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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 10:07

          Dans un récent billet sur le site Médiapart (http://www.mediapart.fr/club/blog/eric-fassin/121109/le-prix-de-la-liberte-d-expression#comment-421751), Eric Fassin revenait sur l'affaire Ndiaye/Raoult. Il remarquait que lorsque Marie NDiaye s'est vu décerner le prix Goncourt, le 2 novembre, on a beaucoup souligné qu'en plus d'un siècle, elle n'était que la dixième femme à en bénéficier mais qu'il n'y avait pas eu un mot sur le fait que la femme qui reçoit ce prix est noire. « L'institution littéraire serait-elle «aveugle à la couleur» (color-blind)? Ou bien le sujet serait-il tabou ? » se demande-t-il. Il souligne qu'on invite souvent les homosexuels à la discrétion et qu'on pourrait donc craindre que,  pour les " minorités visibles ", le prix de la reconnaissance ne soit l'invisibilité, ou du moins la " réserve ". Je trouve cette interpellation très pertinente.

          Pierre Tévanian dans " La mécanique raciste " (Dilecta, Paris, 2008) montre comment " tout allait bien " tant que les non-blancs restèrent dans la représentation française dominante des corps invisibles (pas vus à la télés), puis des corps souffrants (" oh les pauvres victimes de racisme, d'exploitation ") objet de condescendante charité des blancs. En revanche, les gardiens de la décence publique ont commencé à hurler à l'inacceptable, au communautarisme, au repli identitaire, quand ils commencèrent à revendiquer l'égalité. Là, ils devenaient des " corps hurlants " dont les propos dépassaient toujours les bornes : le rap était forcément violent, l'appel des Indigènes de la République malheureusement excessif, le CRAN automatiquement communautariste. Et effectivement, ils dépassaient les bornes, puisqu'en revendiquant ou en se comptant en égaux, ils tentent d'aller au delà des bornes qui les maintenaient dans les limites de la place qui leur était assignée : dans l'infériorité.

          C'est en cela que la remarque sur la noirceur de Marie Ndiaye d'Eric Fassin me paraît particulièrement pertinente : se mettre à égalité en usant de sa liberté d'expression pour critiquer le pouvoir, c'est forcément pour une noire, femme, être considéré comme un corps hurlant, dépassant les bornes assignés. On avait eu la gentillesse de lui donner un prix, elle n'allait pas en plus comme les écrivains blancs dire ce qu'elle pensait, débiter des bêtises, s'exprimer sans réserve. Le célinien Houellebecq (prix de Flore, prix Novembre, prix Interallié...) peut lui débiter ses insanités islamophobes, Eric Raout n'appelle pas au droit de réserve des lauréats de breloques.

          La seule chose à laquelle elle a échappé c'est qu'on estime ses propos d'hystériques, mais comme femme elle aurait pu s'astreindre à la réserve des Miss France, sages comme des images et pourtant elles aussi assignées à leur utérus...

          L'impensé de Raoult, ce n'est pas le droit de réserve pour les écrivains, mais pour les non-blancs qui doivent rester des corps invisibles, au mieux des corps souffrants que Raoult, gentiment, voudra bien aider, les pauvres...

10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 06:18

          Depuis vingt-sept ans tu tournes en rond et en carré dans un couloir de la mort, à Philadelphie la mal-nommée. Misadelphie, tu hais ton frère.

Ton frère noir. Tout est là. Militant des droits de l'homme, des droits des noirs, il fallait l'abattre. On lui a fait un procès inique, digne des sbires de Staline. Faux-témoins, juge acharné à sa perte, tu n'y coupais pas, Mumia.


          Mais voilà, au lieu de t'assassiner légalement tout de suite, on te distille la mort au goutte à goutte
depuis tout ce temps, le temps de toute une existence. Pendant que la vie douce et amère continue pour les autres, dehors, avec une femme, des enfants, le boulot, les loisirs. Pendant que tes frères noirs et tes frères blancs continuent de se battre, en liberté surveillée, pour la justice et l'humanité des hommes.


          Mais tu te bats aussi. Tu tiens bon ! Malgré l'épée de Damoclès qui fait du yoyo au-dessus de ta tête. Malgré les menottes et la cage transparente où l'on t'exhibe au parloir. Ah ! Depuis que Desmond Tutu est venu te voir dans ta papamobile immobile - des fois qu'on te tirerait dessus ont enlève les menottes. Tu peux aussi parler avec les mains.

Et avec ta tête. Tu écris des livres, pour dire ta lutte et ta foi. On devra tuer un écrivain reconnu. Pour tuer celui que tu n'étais pas il y a 27 ans, celui que tu n'as jamais été, on veut tuer celui que tu es maintenant.


         Tu es même devenu avocat, et tu as réussi à faire libérer d'autres condamnés. Sauf toi.


