Une femme qui travaille n’aura pas mauvaise conscience d’employer une autre femme pour ses travaux domestiques ; et si elle ne travaille pas, elle a d’autres rôles sociaux majeurs à assumer, elle qui s’est habituée à faire tout en même temps, elle ne disparaît pas de l’espace commun, surtout si elle a des enfants. Mais un homme au chômage se sent superflu, inutile, il n’est plus rien. C’est donc la forme du problème qui se pose à nous sous une forme que nous simplifierions ainsi : les femmes ont besoin d’une émancipation qui les délivre des servitudes, quand les hommes ont besoin d’un attachement qui les retienne de l’exclusion.
C’est une forme simplifiée de la question, parce que dans la réalité tout est plus mixte que cela, mais on reconnaîtra que c’est là une des façons dont nous interprétons aujourd’hui la différence des sexes. Depuis la nuit des temps nous n’avons cessé de cultiver l’ordre ou le désordre de cette différence, d’en expérimenter les règles et les passions. C’est comme si nous ne pouvions déconstruire nos rôles qu’en inventant de nouveaux partages, qu’en essayant des rôles inédits, sans jamais pouvoir atteindre un sol ou un socle que nous pourrions dire naturel. Longtemps les hommes ont été préposés aux violences guerrières, hostiles, étrangères, quand les femmes ne connaissaient que les violences intimes et tragiques, celles de la famille et de la maison. Longtemps les hommes ont manifesté leur compétence dans la joute oratoire par leur faculté de généraliser, et les femmes ont manifesté leur compétence narrative par leur faculté d’entrelacer les situations particulières. Longtemps les hommes se sont épanouis dans une sorte de polygamie plus ou moins assumée, et les femmes se sont montrées plus entières, plus aptes au divorce, peut-être.
Je ne sais pas si ces oppositions simplistes marchent encore, mais souvent les hommes me paraissent un peu comiques, parce qu’il leur arrive des catastrophes qu’ils ne voient jamais venir ; alors que les femmes me paraissent plus tragiques ou plus fatalistes, comme si elles savaient très tôt à quoi s’en tenir. Mais il est une différence qui commande celles-là, et qui est aujourd’hui sous-estimée. Les femmes ont la maîtrise de la vie et de la mort. Je veux dire que ce sont elles qui décident, en dernier ressort, de faire un enfant ou non. Avec les moyens de contraception et de procréation d’aujourd’hui, c’est sur elles que repose ce choix tragique qui les engage entièrement. Ainsi les hommes ne sont plus de nos jours, face à cela, dans la situation de Dieu-le-père : ils sont dans la situation plus incertaine de Joseph, acceptant d’être le père d’un enfant qui leur arrive. Cette condition masculine est au fond superbe, mais elle porte dans ses flancs un retournement de l’ancienne dialectique de l’homme et de la femme, et nous n’avons pas fini d’en découvrir les dilemmes.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Jeudi 21 février 2008
Il m'arrive de faire un peu de prosélytisme en faveur de la « Ligue des Droits de l'Homme », et je suis toujours aussi interpellé de voir comment l'argument qui m'est le plus souvent avancé pour écarter l'idée d'un militantisme « des Droits de l'Homme », c'est que ces Droits de l'Homme n'existent pas. Ainsi, les Hommes ne naissent pas libres et ne sont pas égaux en droits. Ainsi, chacun devrait pouvoir porter plainte dès demain pour diffamation ou pour abandon des obligations de l'état à préserver les plus fragiles et les plus démunis ; ou encore saisir la Commission Européenne des Droits de l'Homme pour un internement psychiatrique abusif. Mais n'est-ce pas la frilosité qui nous empêche de devenir un peu plus libres et un peu plus égaux en droits.
Car si les Droits de l'Hommes existent, et ils existent, ce n'est jamais éternellement. A ce titre il s'agit bien ici de Droits positifs, c'est à dire de droits inscritsdans les textes, votés. Ce qui signifie en clair qu'il est toujours possible d'inscrire autre chose, de voter autre chose. On le voit bien en ces moments de grande remise en cause de droits pourtant anciens. Du temps des parents de mes parents. Pour cela, les Droits de l'Homme constituent un combat constant, un combat de chaque jour, un combat que je qualifierais de « vigilance ». Du moins tant qu'ils ne seront pas constitués en véritable force de mobilisation autant qu'ils sont constitués en force de proposition. C'est là, il me semble, précisément le rôle de la « Ligue des Droits de l'Homme ». Ce sur quoi elle devrait peut-être travailler.