         Méchante ironie du sort : un nouveau procureur noir veut ta peau. Enfin, pas au sens propre, il n'a déjà que trop de noir sur lui. Tu es peut-être son pire souvenir de lui-même.

Mais tu n'es pas seul, Mumia. Dans le monde entier, tes frères de toutes les couleurs - et le mélange de toutes les couleurs, c'est le noir - se battent avec toi. Pour que tes nuits blanches soient un peu plus noires. Pour que les comploteurs à la Montecristo sauce Ku-Klux-Klan qui veulent t'effacer de leur paysage ne broient jamais plus du noir.


         Et pour qu'un jour, partout aux States, s'arrête à jamais l'innommable peine capitale. Que la barbare et criminelle peine de mort soit morte à jamais.

23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 01:33

          La tolérance est communément définie aujourd'hui comme étant la capacité d'un individu à accepter une chose avec laquelle il n'est pas d'accord. Ce sens est acquis grâce au développement de valeurs et de normes morales multiples (l'autorité d'une vie peut ainsi avoir plusieurs sources reconnues comme valides : la raison, Dieu, la nature, etc.).


          Mais
au temps de la Réforme, nous découvrons que la définition de la tolérance n'était pas aussi « libérale » que la nôtre, et qu'elle n'allait pas de soi. Par exemple, Castellion, un ex-ami de Calvin, avec qui nous partagerions aujourd'hui volontiers sa conception de la tolérance, était une exception en son genre. Après la condamnation à mort de M. Servet à Genève, il écrivait cette formule célèbre : « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle ».


          Or, comme certains de ses contemporains, Calvin était loin d'être un modéré. Pour lui, la « vérité chrétienne » était une chose entière, sans compromissions possibles. Ainsi, la liberté religieuse, au sens de la coexistence entre des confessions et des religions différentes, était impossible pour lui. A titre d'exemple, nous pouvons évoquer le cas Michel Servet, mis à mort pour hérésie, à cause de son reniement des dogmes de la Trinité et de la divinité du Christ.


          Cependant, la pensée de Calvin contenait bien des germes d'une conception de la tolérance. L'un d'entre-eux peut être découvert dans le chap.19 du livre III de l'institution de la Religion Chrétienne (édition de 1561), intitulé « la liberté religieuse ». La notion que nous allons présenter ici est celle de la « liberté de conscience ». Faisons deux remarques :


  •           Il ne faudrait pas comprendre cette liberté comme une individualisation de la conscience. Celle-ci est soumise à l'opération intérieure du Saint Esprit, véritable Autre de la conscience, qui se dédouble en une relation entre Dieu et nous. Le premier fruit de cette liberté de conscience, c'est la relativisation des oeuvres. Mais ce n'est pas une relativisation totale : il y a un absolu, Dieu.


  •           Ensuite, le contexte de notre chapitre est le suivant. Lorsque Dieu nous a donné la grâce, le pardon de tout ce qui pèse sur la personne humaine, celle-ci doit exprimer extérieurement le don qu'elle a reçu. Ainsi, la liberté de conscience ne peut commencer et s'achever en un face à face ininterrompu entre Dieu et nous-mêmes. La grâce ne se réduit pas à un rapport subjectivité (la conscience) – objectivité (Dieu). La conscience doit remercier Dieu, par des actions de grâce et en se sanctifiant avec un comportement conforme au don reçu. Ce point pose la question suivante : comment vivre collectivement cette grâce ? Or, en vertu de cette liberté de conscience qui ne porte pas d'autre absolu que Dieu, nous ne pouvons pas imposer aux autres notre propre conception de la liberté par rapport aux choses dites « indifférentes » à la conscience. Le seul critère est l'édification mutuelle.


Or, comment pourrions-nous intégrer aujourd'hui cette « liberté de conscience » au milieu de nos vies ?

  • D'abord, elle pourrait se constituer comme nerf critique de toute autorité qui se pose de manière absolue. A condition de remarquer une limite à l'usage de la liberté de conscience, qui est de taille : le risque de la monopolisation de la « vérité chrétienne » dans le champ de la réalité. Il faudrait en effet que s'affirment une pluralité d'autres configurations éthiques, avec pour chacune d'entre-elles, des valeurs de références différences, afin d'éviter d'être enfermés dans une idéologie.

  • La liberté de conscience est aussi un principe éthique, qui pose la question de ce qui est important : est-ce faire et imposer ma « loi » qui se présente comme une liberté, qui s'affirme contre d'autres libertés, ou bien construire une éthique du comportement dont le critère serait de faire progresser chacun (à condition que ce ne soit pas dans la même direction … un autre versant de la monopolisation de la « vérité chrétienne » … mais anticipée par Calvin par la notion de liberté de conscience qui préfigure l'autonomie au sens kantien : devenir des êtres véritablement majeurs, capables d'avoir une opinion propre qui aurait interrogé sa validité).

  • Ensuite, la « liberté de conscience » pose la question de la relation de l'individu à autrui. La présence d'un Autre dans la conscience fonde la liberté individuelle, mais en même temps, sur la base de la dialectique grâce/gratitude, nous sommes projetés dans un horizon habité par autrui.

  • Enfin, nous pouvons bénéficier d'un rapport neuf à la création. Nous sommes invités à ne pas nous contenter d'un usage unique, isolé, utilitaire des choses du monde. En effet, la liberté de conscience va de paire avec la référence à Dieu. Cela implique de ne pas sombrer dans l'idolâtrie, dans la jouissance de la chose pour elle-même, mais de la ramener à son origine, et ainsi permet de relativiser, de désacraliser ces choses-là, de laisser de la place pour autre chose.

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 10:59

        Qui n’a jamais tremblé à l’écoute des récits terrifiants sur le « Jugement dernier », ce fameux jour où la sentence divine frappe les actes humains pour les sanctionner ou les récompenser ? Et inversement, qui n’a jamais imaginé ce que pouvaient être les délices du Paradis ou les affres de l’Enfer ? Ces deux lieux, où vient s’échouer à la fin l’existence humaine, sont au cœur des représentations des croyants sur l’au-delà - des représentations qui sont pour l’essentiel communes aux trois religions révélées. Elles tiennent une place fondamentale dans le pacte qui lie les hommes à Dieu, puisqu’elles promettent un jugement final qui viendra rappeler aux hommes leurs manquements à ce Pacte si manquements il y a eu.


          Ce Jugement dernier, et donc décisif, donne du sens à ce que l’homme a fait durant sa vie. La perspective d’un jugement, remis entre les mains d’un Dieu qui décide seul et irrévocablement, donne du sens à ce qui pourrait ne pas en avoir, à l’absurde d’une vie vouée à se terminer un jour. L’homme devient ce qu’il a fait. Chaque homme, quels que soient son rang ou son prestige, devient digne exclusivement de ses actes personnels, ceux dont il est responsable, qui sont validés ou invalidés par le jugement « dernier ». Lequel jugement ne saurait appartenir à l’homme, car sinon il serait tout-puissant, maître du Bien et du Mal. Or, justement, il ne l’est pas.


          Mais qui dit « dernier » reporte ce Jugement au temps de Dieu, dans un « ailleurs » qui n’appartient pas au temps des hommes. Tout est renvoyé en un lieu et un temps où le croyant peut fonder le sens d’une existence qui, elle, se passe aujourd’hui. Ce que promet le jugement (le Paradis ou l’Enfer) est la projection des plus grands désirs ou des plus grandes craintes de l’homme. Ce sont des images, des représentations symboliques, qui tentent de décrire ce qui pour l’homme est indicible. Le monde de Dieu, personne ne le connaît. On ne peut pas le « dé-finir », puisque marqué du sceau de l’in-finitude et de l’in-temporalité. En posant le cadre où se déroule la justice de Dieu et en décrivant avec précision ses conséquences, le texte coranique exprime dans un langage pédagogique ce qui pour l’homme n’est pas concevable.


          Cette projection remplit deux fonctions. D’une part, elle donne du sens à l’histoire des hommes, les rend responsables de leurs actes, mais aussi libres d’agir en pleine conscience. D’autre part, elle permet de saisir par l’imaginaire ce qui relève de l’insaisissable. Reste que cette projection est souvent paralysante. Non seulement elle fait peur, car l’on n’en saisit pas toujours le sens éthique, mais souvent elle est perçue comme tellement lointaine qu’on oublie volontiers que c’est aujourd’hui que se font les choix. Le jugement de Dieu est toujours « dernier », mais ce jugement a commencé ici et maintenant, aujourd’hui et à tout moment de notre vie. Il fonde une éthique de l’agir ici et maintenant. Le Jugement sera « dernier », mais le choix se fait à chaque instant. Ce n’est qu’à ce titre que cette projection peut être féconde. Et avoir du sens.

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 03:03

          Il est certain que tout s’en va. Bien loin de nous. Jusqu’à l’amour, que l’on voudrait nous faire passer pour nécessairement, oui, nécessairement, précaire – il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Madame Parisot, Présidente du Medef : « l’amour est précaire, pourquoi le travail ne le serait-il pas aussi ? » Sans rire, nous avons donc à rappeler que l’amour n’est pas une marchandise et le travail une marchandise bien différente des autres marchandises.

           
          Dans ces conditions, promettre c’est mourir. Rêver, c’est être atteint de folie douce. Pourtant, rêver ne serait, en ces temps, pas mal venu. On peut même considérer que rien de véritablement sérieux ne pourra désormais se faire sans promesse directement issue de nos rêves. Mais de quoi rêvons-nous alors même que l’on veut à ce point faire appel à notre pragmatisme. Cet abominable pragmatisme.
           