Un peu partout en France, au lendemain du 21 Avril 2002, cette prise de conscience semblait l'emporter sur le dangereux désir de se faire valoir, sur l'arrivisme régionaliste, sur les ambitions personnelles. Nombreux pourtant étaient ceux qui à défaut d'avoir prévus « l'événement », n'en furent pas surpris, tant était présent dans la campagne électorale, et bien avant elle, une espèce de goût malsain pour le soupçon ou pour la culpabilisation de l'innocence (je parle ici, entre autres choses, de l'étrange façon avec laquelle on accusait à ce point les enfants d'être responsables de tout – rappelez vous les discours d’un Monsieur Chevènement à cette époque, par exemple).
Cela pour dire comment deux hommes, voilà déjà quelques temps, ont été traînés devant les tribunaux pour avoir hébergé, aidé, quelques réfugiés kurdes à Calais. Que risquaient-ils ? Cinq ans d’emprisonnement, rien de moins. Pour avoir aidé son prochain. Les temps sont durs pour l’humanité dépouillée, sobre et simple d’une main tendue, d’un feu qui réchauffe, d’un repas chaud, de gestes faits pour se comprendre, de regards. L’expression juridique correspondante à tout cela étant : aide au séjour irrégulier. Mais tous nous respirons puisque ces deux amis, nos amis, n’ont pas été condamnés mais seulement jugés responsables. Responsables mais non condamnés. Il s’en fallait de peu tout de même.
Replaçons les choses dans leur contexte : voilà maintenant plusieurs années que le centre de Sangatte est fermé. Mais pour autant nombre de réfugiés qui se trouvaient déjà sur place n’ont pas été mis en situation de se sortir du bourbier : pas de logement, pas de moyens de subsistance, pas d’aide médicale hors les associations d’aide aux réfugiés. Au-delà de ces lacunes, somme toute classiques, des liens s’étaient créés, des amitiés peut-être. Il est des conditions qui rapprochent les Hommes. Comment dans ce cas, comme dans tant d’autres, ne pas imaginer l’entraide plus que la dénonciation, le soutien plus que l’indifférence ou la haine. Non, décidément, il n’est pas possible d’imaginer totalement un monde sans amitié, sans amour, sans respect de la dignité humaine.
A quand le prochain appel à manifester de la « Ligue des Droits de l’Homme », à quand un appel à se tenir debout, en silence, pour que les libertés fondamentales ne soient plus égratignées à ce point ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Parlons d'amour
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Mercredi 20 février 2008
Le dialogue et l’échange sont les valeurs suprêmes et irréductibles de la laïcité tout comme elles le sont de la démocratie. En aucun cas ces valeurs ne sauraient être l’apanage de telle ou telle des religions pratiquées sur notre territoire ou bien encore de toute forme d’athéisme ou d’agnosticisme. Elles sont, ces valeurs, indissociables d’une foi inconditionnelle en la tolérance et le respect de l’autre. Elles sont un humanisme. Elles sont un espace de liberté construit par les larmes et le sang de nos anciens. Ces valeurs de liberté totale de conscience ne peuvent être remises en cause par un ensemble restreint d’individus. Pourtant elles font l’objet d’attaques incessantes et leur remise en cause est encore le fait de belliqueux, ouvrants la porte à nombre de conflits, de batailles inutiles. Nous ne saurions tomber dans ces travers et nous laisser submerger par ceux qui voudraient les mettre à mal, les voir s’effondrer.