          Ce dont nous rêvons, c’est de « tronc commun » d’études générales plus avancé – école obligatoire jusqu’à l’age de dix-huit ans. Ce dont nous rêvons c’est de retraite dès cinquante ans pour les maçons, les boulangers, les carreleurs et d’autres – de retraite à cinquante-cinq ans pour tous. Ce dont nous rêvons c’est de semaines de quatre jours ou de trente-deux heures. Ce dont nous rêvons c’est de huit semaines de congés payés. En clair, nous faisons de nos rêves les promesses de conditions de travail et de vie à la mesure des acquis de notre civilisation. Même si ce dont nous rêvons par-dessus tout, bien entendu, c’est d’amours éternels, de fleurs séchées au sein d’un livre souvent lu, souvent relu. Ce dont nous rêvons par-dessus tout c’est d’herbe grasse et de pommiers en fleurs. Cela pour reconstruire les bases d’une démocratie plus sûre d’elle. Plus belle, aussi.
           
          Pour maintenir tous nos espoirs, tel Camus, citons Pindare : « Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible. »
           
          « On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique ? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. » C’est en ces termes que Jean-Jacques Rousseau s’exprimait dans le préambule du livre I du contrat social, en 1762. Le Politique, ici, se trouve à la bonne place ; à celle qui est la sienne : c'est-à-dire qu’il se situe partout où le rêve est possible.
           
          Alors il faut être rêveur pour véritablement penser ou repenser nos institutions ! Et le peuple est rêveur. C’est pourquoi, bien que par la force des choses il ait nécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas se résigner à voir ce peuple ne jamais lever la tête et se mettre à rêver de jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoirs réalisables.
           
          C’est le rêve seul qui pourra nous porter hors de nous-mêmes, au-delà de nous-mêmes. Dans le futur tout comme dans le présent. Le futur : de sombres perspectives en vérité, si nous n’y prenons garde ! Le présent : des dirigeants inaptes à regarder l’horizon, mais le bout de leurs chaussures. Des dirigeants inaptes aux rêves des autres, inaptes à nos rêves, inaptes même aux leurs. Inaptes à la salvatrice utopie, rendus malades qu’ils sont par ce sale mot de pragmatisme. Le pragmatisme : surtout ne rien brûler. Et surtout pas nos cœurs aux flammes de l’amour du prochain. Quand rêverons-nous d’amour si ce n’est en ces temps de décomposition, quand donc imaginera-t-on un autre monde possible pour chacun ? Un monde où les enfants ne disparaîtront plus sous les bombes ? Quand donc rêverons-nous enfin d’un monde meilleur, loin des calculs, de la bassesse de vue et de l’improbité intellectuelle ? Car, à la fin, ce sont des possibilités de rêves qu’on nous chaparde ! Et les bienfaits de l’utopie en tant que devenir possible.
          
          Or, il n’est nul besoin de s’observer longtemps pour constater que nous souffrons. Ici. Ici, nous souffrons. D’où peut bien nous venir cette angoisse ? Alors même que nous disposons à loisir – riches que nous sommes – de la mélancolie, des larmes de l’amour et d’un soleil qui chaque jour nous offre son déclin. Car la mélancolie, l’amour et le déclin sont pour nous des valeurs sûres tant elles sont aptes, ces valeurs, à nous sortir de l’angoisse, de la peur. Se sauver par les larmes. Par les larmes, oui. Se sauver dans la perte plus que dans l’orgueil ou la soi-disant victoire sur soi-même. En effet : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » dit l’évangile selon Matthieu. Or, le pleur n’est plus inquiétude, le pleur n’est plus orgueil, le pleur n’est plus victoire mais perte salvatrice. Et c’est ainsi que nous nous trouvons au point où devient possible une véritable re-naissance. Re-naître. Voilà ce qui nous est nécessaire : ce soleil en déclin, annonciateur de renouveau. Oui, demain sera un autre jour.
 C'est bien un point sur lequel on ne peut revenir : s’il est une obligation, c’est celle de se battre sans discontinuer pour posséder la liberté d’imaginer pouvoir aimer sans fin, loin de l’idée que l’amour ou le bonheur n’ont qu’un temps.
           
          J’aurais cité Rousseau, Pindare, le Christ et c’est encore que je les citerai, c’est encore que j’en citerai d’autres. Les sujets ne manquent pas : l’utopie, le rêve, la foi en des lendemains radieux pour nos frères et nous-mêmes, l’incommensurable – j’ai bien dit l’incommensurable – douleur du monde. Il nous faut donc tout discuter, tout reconstruire, pour que demain devienne vraiment un autre jour : revenir à l’essentiel par la chaleur et l’innocence des larmes de notre enfance. Car, à la vérité, les cœurs de pierre n’existent pas. Puisqu’il y a l’amour que nous avons reçu du ciel et des jeunes filles en fleurs.
              
          Et si l’amour n’était pas précaire ?
Published by Lionel - dans Société
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 12:39

          Le judaïsme, le christianisme et l’islam, trois religions monothéistes, nées au coeur du Proche-Orient se caractérisent par l’accueil d’une révélation médiatisée par des hommes qui se sont présentés comme les «porte-voix» de Dieu. Ces personnes sont appelées «prophètes». Qu’il s’agisse des propos d’Abraham, de Moïse, de Jésus ou de Mohammed, tous peuvent être teintés de douceur lorsqu’il s’agit de parler de la tendresse de Dieu.

         
          Seulement nous retrouvons également des paroles rugueuses lorsqu’ils se sentent investis d’une mission de réveil, d’avertissement, de rassemblement des hommes pour leur retour dans une voie droite. Des exemples sont donnés dans la dénonciation de l’idolâtrie, l’adoration, la soumission à tout ce qui n’est pas Dieu. Ils ont abandonné leur sécurité, risqué leur vie, accepté de se faire des ennemis, crié contre l’injustice, défendu le pauvre et l’orphelin.  Dans les sociétés dans lesquelles ils sont apparus, ils se sont vite révélés comme étant des «trouble-fêtes», des contestataires de l’ordre (du désordre) établi. Tout particulièrement, ils se sont retrouvés en porte à faux avec les hommes de religion, tous les fonctionnaires du sacré qui avaient pu s’approprier les affaires de Dieu, en tirer profit financier et pouvoir pour eux-mêmes.  Ils ont été aimés par les uns, haïs par les autres par leur volonté de tout subordonner à une parole de vérité. Le prophétisme, ainsi, est incontestablement de nature subversive. Il est, par essence, le contraire du conservatisme.


          Pourtant, toutes les religions prophétiques ont dû s’institutionnaliser afin de s’inscrire dans la durée. Dès lors, la «subversion prophétique» a été canalisée, devenant moins opérante. Elle ne disparaît pas pour autant car étant à la racine même des trois religions révélées, elle ne peut être réduite au silence. Même si elle s’est retrouvée sous le contrôle des clercs, prêtres ou savants, elle n’a cessé de réapparaître sous des formes diverses dans les sociétés  «du Livre». Pour les Musulmans, le temps prophétique  a trouvé sa clôture avec la mission de Muhammad, «sceau des prophètes».


          La dynamique contestatrice ou protestatrice des prophètes resurgit sans cesse, qu’elle s’exprime sous des formes admirables ou perverses. Si les prédicateurs islamistes sont entendus, c’est peut-être parce qu’ils savent se saisir de cette subversion, savent la réactualiser tout en la détournant souvent au profit de constructions idéologiques ou d’une soif de pouvoir. Au risque, donc, de voir un jour la «subversion prophétique» se retourner contre eux aussi.

Published by Lionel DEGOUY - dans Religion
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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 17:44

          Bon. C'est le bordel. On va pleurer, encore. On va tuer les voisins, assassiner son chien, bouffer du cheval. Demain sera éternellement demain. Seulement voilà, on aime. On aime très fort le vent des nuits d'été, la chaleur d'un feu de bois les jours d'hiver. On aime un autre que soi-même. Parfois. Souvent. Toujours. Alors s'installe en nous l'étrange capacité que nous avons de vivre heureux. On va pleurer, c'est sûr. D'amour. Pas moins, pas plus. C'est déjà, là, le sens profond de toute la comédie humaine. Vaudeville sorti des seuls déboires de l'Homme, l'Histoire est bien risible en somme : nous n'avons rien construit et tout nous fût donné. C'est bien la seule des théories que nous puissions, en connaissance de cause, reconnaître comme nôtre. L'évidence des coups reçus n'a pas d'alternative réelle. Nous sommes bien morts de la coupable envie que nous avions de vivre. Vivre. Un peu. Plein de l'étonnant bonheur qu'ont les Hommes de se savoir mortels. Ne passer là qu'un peu, trainer quelques instants sur cette terre, s'évaporer dans l'amour qui souvent vient. Nous sommes tranquilles, apaisés, certains qu'après la mort nous nous retrouverons tous pour glisser sur le temps, les brumes et l'océan.

          La contradiction ne doit plus nous faire peur : nous avons trop souffert pour cela. Mais reste la poésie, le rêve et l'incompréhensible. L'incompréhensible : une heure passée près d'un point d'eau dans un verger pendant la guerre, le miracle à la portée du plus incrédule des humains.