En 1905, devant la toute puissance de l’église catholique, les représentants des confessions protestantes et israélites, notamment soutenus par l’ensemble des forces humanistes, ont fait fléchir le pouvoir en place afin que chacun puisse être libre de penser ce que bon lui semblait et puisse exercer son propre culte ou démarche intellectuelle ou spirituelle. Cela ne coulait pas de source, loin s’en faut. Ce combat fût un combat de longue haleine, dont l’origine remonte à la nuit des temps : longtemps la liberté de conscience ne fût qu’un doux rêve, quand elle n’était pas le fait de guerres sanglantes. Dans les années vingt, nombres de penseurs, d’écrivains, de poètes ont sué leurs lignes et phrases pour préserver les acquis, en créer d’autres et pour élaborer les fondations de notre contemporanéïté. Depuis ces années-là nous pouvons constater que leurs efforts furent prolongés par d’autres penseurs, d’autres poètes, mais aussi d’autres militants. Des militants de chaque jour, des militants du dialogue et du maintien des acquis. Contre toute remise en cause des libertés chèrement acquises. Aujourd’hui, je peux me rendre à la messe, au culte protestant, dans une synagogue, une mosquée ou bien encore une loge maçonnique. Je peux aussi ne croire en rien et ne vouloir d’aucunes de ses démarches spirituelles ou humanistes. Il ne faudrait pas sous estimer le fabuleux don qui nous fût fait par ceux qui ont combattu pour que nous nous levions chaque matin sans le poids d’une croix, d’une équerre ou d’un voile. Mais aussi la liberté de voir en cette croix, cette équerre ou même ce voile, une forme de liberté possible. Nous touchons là peut-être aux limites de notre conception de la liberté. Voilà pourquoi le dialogue seul, long, mesuré et pesé peut nous sortir de l’ornière communautariste et rétrograde. Nous sommes tous concerné par ce piège tant nous y plongeons souvent, sans bien vraiment en être conscients : tel est athée qui ne manque pas de s’effondrer devant la majesté d’une cathédrale ou la finesse des mosaïques et du jardin de telle ou telle mosquée, tel autre, agnostique, s’émerveiller face à l’étrange transcendance de l’amour, tel positiviste constater l’irréel des objets qui l’entourent.
Bien sûr l’athée peut apprécier le beau, l’agnostique sans nul doute être amoureux, et le positiviste rêver ce qui l’entoure : c’est que le beau, l’amour et l’ineffable création nous sont offerts, à tous, et ce dans la plus belle des gratuités. Pour le dialogue et l’échange, nous sommes partout certains de trouver l’amour plus que la haine, la fraternité plus que la guerre, la beauté plus que l’horreur. Dés lors que nous le voulons bien.
Car il y a toujours cette fille qui passe dans la rue, ce soleil, ces gosses qui hurlent à la vie, ces ballons qui volent. Et si le bonheur était tout près de nous ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Lundi 18 février 2008
Il m'arrive de faire un peu de prosélytisme en faveur de la « Ligue des Droits de l'Homme », et je suis toujours aussi interpellé de voir comment l'argument qui m'est le plus souvent avancé pour écarter l'idée d'un militantisme « des Droits de l'Homme », c'est que ces Droits de l'Homme n'existent pas. Ainsi, les Hommes ne naissent pas libres et ne sont pas égaux en droits. Ainsi, chacun devrait pouvoir porter plainte dès demain pour diffamation ou pour abandon des obligations de l'état à préserver les plus fragiles et les plus démunis ; ou encore saisir la Commission Européenne des Droits de l'Homme pour un internement psychiatrique abusif. Mais n'est-ce pas la frilosité qui nous empêche de devenir un peu plus libres et un peu plus égaux en droits.
Car si les Droits de l'Hommes existent, et ils existent, ce n'est jamais éternellement. A ce titre il s'agit bien ici de Droits positifs, c'est à dire de droits inscritsdans les textes, votés. Ce qui signifie en clair qu'il est toujours possible d'inscrire autre chose, de voter autre chose. On le voit bien en ces moments de grande remise en cause de droits pourtant anciens. Du temps des parents de mes parents. Pour cela, les Droits de l'Homme constituent un combat constant, un combat de chaque jour, un combat que je qualifierais de « vigilance ». Du moins tant qu'ils ne seront pas constitués en véritable force de mobilisation autant qu'ils sont constitués en force de proposition. C'est là, il me semble, précisément le rôle de la « Ligue des Droits de l'Homme ». Ce sur quoi elle devrait peut-être travailler.
Un peu partout en France, au lendemain du 21 Avril 2002, cette prise de conscience semblait l'emporter sur le dangereux désir de se faire valoir, sur l'arrivisme régionaliste, sur les ambitions personnelles. Nombreux pourtant étaient ceux qui à défaut d'avoir prévus « l'événement », n'en furent pas surpris, tant était présent dans la campagne électorale, et bien avant elle, une espèce de goût malsain pour le soupçon ou pour la culpabilisation de l'innocence (je parle ici, entre autres choses, de l'étrange façon avec laquelle on accusait à ce point les enfants d'être responsables de tout – rappelez vous les discours d’un Monsieur Chevènement à cette époque, par exemple).