Published by Lionel DEGOUY - dans Poésie
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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 17:13

          Disons le d’abord : mon propos n’est pas d’arrondir les angles, ni de brosser le portrait moderne, libéral, démocratique, et gentillet du Réformateur en pasteur végétarien. C’est d’abord de comprendre en quoi la Genève de 1550 n’est pas une « Calvingrad » glaciaire, mais un volcan, une ville en état de révolution, attirant des réfugiés de toute l’Europe, et qu’il a fallu canaliser cette énergie — quand elle n’y est plus on ne comprend pas comment on a pu avoir besoin de canalisations aussi contraignantes, ni l’énergie qu’il a fallu pour briser les liens de l’ancien monde et instaurer nos tranquilles libertés. Calvin malgré lui n’a pas été un humaniste en robe de chambre, mais le refondateur d’une cité-école, d’une internationale entourée d’ennemis acharnés.


          Tout commence avec le sentiment radical de la grâce divine. Quand le cardinal-évêque de Carpentras, Jacques Sadolet, exhorte les Genevois à se soucier du prix infini de leur âme et de leur salut éternel en revenant à l’Eglise romaine, Calvin répond que la question n’est pas là mais simplement d’obéir à Dieu sans s’occuper de soi — seule façon de trouver un rapport authentique à soi-même. La grâce, c’est l’insouci de savoir si on a la grâce. Il faut se vider de tout souci de soi, et de tout souci de son propre salut, et « détourner notre regard de nous-mêmes ». Il ne s’agit plus d’être sauvé, mais de reporter ce souci sur les autres, sur le monde.


          La grâce n’est donc plus pour lui le couronnement de la nature ni de l’histoire, un achèvement, mais ce par quoi tout commence. C’est le perpétuel re-commencement du monde. Tout est par grâce. Le monde n’est qu’un chant, qu’un rendre grâce. En quoi la nature rend-elle grâce ? Comprendre cela c’est comprendre la nature entière. En quoi nos Etats et nos Eglises rendent-elles grâce, les uns par la joie des humains de se témoigner leur amour mutuel, les autres par leur joie commune de chanter la louange de Dieu ? En quoi est-ce que je rends grâce d’exister ? Comprendre ma propre gratitude c’est me comprendre moi-même, de la tête aux pieds.


          D’où l’incroyable énergie que Calvin met à tout recommencer. Comment l’arrêter ? Il n’est pas au port, en train d’arriver, il vient tout juste de commencer. D’où ce titre,
Institution de la religion chrétienne ; carrément. Il s’agit aussi de mettre fin aux dérives qui menacent de l’intérieur la Réforme d’une sorte de dilution dans le n’importe quoi. Il sait que c’est cette menace intérieure qui disperse les forces et la légitimité de la Réforme. Il faut de toute urgence rappeler les limites. On ne peut laisser les dissident dissider tout seuls. Il faut qu’ils dissident et diffèrent ensemble, dans certaines limites.


         C’est ici qu’interviennent les Ecritures rendues à la parole vive et à ceux qui la reçoivent. On sent chez Calvin une confiance immense dans la parole, à elle seule capable d’ouvrir un monde : on se presse au culte, à Genève, on y vient de partout, il faut interdire de réserver des chaises, c’est comme un grand théâtre en train de s’ouvrir autour du Livre, qu’il s’agit d’interpréter, non au sens théorique, mais dans l’existence. Et il ne faut pas s’étonner si les enfants s’appellent Abraham, Ruth ou Samuel : on est « dans » le texte, et l’on s’interprète au miroir des Ecritures.


          Au passage, la langue française s’élargit pour supporter une parole souveraine, une voix dont s’empare des milliers de nouveaux locuteurs. Il faut donc redire que Calvin est un protestant latin, formé au droit romain, penseur de l’institution et de la mesure, faisant rayonner dans l’Europe entière la langue française, et préparant Montaigne et Descartes. Avant Montaigne, Calvin, qui avait étudié Sénèque, se sépare du stoïcisme, dont il trouve qu’il prône un Homme imaginaire, aussi insensible qu’une bûche, et refusant les joies et les tristesses, les passions et les limites de l’homme ordinaire. Avant Descartes, Calvin affirme la transcendance, l’extériorité absolue de Dieu au monde, tout entier devenu mesurable. Calvin, c’est la France.


         Calvin a longtemps réussi à tenir ensemble, par sa
gouaille mordante et l’ampleur ordonnée de ses vues, le camp des rieurs qui se moquent des superstitions et des raisonnements creux des théologiens, et le camp résolu de ceux qui ont retourné leur vie sans crainte de se séparer, parce ce que l’amour de Dieu est plus grand que toutes les observations religieuses dans lesquelles on voudrait l’enfermer. Mais bientôt la panique et la persécution explose, tout bifurque et chacun doit choisir son camp. Calvin choisit l’exil et invente une issue géniale à l’alternative de se révolter ou d’accepter le martyre. Dieu n’est pas enclos dans nos petites cérémonies humaines, il est partout. Les individus sont ainsi déliés pour contracter des alliances nouvelles, des libres alliances, et Calvin prépare ainsi toutes les philosophies du pacte social, de Hobbes à Rousseau, et c’est pourquoi Calvin est plus important pour la pensée politique moderne que Machiavel.


         On voit en Calvin le prototype du puritain austère et moraliste. Mais j
usqu’au début du 17ème siècle, on lui reproche sa vie dissolue, sa débauche, son amour du vin, et il faut mesurer que c’est à cette propagande que Genève a du répliquer, pour montrer que la Réforme ne conduisait pas à l’immoralité, etc. Pour lui on ne peut recevoir cette grâce qu’en manifestant de la gratitude, et il fonde toute son éthique sur cette gratitude. C’est à la gratitude que l’on mesure l’émancipation, l’autonomie d’une sujet, sa sortie de la minorité : un sujet incapable de gratitude est encore puéril, qui croit ne rien devoir qu’à lui-même. Au contraire le sujet se tient « devant Dieu », d’où l’idéal moral de sincérité, si important pour la formation du sujet moderne : ne pas se mentir à soi-même, aux autres ni à Dieu.

Et la pragmatique de l’idée de prédestination chez Calvin, bien loin de ce qu’on croit, indique cette confiance, mais aussi cette limite libératrice : ni les prêtres, ni les rois, ni même les sujets ne peuvent mettre la main sur cette partie de nous qui n’appartient qu’à Dieu, et une réserve est ainsi placée, un voile d’ignorance qui nous redonne chance, puisque jusqu’à la fin nous ne saurons jamais entièrement qui nous sommes, et qu’à la limite cela n’est pas notre affaire. Oui, la modernité toute entière, aujourd’hui si incomprise, est comme contenue dans cet intense commencement.

 

O.Abel, Jean Calvin, Paris : Pygmalion, 2009.

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 01:47
On va s’aimer. C’est sûr. Et pour toujours. Un jour. Un jour de grand soleil, un jour de pluie. Un jour de guerre, un jour de paix. Un jour de haine. Un jour de peine, un jour de joie. Pour que nous soyons bien convaincus de l’infernale beauté du monde qui nous est offert. Mais aussi du monde qui vient. Celui qui sans détour vaincra. Ne serait-ce que pour l’amour du beau. Un jour. Un jour, et pour toujours, on va s’aimer : qu’il est facile de simplement bien formuler la vérité ! Cette absolue vérité : l’amour comme chemin, l’amour comme fin. C’est bien ici la seule échappatoire, vraiment plausible, à ce monde terriblement infanticide. Car l’amour est là. Chacun peut en faire chaque jour le tour : chaque jour un arc en ciel fait vivre une âme de par le monde. C’est l’effroyable liberté de voir. De voir l’amour, ici pour nous sauver. De tout, de rien, de nous, des autres. Des guerres apparemment inéluctables, de l’inutile violence, de la connerie notoire.

           Dans cette optique, la fulgurance du don de Dieu permet de nous aimer, à en mourir, plus que nous nous haïssons. Oui, il y aura toujours l’amour de Dieu – cet amour là – qui au-delà des certitudes que nous croyons avoir, transformera nos peurs en larmes salvatrices, nos larmes salvatrices en envie de vivre. Un peu. Enfin.

           Tout ainsi vient des larmes. Ces larmes chaudes, et même brûlantes, dont nous ne pouvons nier le pouvoir de dire non à l’imbécillité. Notamment à l’imbécillité de ceux qui voudraient nous faire croire que l’Homme ne se construit que dans la guerre, la volonté – cette détestable volonté – ou bien encore dans le mérite ou la vertu. Mais nous sommes peu, fort heureusement, à nous échiner à devenir vertueux. Trop vertueux. C’est notre gloire, notre avenir, notre plus grand espoir. Pleurons en paix. Pleurons en paix pour le salut du monde, pour le rire d’un enfant, pour ces jeunes amoureux qui passent dans notre rue, pour l’amour. Pour la tranquillité de ceux qui savent que c’est seulement un abandon aux larmes, vraies et profondes, qui peut éternellement donner l’envie de vivre avec ce qui nous écrase tous, trop : la haine. Il faut aimer bien au-delà de nos capacités à accepter l’inacceptable : prier pour nos ennemis.

           Aimer, somme toute, nos ennemis : se libérer du poids des haines amères, des traces parfois indélébiles de la rancœur. Aimer ceux qui nous persécutent et persécutent l’innocence même. Aimer pour avancer, pour assurer à tous, sans le moindre doute, la présence d’un soleil chaque matin renaissant.
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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 10:10