Cela pour dire comment deux hommes, voilà déjà quelques temps, ont été traînés devant les tribunaux pour avoir hébergé, aidé, quelques réfugiés kurdes à Calais. Que risquaient-ils ? Cinq ans d’emprisonnement, rien de moins. Pour avoir aidé son prochain. Les temps sont durs pour l’humanité dépouillée, sobre et simple d’une main tendue, d’un feu qui réchauffe, d’un repas chaud, de gestes faits pour se comprendre, de regards. L’expression juridique correspondante à tout cela étant : aide au séjour irrégulier. Mais tous nous respirons puisque ces deux amis, nos amis, n’ont pas été condamnés mais seulement jugés responsables. Responsables mais non condamnés. Il s’en fallait de peu tout de même.
Replaçons les choses dans leur contexte : voilà maintenant plusieurs années que le centre de Sangatte est fermé. Mais pour autant nombre de réfugiés qui se trouvaient déjà sur place n’ont pas été mis en situation de se sortir du bourbier : pas de logement, pas de moyens de subsistance, pas d’aide médicale hors les associations d’aide aux réfugiés. Au-delà de ces lacunes, somme toute classiques, des liens s’étaient créés, des amitiés peut-être. Il est des conditions qui rapprochent les Hommes. Comment dans ce cas, comme dans tant d’autres, ne pas imaginer l’entraide plus que la dénonciation, le soutien plus que l’indifférence ou la haine. Non, décidément, il n’est pas possible d’imaginer totalement un monde sans amitié, sans amour, sans respect de la dignité humaine.
A quand le prochain appel à manifester de la « Ligue des Droits de l’Homme », à quand un appel à se tenir debout, en silence, pour que les libertés fondamentales ne soient plus égratignées à ce point ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 14 février 2008
A l’heure où se construit l’Union Européenne puissance, puissance « contre-puissance », nous pouvons constater que nous n’avons rien inventé de plus que nos contemporains d’outre-atlantique. Nous n’avons jusqu’alors rien inventé de bien nouveau, nous nous sommes laissé prendre au jeu, plus subtile qu’il n’y parait, de la seule toute puissance comme élément salvateur, de la sainte croissance du tout bénéfice : notre crucifix à nous. Nous n’avons pas su inventer autre chose, proposer autre chose. Nous n’avons pas su -inventer, proposer une autre Europe qui ne soit contre-Amérique. Cela devrait nous rendre humble. Car il existe une autre Amérique tout autant qu’il existe une autre Europe possible. Entre ces deux Amériques, entre ces deux Europes, ce sont deux visions qui s’affrontent, deux mondes possibles, deux rêves bien distincts. Deux actions bien différentes.
Ces actions, il nous faut désormais les poser, il nous faut les imposer. Il n’est plus d’alternative, nous n’avons plus le choix. Il est urgent que se réveillent nos vieilles et saines utopies, nos rêves, nos idéologies. Car en face, point de répits, point de poses. La guerre est là, s’installe. Et pour longtemps. Nous en serons les victimes prochaines si nous ne réagissons pas. Il est urgent d’agir. Ici s’impose la militance, les défilés sous la pluie, le soleil ou la neige. Nous allons devoir nous battre. Contre ces idéologues, contre ces idéalistes. Avec nos rêves et nos idéologies. Car elles ne sont pas mortes, souvenez-vous, elles ne font que sommeiller en attendant qu’on les secoue un peu, qu’on les réveille. Oui, il n’est d’autres espoirs de se sauver hors le fait de faire brusquement renaître ce que l’on croyait définitivement enterré : nos rêves d’impossible. Nos rêves jugés impossibles.
Dans le trou noir où nous sommes échus relire Breton, Aragon, Camus, Foucault s’impose plus que jamais. Après tout, pourquoi pas ? Se reprendre une bouffée d’oxygène pure, celle de nos quinze ans. Celle où nous ne savions que rêver d’éternel, d’avenir radieux, d’amour des peuples, de libération des peuples. Non, tout cela n’est pas mort.