          Alors que bien des pays émergents se lancent avec frénésie dans les bienfaits de la production-consommation, dans nos sociétés on n'y croit plus trop. Elles sont apparemment fondées sur le désir de consommer et le besoin de travailler, mais tout se passe comme si, discrètement, leur centre de gravité était en train de se déplacer. Le cœur n'y est plus, le moteur ne cesse de caler. Comme si notre imaginaire était en train de changer, ébranlant les présuppositions admises quant à ce qu'est une vie réussie. Ce léger déplacement dans nos images de la vie bonne, qui de proche en proche est en train de tout bouleverser, touche l'ensemble de la vieille Europe. Dans l'histoire, l'Europe n'a déjà que trop gagné, c'est pourquoi elle peut décliner, se dépenser, se dévouer à autre chose. Et si elle était en train d'inventer autre chose, de plus précieux pour le monde, de plus désirable ? L'Europe a connu la victoire, la richesse, la gloire, et se cherche un autre moteur. Et si elle s'apprêtait à proposer un modèle de société plus réellement alternatif aux modèles existants ailleurs dans le monde, qui ne serait pas fondé sur les redistributions d'une croissance dont elle sait d'expérience qu'elle n'est pas infinie ?

          On me dira que c'est là un discours défaitiste qui se résigne au chômage massif, un luxe de nanti, ou une utopie romantique qui risque de désarmer la France dans une compétition mondiale où la moindre hésitation nous fait perdre des marchés. Mais dans mon propos il y a d'abord un constat ténu mais entêté, comme si on tendait l'oreille pour écouter ce qui est déjà là. Au fond les pays avancés croient de moins en moins au Développement, même quand il se dit le moins inhumain possible pour les plus démunis, et le plus durable possible pour les équilibres écologiques. Il ne s'agit pas d'interdire aux puissance montantes comme la Chine ou l'Inde de goûter aux fruits de la croissance, mais de ne pas nous laisser leurrer par le faux espoir que la seule compétition des capitalismes peut écarter la guerre à mort pour les dernières ressources planétaires et apporter des solutions aux catastrophes naturelles qui viennent. Mon propos n'a rien de défaitiste et n'annonce pas la fin du monde. Ce n'est qu'un éboulement, mais il est profond, et il est temps d'en mesurer l'ampleur.

          Car de quel déclin parlons-nous ? Au cœur de nos civilisations se tient un noyau éthique qui oriente leur vouloir vivre global, leur style de vie et leurs approbations. C'est ce programme quasi-métaphysique qui donne le rythme propre à chaque civilisation. Certes les civilisations se déploient en augmentant les échanges, l'intervalle entre ce qu'elles prennent et ce qu'elles donnent, entre ce qu'elles reçoivent et ce qu'elles en font. Mais elles ne peuvent pas augmenter indéfiniment et sur tous les tableaux. Leur déclin n'est pas la mort, c'est ce par quoi elles passent ou non à la postérité. Des civilisations se sont fondues dans d'autres, parce qu'elles se sont retirées de la course aux plus forts, et c'est à ce moment là souvent qu'elles ont acquis leur véritable « autorité », qu'elles ont été les plus inventives, les plus créatrices. Comme Ricœur l'écrivait en 1951, « une civilisation n'avance pas en bloc ou ne stagne pas à tous égards. Il y a en elle plusieurs lignes (...) La vague ne monte pas au même moment sur toutes les plages de la vie d'un peuple ». Il est temps de nous retirer de certaines compétitions ruineuses pour investir vers des activités plus réellement infinies que la pure croissance économique, et de remettre au cœur de notre programme de civilisation le désir d'augmenter la densité des formes de vie possibles, la cohabitation intense des sciences et des arts. Il est temps de partager autrement la fugacité du bonheur, et la possibilité donnée à chacun de montrer qui il est avant de s'effacer de lui-même devant les suivants. Mais pour cela encore faut-il avoir la force de décliner tranquillement.

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Proposition

          De la folie d'amour, qu'est-ce qu'on a fait ? Cette fadeur qui nous étouffe et qui nous tue. Il faut que cela cesse. Il nous faut vivre éternellement la grâce et ne plus avoir peur. Toujours être pour l'autre ce que l'on est vraiment. Ne pas dire non, jamais. Et puis s'abandonner, brûler de tous les feux ; à en mourir. Et en mourir. De l'énergie qui en découle créer le beau. Sans concession, s'abandonner à l'autre. Émouvoir la nature au point de la faire suffoquer peut-être.
          Car enfin, pourquoi donc on s'obstine à dire que l'on ne s'aime pas ? C'est quoi ce besoin de pleurer seul, cette peur ? C'est le mystère.
          On meurt des temps figés, des questions inutiles, des engagements faciles. Mais rien n'empêchera jamais les méchants d'être méchants, la bête immonde d’être à certains vitale, le malsain d'être immuable. L'arme absolue ne combat plus que l'innocence et, pacifiés, nous sommes l'agneau face au couteau.
          C'est la mélancolie qui nous sauvera, un jour, tout à la fin, de tout ce miasme incohérent et sans visage, de cette horreur qui fait pleurer, de cette souffrance. C'est de cette paix qu'il nous faut, le coeur attendri de soi-même et des autres, de cet appel où tout s'effondre pour renaître.

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