Alors, contre l’Amérique-puissance et contre l’Europe-puissance, ces deux clones, il n’est pas trop tard pour dire tout autant notre désarroi que notre colère, il n’est pas trop tard pour affirmer notre opposition, il n’est pas trop tard pour montrer notre détermination à voir se développer des solutions alternatives à la haine et au mépris.
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Jeudi 14 février 2008
Le dialogue et l’échange sont les valeurs suprêmes et irréductibles de la laïcité tout comme elles le sont de la démocratie. En aucun cas ces valeurs ne sauraient être l’apanage de telle ou telle des religions pratiquées sur notre territoire ou bien encore de toute forme d’athéisme ou d’agnosticisme. Elles sont, ces valeurs, indissociables d’une foi inconditionnelle en la tolérance et le respect de l’autre. Elles sont un humanisme. Elles sont un espace de liberté construit par les larmes et le sang de nos anciens. Ces valeurs de liberté totale de conscience ne peuvent être remises en cause par un ensemble restreint d’individus. Pourtant elles font l’objet d’attaques incessantes et leur remise en cause est encore le fait de belliqueux, ouvrants la porte à nombre de conflits, de batailles inutiles. Nous ne saurions tomber dans ces travers et nous laisser submerger par ceux qui voudraient les mettre à mal, les voir s’effondrer.
En 1905, devant la toute puissance de l’église catholique, les représentants des confessions protestantes et israélites, notamment soutenus par l’ensemble des forces humanistes, ont fait fléchir le pouvoir en place afin que chacun puisse être libre de penser ce que bon lui semblait et puisse exercer son propre culte ou démarche intellectuelle ou spirituelle. Cela ne coulait pas de source, loin s’en faut. Ce combat fût un combat de longue haleine, dont l’origine remonte à la nuit des temps : longtemps la liberté de conscience ne fût qu’un doux rêve, quand elle n’était pas le fait de guerres sanglantes. Dans les années vingt, nombres de penseurs, d’écrivains, de poètes ont sué leurs lignes et phrases pour préserver les acquis, en créer d’autres et pour élaborer les fondations de notre contemporanéïté. Depuis ces années-là nous pouvons constater que leurs efforts furent prolongés par d’autres penseurs, d’autres poètes, mais aussi d’autres militants. Des militants de chaque jour, des militants du dialogue et du maintien des acquis. Contre toute remise en cause des libertés chèrement acquises. Aujourd’hui, je peux me rendre à la messe, au culte protestant, dans une synagogue, une mosquée ou bien encore une loge maçonnique. Je peux aussi ne croire en rien et ne vouloir d’aucunes de ses démarches spirituelles ou humanistes. Il ne faudrait pas sous estimer le fabuleux don qui nous fût fait par ceux qui ont combattu pour que nous nous levions chaque matin sans le poids d’une croix, d’une équerre ou d’un voile. Mais aussi la liberté de voir en cette croix, cette équerre ou même ce voile, une forme de liberté possible. Nous touchons là peut-être aux limites de notre conception de la liberté. Voilà pourquoi le dialogue seul, long, mesuré et pesé peut nous sortir de l’ornière communautariste et rétrograde. Nous sommes tous concerné par ce piège tant nous y plongeons souvent, sans bien vraiment en être conscients : tel est athée qui ne manque pas de s’effondrer devant la majesté d’une cathédrale ou la finesse des mosaïques et du jardin de telle ou telle mosquée, tel autre, agnostique, s’émerveiller face à l’étrange transcendance de l’amour, tel positiviste constater l’irréel des objets qui l’entourent.
Bien sûr l’athée peut apprécier le beau, l’agnostique sans nul doute être amoureux, et le positiviste rêver ce qui l’entoure : c’est que le beau, l’amour et l’ineffable création nous sont offerts, à tous, et ce dans la plus belle des gratuités. Pour le dialogue et l’échange, nous sommes partout certains de trouver l’amour plus que la haine, la fraternité plus que la guerre, la beauté plus que l’horreur. Dés lors que nous le voulons bien.
Car il y a toujours cette fille qui passe dans la rue, ce soleil, ces gosses qui hurlent à la vie, ces ballons qui volent. Et si le bonheur était tout près de nous ?
par Lionel DEGOUY publié dans : Société communauté : Rassemblement de gauche...
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